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Société des Missions Africaines – Province de Lyon

bellut denis né le 31 décembre 1925 à Nanterre
dans le diocèse de Nanterre
membre de la SMA le 27 octobre 1947
prêtre le 12 février 1951
décédé le 2 janvier 2012

1951-1955 Cotonou, professeur au collège Aupiais
1955-1958 Cotonou, vicaire à Notre-Dame
1958-1966 Cotonou, curé fondateur du Sacré-Cœur
1966-1974 Cotonou, supérieur régional
1974-1978 Paris, secrétaire provincial
1978-1993 Abomey-Calavi (Cotonou), curé
1994-1996 Montferrier, responsable
1997-1999 Sacré-Cœur, (Cotonou), curé
1999-2001 Mandelieu-la-Napoule (Nice) prêtre auxiliaire
2002-2007 Puget-Théniers (Nice), paroisse
2007-2012 Montferrier, retraité

décédé à Montferrier-sur-Lez, le 2 janvier 2012,
à l’âge de 86 ans

Le père Denys BELLUT (1925-2012)

Une voix qui portait loin… une autoritéqui savait se faire respecter… Un confrère témoigne : "Durant l'année 1991/1992, j'ai rencontré pour la première fois Denys Bellut. Pour être bref, je trouve que la parole de Jésus à l'endroit de Nathanaël (Jean 1, 47) "en lui point d'artifice" lui colle parfaitement ! C'est à l'occasion de funérailles dans la chapelle de Ouéto que j'ai découvert l'homme. Alors que l'assemblée était en pleurs devant le cercueil, voilà que d'un coup le père Bellut, tout "enchasublé", bondit hors de la chapelle. En effet des villageois, adeptes du culte vaudou, armés d'une radio, tentaient de parasiter la cérémonie avec une musique bien à eux. Ils ont eu droit à tous les noms d'oiseaux et autres espèces que ceux qui connaissent Denys n'auront pas de mal à imaginer... Puis reprenant son calme Denys est revenu comme si rien ne s'était passé."

Une famille nombreuse - onze enfants - , un papa d'abord simple ouvrier qualifié, puis ingénieur dessinateur à l'Arsenal de Puteaux, une maman au foyer bien sûr pour élever ses nombreux enfants - il y a 24 ans de différence entre la première, Blandine (1921), et la dernière, Cécile (1945 ), un milieu familial où les chamailleries enfantines ne manquaient pas, une éducation chrétienne soignée, tel est le cadre où va s'épanouir le jeune Denys, le quatrième enfant de la famille. Le papa écrit en 1946 : "On n'a jamais d'argent devant soi, parce qu'il faut tout entier le consacrer aux enfants. […] Ecole ! Cinq simultanément fréquentent l'école libre et la cantine. Mais c'est une dépense sacrée, payée pour ainsi dire en priorité. […] On ne va jamais au spectacle, ça coûte et ça disperse. Mais quand les enfants ont grandi, on va chaque année en vacances à la campagne, dans l'union et la joie de tous. La famille s'épanouit." Et Denys ajoute : "Je sais maintenant que papa et maman ont eu bien des soucis pour élever tous ces enfants, mais nous n'avons jamais eu à nous plaindre, nous n'avons jamais manqué de l'essentiel, et nous vivions heureux entre nous, nous contentant de ce que nous avions."

Il est né à Nanterre, dans les Hauts-de-Seine, le 31 décembre 1925 et fréquente l'école paroissiale de Puteaux de 1932 à 1938. "J'étais enfant de chœur, et chaque matin papa qui allait à la messe me réveillait pour que je l'accompagne. C'était la messe de 6 h 30. J'y communiais et revenais à la maison pour déjeuner et partir ensuite à l'école de Puteaux avec mes frères et sœurs." Une causerie du père Duhil à la salle paroissiale de Puteaux, et une rencontre fortuite avec Victor Mercier, militaire à l'époque au mont Valérien, à la messe du dimanche dans sa paroisse, le font opter pour les Missions Africaines lorsqu'il doit commencer ses études secondaires. Il entre à Pont Rousseau en 1938, connaît le déplacement à la rue du Ballet en 1940, fait la classe de première au château de la Colaissière, au sud d'Ancenis à cause des bombardements de l'aviation alliée sur la ville de Nantes, puis retrouve la rue des Naudières pour la classe de terminale en 1944-1945. Après deux ans au noviciat de Chanly, où il est chargé, durant la première année, lui parisien de banlieue, de l'entretien de l'écurie et des vaches, il rejoint le 150, à Lyon, pour y faire sa théologie. Plusieurs fois, on retrouve dans son dossier les annotations suivantes : "parents excellents, très bon milieu familial, bon jugement, tendance à être autoritaire."

Il est ordonné prêtre par le cardinal Gerlier en février 1951, six mois avant la fin de ses études et reçoit en août la nomination suivante : "Le Conseil provincial vous a désigné pour le vicariat de Ouidah, où vous êtes mis à la disposition de Mgr Parisot, vicaire apostolique." Il est nommé au collège Aupiais titulaire de la classe de cinquième, où il enseigne le français, le latin, la religion et l'histoire. Et l'année suivante, en plus, il est chargé de l'aumônerie de la garnison militaire de Cotonou (service religieux le dimanche, visite des malades, des foyers de soldats).

A son retour de congé, en 1955, il est tout heureux d'apprendre qu'il va se retrouver en paroisse, vicaire du père Ibaretta, à Notre-Dame de Cotonou, où il sera plus particulièrement chargé de l'école, sa bonne marche, la discipline et les finances, son curé préférant s'occuper des stations secondaires, de la brousse, comme on disait. Il dirige aussi la chorale, car il aimait bien le chant. Sa collaboration avec le père Ibaretta ne lui posa aucun problème et c'est ensemble qu'ils vécurent deux événements exceptionnels dans la vie de la paroisse, la nomination de Mgr Parisot comme archevêque de Cotonou en 1955 et la promotion à l'épiscopat de Mgr Bernardin Gantin en 1956. En juillet 1957, le père Ibaretta part en congé, et c'est l'abbé Moïse Durand, curé de Bohicon et doyen des prêtres béninois, qui est nommé curé de la cathédrale Notre-Dame. Quant à Denys Bellut, contre toute attente, il est nommé à Zagnanado, village de Mgr Gantin, à 150 km de Cotonou. Contre toute attente, parce que depuis plus d'une année, avec le Père Ibaretta, ils avaient commencé la construction d'une église à Akpakpa, sur le territoire de la paroisse, parce que tout le monde attendait la création d'une nouvelle paroisse sur ce site, et parce que chacun était sûr de la nomination de Denys Bellut à ce poste. Finalement, il n'ira pas à Zagnanado, mais c'est seulement au bout de presque une année qu'il est nommé à Akpakpa, année au cours de laquelle, à Notre-Dame, le nouveau curé, l'abbé Durand, et l'ancien vicaire, le père Denys Bellut se sont bien entendus, malgré une différence d'âge de trente ans.

C'est en juillet 1958 qu'il s'installe dans la paroisse nouvellement fondée sous le vocable du Sacré-Cœur. En plus de l'église et du presbytère, il lui faut aussi construire une maison pour les sœurs de l'Education Chrétienne qui viennent s'installer sur la paroisse, ainsi que les trois dernières classes de l'école des garçons. Il retarde même son congé d'une année pour laisser au père Grenot, qui va assurer l'intérim pendant son absence, une paroisse déjà bien structurée et organisée. Pendant son congé en 1960, il apprend que le supérieur régional avait décidé de s'installer sur le terrain de la mission d'Akpakpa et d'y construire la maison régionale, comme prévu dans les nouveaux statuts. Il pense alors que le père Grenot, vice régional, deviendrait de fait le nouveau curé de la paroisse et qu'il allait recevoir une nouvelle nomination. De fait, il va recevoir une nouvelle nomination, mais c'est celle de vice régional, le père Grenot ayant démissionné de sa charge. Son mandat lui est renouvelé en 1964, avec le père Bothua comme régional. Ce dernier part en congé en 1966 et meurt en France, et Denys Bellut est nommé régional, charge qu'il va remplir jusqu'en 1974. Il laisse alors la direction de la paroisse d'Akpakpa au père Germain Flouret.

Dans sa lettre de nomination, on lit : "Charge délicate et importante qu'avec la grâce de Dieu et les lumières de l'Esprit-Saint, vous remplirez certainement encore avec beaucoup de zèle, de patience et de compréhension, tant auprès de l'épiscopat et du Conseil provincial que parmi vos confrères." C'était l'époque où on demandait de faire des contrats avec les évêques. Il écrit lui-même : "Les évêques africains avaient cette position : mais où est le problème ? Avec vous, on ne va tout de même pas faire des contrats ! Vous êtes des nôtres, vous êtes nos pères dans la foi ! et il fut impossible de parler contrat." Il devait parfois se montrer diplomate, mais ses rencontres avec les évêques furent toujours amicales, sans anicroche. Il écrit : "L'essentiel de mon travail était tout tracé par les Constitutions et le Directoire, mais son application souvent délicate. J'avais heureusement la référence qui m'était comme instinctive : le père Bothua qui avait si bien réussi dans son contact avec les confrères : "Si Bothua devait régler cela, que ferait-il ?" Il est régional pendant 8 ans, et c'est le père André Desbois qui va le remplacer. La Province lui demande alors de devenir secrétaire provincial et économe de la maison de la rue Hidalgo.

Il accepte cette nomination en disant : "C'est un gros morceau, et je me demande s'il faut être inconscient ou présomptueux pour l'accepter. Enfin, je m'en remets à votre décision. Personne n'est bon juge dans sa propre cause, et j'accepte puisque vous pensez que je peux faire l'affaire. […] Je vais être traité de lâcheur d'abandonner le Dahomey, mais j'ai eu la chance d'y passer 23 ans, beaucoup d'autres ne l'ont pas eue. J'accepte non par esprit de sacrifice, d'abnégation, mais en esprit fraternel, persuadé que là encore je pourrai remplir un rôle missionnaire." Ceux qui l'ont découvert à cette époque ont pu apprécier son esprit de service, son dynamisme, même si parfois son tempérament un peu sec pouvait surprendre. En juillet 1978, dans sa lettre de remerciement, le père Domas, provincial, écrit : "Merci pour tout ce que tu as apporté à ceux qui ont vécu avec toi, ton travail, ton amitié, ton habileté à faire face à l'imprévu, ton humour."

De retour au Bénin en octobre 1978, nommé curé d'Abomey-Calavi, il ne tarde pas à rentrer dans l'esprit de la révolution béninoise (!) ; en effet il signe une lettre envoyée au Conseil provincial par les initiales suivantes : p.p.l.r. et l.l.c. Il ajoute qu'il y a toute une série de sigles que les élèves doivent apprendre pour le certificat et il traduit : "prêt pour la révolution et la lutte continue". Il entreprend la construction d'une nouvelle église et ne ménage pas ses forces au service de sa paroisse. C'est sans doute pour cela que ses paroissiens ne sont pas avares pour lui témoigner leurs sentiments. Il écrit en novembre 1982 après la célébration de sa fête dans la paroisse : "Je suis toujours surpris de voir de telles manifestations d'affection de la part de mes paroissiens que pourtant je ne ménage pas." Il ajoutera même quelques années plus tard dans une autre lettre, dans laquelle il remercie Dieu de lui avoir donné un caractère heureux qui lui permet de s'épanouir dans sa vocation : "Je ne me fais pourtant pas d'illusions, je ne suis pas marrant tous les jours !" Volontiers frondeur à l'égard des décisions gouvernementales, il reprend les processions au cimetière le jour de la Toussaint pour aller bénir les tombes ; il organise une procession du Saint-Sacrement le jour de la fête de la paroisse, et il écrit : "J'avais gagné une bataille. […] Cette victoire remportée à Calavi fit en quelque sorte jurisprudence, et les curés des autres paroisses, dans la brousse comme à Cotonou, obtinrent l'autorisation d'organise des processions pour la Fête-Dieu ou des manifestations paroissiales.

En 1987, il y a sur la paroisse le gros chantier du futur centre Brésillac dont les travaux sont confiés au frère Paul Flageul. L'inauguration a lieu à l'automne 1988 ; il participe à la préparation de la fête et il avoue que les habitants de Calavi sont très fiers d'avoir un "séminaire" sur leur paroisse. A cette époque, il est à Calavi depuis dix ans déjà, et quand il dit à Mgr Adimou, l'archevêque de Cotonou, puis à Mgr de Souza, son coadjuteur, qu'il va leur présenter sa démission conformément aux directives de la SMA, l'un et l'autre lui répondent qu'il n'est pas question qu'il quitte Calavi. Il va y rester encore 5 ans et son activité ne faiblit pas. En janvier 1990, il écrit : "J'ai repris contact avec les 11 villages que je dessers. […] Je me suis remis au travail matériel : j'envisage la construction de deux chapelles et la réfection totale de la toiture d'une troisième." A cette époque, il a Germain Flouret pour le seconder et bientôt Jacques Lalande va les rejoindre.

On ne peut pas tourner la page de Calavi sans parler de l'histoire d'Emmanuel. Pour cela, laissons la parole au père Bellut lui-même : "Le soir du 1er mai 1990, après le catéchisme et la récitation du chapelet à Somé, Emmanuel accompagne en vélo jusqu'à sa maison Romaine, une de ses compagnes du catéchisme qui habite assez loin et se trouve seule à rejoindre son village. A son retour, il fait déjà nuit ; des féticheurs le guettent, se jettent sur lui et l'emmènent au couvent. Le catéchiste me prévient dans la nuit. Je me rends au couvent le matin pour expliquer qu'Emmanuel est catéchumène, et qu'il doit être baptisé un mois plus tard. Rien à faire. Je vais voir les gendarmes. […] Monseigneur de Souza m'introduit auprès du ministre de l'Intérieur. […] Les féticheurs ne cèdent pas. La première fois que j'ai aperçu Emmanuel après sa sortie du couvent, alors que je me rendais chez lui, il s'est caché dans une chambre. Quand une seconde fois je l'ai rencontré sur le chemin, il s'est enfui. Ses camarades, ses cousins, son frère ont repris contact avec lui ; petit à petit la peur l'a quitté et il a retrouvé la paix. […] Quelques jours avant Pâques 1991, je passais non loin de chez lui, il se trouvait sur le bord de la route. […] Je lui dis : C'est à toi de nous dire ce que tu veux, si nous devons t'appeler Emmanuel ou Aloya. Sans l'ombre d'une hésitation, il m'a répondu : Je m'appelle Emmanuel et je suis chrétien ; ce n'est pas moi qui ai voulu être vodunsi. Peu après, son papa est décédé, puis sa maman. […] J'ai pris la précaution d'éloigner Emmanuel d'Ouéga. […] Aujourd'hui, Emmanuel est libre, il sera bientôt baptisé et fera sa première communion."

Le 1er janvier 1994, il devient supérieur de la maison de retraite de Montferrier et c'est lui qui inaugure la nouvelle organisation de la maison, avec une directrice pour la maison de retraite, et lui supérieur de la maison au niveau de la SMA. Délimiter les prérogatives de chacun n'a pas été facile au début et cela a engendré quelques heurts et quelques échanges de courrier, d'autant plus que le caractère du père Denys est du genre de ceux qui aiment les choses claires et les limites bien définies. Heureusement pour lui, au bout de trois ans, il sera libéré de ce poste et pourra retrouver, au Bénin, la paroisse du Sacré-Cœur, à Cotonou, celle-là même qu'il avait fondée en 1958. Il trouve là une mission qui vivait des moments difficiles. Il ne fut pas long à remettre les choses en ordre, en commençant par reconstituer un conseil pastoral paroissial sans aucune charge matérielle, un conseil financier et un comité des fêtes. Puis, il doit s'occuper de tous les problèmes matériels. Bien vite, il commence des travaux, boucher des trous dans la toiture de l'église et du presbytère, crépir le pignon de la maison, construire une nouvelle sacristie ; il envisage même d'agrandir l'église devenue trop petite malgré ses 1200 places. En octobre 1998, il écrit : "Actuellement, nous sommes en préparation du "quarantenaire" que les paroissiens tiennent à célébrer. C'est le 1er juin 1958 que j'avais été chargé par Mgr Parisot de fonder la paroisse. Je crois qu'il est assez rare que le fondateur se trouve comme curé de la paroisse qu'il a fondée 40 ans auparavant. Les paroissiens sont très sensibles au fait que j'aie eu l'audace de me lancer dans l'agrandissement de l'église. Le gros œuvre sera sans doute terminé pour le 8 novembre, date de la célébration. […] J'aspire au repos et vous demanderai une année sabbatique avant de décider de mon avenir."

Après quelques mois de repos à Montferrier, il se met au service du diocèse de Nice. Il commence par faire équipe avec le curé de Mandelieu La Napoule, où il va rester deux années, puis en 2002 il est chargé de seconder Jean-Paul Gournay à Puget-Théniers. Après une année, il va se retrouver seul dans cette paroisse, doyen d'âge des curés du diocèse, titre auquel il ne peut prétendre, car, vu son âge, il doit se contenter de celui d'administrateur. Il reste là, car son évêque lui a dit que, s'il partait, il n'avait personne pour le remplacer. Les paroissiens apprécient sa présence et son travail. En 2007, il a maintenant 81 ans, il quitte le diocèse de Nice et est nommé à Montferrier pour une retraite amplement méritée. Il se dit en bonne santé, mais il doit cependant recevoir des prothèses aux deux genoux, et il ajoute, non sans humour en 2010 : "Les prothèses sont garanties pour une vingtaine d'années, alors je peux de ce côté regarder l'avenir avec optimisme." Il se trompait. Dans le courant de l'année 2011, sa santé déclinait rapidement (insuffisance cardiaque) ; il demandait à être relevé de sa charge de vice supérieur de la maison ; on le plaisantait en lui disant qu'on n'entendait plus sa voix résonner dans toute la maison. On se rendait compte que ses jours étaient comptés. Une de ses sœurs, Odile, était là, qui l'a veillé jusque dans ses derniers moments, dans la journée du 2 janvier 2012 ; il avait eu 86 ans deux jours auparavant.

Il repose maintenant dans le cimetière de la communauté à Montferrier-sur-Lez.

Société des Missions Africaines – Province de Lyon
Le Père Denys BELLUT
né le 31 décembre 1925 à Nanterre
dans le diocèse de Nanterre
membre de la SMA le 27 octobre 1947
prêtre le 12 février 1951
décédé le 2 janvier 2012
Père Denys Bellut

1951-1955 Cotonou, professeur au collège Aupiais
1955-1958 Cotonou, vicaire à Notre-Dame
1958-1966 Cotonou, curé fondateur du Sacré-Cœur
1966-1974 Cotonou, supérieur régional
1974-1978 Paris, secrétaire provincial
1978-1993 Abomey-Calavi (Cotonou), curé
1994-1996 Montferrier, responsable
1997-1999 Sacré-Cœur, (Cotonou), curé
1999-2001 Mandelieu-la-Napoule (Nice) prêtre auxiliaire
2002-2007 Puget-Théniers (Nice), paroisse
2007-2012 Montferrier, retraité

décédé à Montferrier-sur-Lez, le 2 janvier 2012,
à l’âge de 86 ans


Le père Denys BELLUT (1925-2012)

Une voix qui portait loin… une autorité qui savait se faire respecter… Un confrère témoigne : "Durant l'année 1991/1992, j'ai rencontré pour la première fois Denys Bellut. Pour être bref, je trouve que la parole de Jésus à l'endroit de Nathanaël (Jean 1, 47) "en lui point d'artifice" lui colle parfaitement ! C'est à l'occasion de funérailles dans la chapelle de Ouéto que j'ai découvert l'homme. Alors que l'assemblée était en pleurs devant le cercueil, voilà que d'un coup le père Bellut, tout "enchasublé", bondit hors de la chapelle. En effet des villageois, adeptes du culte vaudou, armés d'une radio, tentaient de parasiter la cérémonie avec une musique bien à eux. Ils ont eu droit à tous les noms d'oiseaux et autres espèces que ceux qui connaissent Denys n'auront pas de mal à imaginer... Puis reprenant son calme Denys est revenu comme si rien ne s'était passé."

Une famille nombreuse - onze enfants - , un papa d'abord simple ouvrier qualifié, puis ingénieur dessinateur à l'Arsenal de Puteaux, une maman au foyer bien sûr pour élever ses nombreux enfants - il y a 24 ans de différence entre la première, Blandine (1921), et la dernière, Cécile (1945 ), un milieu familial où les chamailleries enfantines ne manquaient pas, une éducation chrétienne soignée, tel est le cadre où va s'épanouir le jeune Denys, le quatrième enfant de la famille. Le papa écrit en 1946 : "On n'a jamais d'argent devant soi, parce qu'il faut tout entier le consacrer aux enfants. […] Ecole ! Cinq simultanément fréquentent l'école libre et la cantine. Mais c'est une dépense sacrée, payée pour ainsi dire en priorité. […] On ne va jamais au spectacle, ça coûte et ça disperse. Mais quand les enfants ont grandi, on va chaque année en vacances à la campagne, dans l'union et la joie de tous. La famille s'épanouit." Et Denys ajoute : "Je sais maintenant que papa et maman ont eu bien des soucis pour élever tous ces enfants, mais nous n'avons jamais eu à nous plaindre, nous n'avons jamais manqué de l'essentiel, et nous vivions heureux entre nous, nous contentant de ce que nous avions."

Il est né à Nanterre, dans les Hauts-de-Seine, le 31 décembre 1925 et fréquente l'école paroissiale de Puteaux de 1932 à 1938. "J'étais enfant de chœur, et chaque matin papa qui allait à la messe me réveillait pour que je l'accompagne. C'était la messe de 6 h 30. J'y communiais et revenais à la maison pour déjeuner et partir ensuite à l'école de Puteaux avec mes frères et sœurs." Une causerie du père Duhil à la salle paroissiale de Puteaux, et une rencontre fortuite avec Victor Mercier, militaire à l'époque au mont Valérien, à la messe du dimanche dans sa paroisse, le font opter pour les Missions Africaines lorsqu'il doit commencer ses études secondaires. Il entre à Pont Rousseau en 1938, connaît le déplacement à la rue du Ballet en 1940, fait la classe de première au château de la Colaissière, au sud d'Ancenis à cause des bombardements de l'aviation alliée sur la ville de Nantes, puis retrouve la rue des Naudières pour la classe de terminale en 1944-1945. Après deux ans au noviciat de Chanly, où il est chargé, durant la première année, lui parisien de banlieue, de l'entretien de l'écurie et des vaches, il rejoint le 150, à Lyon, pour y faire sa théologie. Plusieurs fois, on retrouve dans son dossier les annotations suivantes : "parents excellents, très bon milieu familial, bon jugement, tendance à être autoritaire."

Il est ordonné prêtre par le cardinal Gerlier en février 1951, six mois avant la fin de ses études et reçoit en août la nomination suivante : "Le Conseil provincial vous a désigné pour le vicariat de Ouidah, où vous êtes mis à la disposition de Mgr Parisot, vicaire apostolique." Il est nommé au collège Aupiais titulaire de la classe de cinquième, où il enseigne le français, le latin, la religion et l'histoire. Et l'année suivante, en plus, il est chargé de l'aumônerie de la garnison militaire de Cotonou (service religieux le dimanche, visite des malades, des foyers de soldats).

A son retour de congé, en 1955, il est tout heureux d'apprendre qu'il va se retrouver en paroisse, vicaire du père Ibaretta, à Notre-Dame de Cotonou, où il sera plus particulièrement chargé de l'école, sa bonne marche, la discipline et les finances, son curé préférant s'occuper des stations secondaires, de la brousse, comme on disait. Il dirige aussi la chorale, car il aimait bien le chant. Sa collaboration avec le père Ibaretta ne lui posa aucun problème et c'est ensemble qu'ils vécurent deux événements exceptionnels dans la vie de la paroisse, la nomination de Mgr Parisot comme archevêque de Cotonou en 1955 et la promotion à l'épiscopat de Mgr Bernardin Gantin en 1956. En juillet 1957, le père Ibaretta part en congé, et c'est l'abbé Moïse Durand, curé de Bohicon et doyen des prêtres béninois, qui est nommé curé de la cathédrale Notre-Dame. Quant à Denys Bellut, contre toute attente, il est nommé à Zagnanado, village de Mgr Gantin, à 150 km de Cotonou. Contre toute attente, parce que depuis plus d'une année, avec le Père Ibaretta, ils avaient commencé la construction d'une église à Akpakpa, sur le territoire de la paroisse, parce que tout le monde attendait la création d'une nouvelle paroisse sur ce site, et parce que chacun était sûr de la nomination de Denys Bellut à ce poste. Finalement, il n'ira pas à Zagnanado, mais c'est seulement au bout de presque une année qu'il est nommé à Akpakpa, année au cours de laquelle, à Notre-Dame, le nouveau curé, l'abbé Durand, et l'ancien vicaire, le père Denys Bellut se sont bien entendus, malgré une différence d'âge de trente ans.

C'est en juillet 1958 qu'il s'installe dans la paroisse nouvellement fondée sous le vocable du Sacré-Cœur. En plus de l'église et du presbytère, il lui faut aussi construire une maison pour les sœurs de l'Education Chrétienne qui viennent s'installer sur la paroisse, ainsi que les trois dernières classes de l'école des garçons. Il retarde même son congé d'une année pour laisser au père Grenot, qui va assurer l'intérim pendant son absence, une paroisse déjà bien structurée et organisée. Pendant son congé en 1960, il apprend que le supérieur régional avait décidé de s'installer sur le terrain de la mission d'Akpakpa et d'y construire la maison régionale, comme prévu dans les nouveaux statuts. Il pense alors que le père Grenot, vice régional, deviendrait de fait le nouveau curé de la paroisse et qu'il allait recevoir une nouvelle nomination. De fait, il va recevoir une nouvelle nomination, mais c'est celle de vice régional, le père Grenot ayant démissionné de sa charge. Son mandat lui est renouvelé en 1964, avec le père Bothua comme régional. Ce dernier part en congé en 1966 et meurt en France, et Denys Bellut est nommé régional, charge qu'il va remplir jusqu'en 1974. Il laisse alors la direction de la paroisse d'Akpakpa au père Germain Flouret.

Dans sa lettre de nomination, on lit : "Charge délicate et importante qu'avec la grâce de Dieu et les lumières de l'Esprit-Saint, vous remplirez certainement encore avec beaucoup de zèle, de patience et de compréhension, tant auprès de l'épiscopat et du Conseil provincial que parmi vos confrères." C'était l'époque où on demandait de faire des contrats avec les évêques. Il écrit lui-même : "Les évêques africains avaient cette position : mais où est le problème ? Avec vous, on ne va tout de même pas faire des contrats ! Vous êtes des nôtres, vous êtes nos pères dans la foi ! et il fut impossible de parler contrat." Il devait parfois se montrer diplomate, mais ses rencontres avec les évêques furent toujours amicales, sans anicroche. Il écrit : "L'essentiel de mon travail était tout tracé par les Constitutions et le Directoire, mais son application souvent délicate. J'avais heureusement la référence qui m'était comme instinctive : le père Bothua qui avait si bien réussi dans son contact avec les confrères : "Si Bothua devait régler cela, que ferait-il ?" Il est régional pendant 8 ans, et c'est le père André Desbois qui va le remplacer. La Province lui demande alors de devenir secrétaire provincial et économe de la maison de la rue Hidalgo.

Il accepte cette nomination en disant : "C'est un gros morceau, et je me demande s'il faut être inconscient ou présomptueux pour l'accepter. Enfin, je m'en remets à votre décision. Personne n'est bon juge dans sa propre cause, et j'accepte puisque vous pensez que je peux faire l'affaire. […] Je vais être traité de lâcheur d'abandonner le Dahomey, mais j'ai eu la chance d'y passer 23 ans, beaucoup d'autres ne l'ont pas eue. J'accepte non par esprit de sacrifice, d'abnégation, mais en esprit fraternel, persuadé que là encore je pourrai remplir un rôle missionnaire." Ceux qui l'ont découvert à cette époque ont pu apprécier son esprit de service, son dynamisme, même si parfois son tempérament un peu sec pouvait surprendre. En juillet 1978, dans sa lettre de remerciement, le père Domas, provincial, écrit : "Merci pour tout ce que tu as apporté à ceux qui ont vécu avec toi, ton travail, ton amitié, ton habileté à faire face à l'imprévu, ton humour."

De retour au Bénin en octobre 1978, nommé curé d'Abomey-Calavi, il ne tarde pas à rentrer dans l'esprit de la révolution béninoise (!) ; en effet il signe une lettre envoyée au Conseil provincial par les initiales suivantes : p.p.l.r. et l.l.c. Il ajoute qu'il y a toute une série de sigles que les élèves doivent apprendre pour le certificat et il traduit : "prêt pour la révolution et la lutte continue". Il entreprend la construction d'une nouvelle église et ne ménage pas ses forces au service de sa paroisse. C'est sans doute pour cela que ses paroissiens ne sont pas avares pour lui témoigner leurs sentiments. Il écrit en novembre 1982 après la célébration de sa fête dans la paroisse : "Je suis toujours surpris de voir de telles manifestations d'affection de la part de mes paroissiens que pourtant je ne ménage pas." Il ajoutera même quelques années plus tard dans une autre lettre, dans laquelle il remercie Dieu de lui avoir donné un caractère heureux qui lui permet de s'épanouir dans sa vocation : "Je ne me fais pourtant pas d'illusions, je ne suis pas marrant tous les jours !" Volontiers frondeur à l'égard des décisions gouvernementales, il reprend les processions au cimetière le jour de la Toussaint pour aller bénir les tombes ; il organise une procession du Saint-Sacrement le jour de la fête de la paroisse, et il écrit : "J'avais gagné une bataille. […] Cette victoire remportée à Calavi fit en quelque sorte jurisprudence, et les curés des autres paroisses, dans la brousse comme à Cotonou, obtinrent l'autorisation d'organise des processions pour la Fête-Dieu ou des manifestations paroissiales.

En 1987, il y a sur la paroisse le gros chantier du futur centre Brésillac dont les travaux sont confiés au frère Paul Flageul. L'inauguration a lieu à l'automne 1988 ; il participe à la préparation de la fête et il avoue que les habitants de Calavi sont très fiers d'avoir un "séminaire" sur leur paroisse. A cette époque, il est à Calavi depuis dix ans déjà, et quand il dit à Mgr Adimou, l'archevêque de Cotonou, puis à Mgr de Souza, son coadjuteur, qu'il va leur présenter sa démission conformément aux directives de la SMA, l'un et l'autre lui répondent qu'il n'est pas question qu'il quitte Calavi. Il va y rester encore 5 ans et son activité ne faiblit pas. En janvier 1990, il écrit : "J'ai repris contact avec les 11 villages que je dessers. […] Je me suis remis au travail matériel : j'envisage la construction de deux chapelles et la réfection totale de la toiture d'une troisième." A cette époque, il a Germain Flouret pour le seconder et bientôt Jacques Lalande va les rejoindre.

On ne peut pas tourner la page de Calavi sans parler de l'histoire d'Emmanuel. Pour cela, laissons la parole au père Bellut lui-même : "Le soir du 1er mai 1990, après le catéchisme et la récitation du chapelet à Somé, Emmanuel accompagne en vélo jusqu'à sa maison Romaine, une de ses compagnes du catéchisme qui habite assez loin et se trouve seule à rejoindre son village. A son retour, il fait déjà nuit ; des féticheurs le guettent, se jettent sur lui et l'emmènent au couvent. Le catéchiste me prévient dans la nuit. Je me rends au couvent le matin pour expliquer qu'Emmanuel est catéchumène, et qu'il doit être baptisé un mois plus tard. Rien à faire. Je vais voir les gendarmes. […] Monseigneur de Souza m'introduit auprès du ministre de l'Intérieur. […] Les féticheurs ne cèdent pas. La première fois que j'ai aperçu Emmanuel après sa sortie du couvent, alors que je me rendais chez lui, il s'est caché dans une chambre. Quand une seconde fois je l'ai rencontré sur le chemin, il s'est enfui. Ses camarades, ses cousins, son frère ont repris contact avec lui ; petit à petit la peur l'a quitté et il a retrouvé la paix. […] Quelques jours avant Pâques 1991, je passais non loin de chez lui, il se trouvait sur le bord de la route. […] Je lui dis : C'est à toi de nous dire ce que tu veux, si nous devons t'appeler Emmanuel ou Aloya. Sans l'ombre d'une hésitation, il m'a répondu : Je m'appelle Emmanuel et je suis chrétien ; ce n'est pas moi qui ai voulu être vodunsi. Peu après, son papa est décédé, puis sa maman. […] J'ai pris la précaution d'éloigner Emmanuel d'Ouéga. […] Aujourd'hui, Emmanuel est libre, il sera bientôt baptisé et fera sa première communion."

Le 1er janvier 1994, il devient supérieur de la maison de retraite de Montferrier et c'est lui qui inaugure la nouvelle organisation de la maison, avec une directrice pour la maison de retraite, et lui supérieur de la maison au niveau de la SMA. Délimiter les prérogatives de chacun n'a pas été facile au début et cela a engendré quelques heurts et quelques échanges de courrier, d'autant plus que le caractère du père Denys est du genre de ceux qui aiment les choses claires et les limites bien définies. Heureusement pour lui, au bout de trois ans, il sera libéré de ce poste et pourra retrouver, au Bénin, la paroisse du Sacré-Cœur, à Cotonou, celle-là même qu'il avait fondée en 1958. Il trouve là une mission qui vivait des moments difficiles. Il ne fut pas long à remettre les choses en ordre, en commençant par reconstituer un conseil pastoral paroissial sans aucune charge matérielle, un conseil financier et un comité des fêtes. Puis, il doit s'occuper de tous les problèmes matériels. Bien vite, il commence des travaux, boucher des trous dans la toiture de l'église et du presbytère, crépir le pignon de la maison, construire une nouvelle sacristie ; il envisage même d'agrandir l'église devenue trop petite malgré ses 1200 places. En octobre 1998, il écrit : "Actuellement, nous sommes en préparation du "quarantenaire" que les paroissiens tiennent à célébrer. C'est le 1er juin 1958 que j'avais été chargé par Mgr Parisot de fonder la paroisse. Je crois qu'il est assez rare que le fondateur se trouve comme curé de la paroisse qu'il a fondée 40 ans auparavant. Les paroissiens sont très sensibles au fait que j'aie eu l'audace de me lancer dans l'agrandissement de l'église. Le gros œuvre sera sans doute terminé pour le 8 novembre, date de la célébration. […] J'aspire au repos et vous demanderai une année sabbatique avant de décider de mon avenir."

Après quelques mois de repos à Montferrier, il se met au service du diocèse de Nice. Il commence par faire équipe avec le curé de Mandelieu La Napoule, où il va rester deux années, puis en 2002 il est chargé de seconder Jean-Paul Gournay à Puget-Théniers. Après une année, il va se retrouver seul dans cette paroisse, doyen d'âge des curés du diocèse, titre auquel il ne peut prétendre, car, vu son âge, il doit se contenter de celui d'administrateur. Il reste là, car son évêque lui a dit que, s'il partait, il n'avait personne pour le remplacer. Les paroissiens apprécient sa présence et son travail. En 2007, il a maintenant 81 ans, il quitte le diocèse de Nice et est nommé à Montferrier pour une retraite amplement méritée. Il se dit en bonne santé, mais il doit cependant recevoir des prothèses aux deux genoux, et il ajoute, non sans humour en 2010 : "Les prothèses sont garanties pour une vingtaine d'années, alors je peux de ce côté regarder l'avenir avec optimisme." Il se trompait. Dans le courant de l'année 2011, sa santé déclinait rapidement (insuffisance cardiaque) ; il demandait à être relevé de sa charge de vice supérieur de la maison ; on le plaisantait en lui disant qu'on n'entendait plus sa voix résonner dans toute la maison. On se rendait compte que ses jours étaient comptés. Une de ses sœurs, Odile, était là, qui l'a veillé jusque dans ses derniers moments, dans la journée du 2 janvier 2012 ; il avait eu 86 ans deux jours auparavant.

Il repose maintenant dans le cimetière de la communauté à Montferrier-sur-Lez.

Société des Missions Africaines – Province de Lyon
Le Père Denys BELLUT
né le 31 décembre 1925 à Nanterre
dans le diocèse de Nanterre
membre de la SMA le 27 octobre 1947
prêtre le 12 février 1951
décédé le 2 janvier 2012
Père Denys Bellut

1951-1955 Cotonou, professeur au collège Aupiais
1955-1958 Cotonou, vicaire à Notre-Dame
1958-1966 Cotonou, curé fondateur du Sacré-Cœur
1966-1974 Cotonou, supérieur régional
1974-1978 Paris, secrétaire provincial
1978-1993 Abomey-Calavi (Cotonou), curé
1994-1996 Montferrier, responsable
1997-1999 Sacré-Cœur, (Cotonou), curé
1999-2001 Mandelieu-la-Napoule (Nice) prêtre auxiliaire
2002-2007 Puget-Théniers (Nice), paroisse
2007-2012 Montferrier, retraité

décédé à Montferrier-sur-Lez, le 2 janvier 2012,
à l’âge de 86 ans


Le père Denys BELLUT (1925-2012)

Une voix qui portait loin… une autorité qui savait se faire respecter… Un confrère témoigne : "Durant l'année 1991/1992, j'ai rencontré pour la première fois Denys Bellut. Pour être bref, je trouve que la parole de Jésus à l'endroit de Nathanaël (Jean 1, 47) "en lui point d'artifice" lui colle parfaitement ! C'est à l'occasion de funérailles dans la chapelle de Ouéto que j'ai découvert l'homme. Alors que l'assemblée était en pleurs devant le cercueil, voilà que d'un coup le père Bellut, tout "enchasublé", bondit hors de la chapelle. En effet des villageois, adeptes du culte vaudou, armés d'une radio, tentaient de parasiter la cérémonie avec une musique bien à eux. Ils ont eu droit à tous les noms d'oiseaux et autres espèces que ceux qui connaissent Denys n'auront pas de mal à imaginer... Puis reprenant son calme Denys est revenu comme si rien ne s'était passé."

Une famille nombreuse - onze enfants - , un papa d'abord simple ouvrier qualifié, puis ingénieur dessinateur à l'Arsenal de Puteaux, une maman au foyer bien sûr pour élever ses nombreux enfants - il y a 24 ans de différence entre la première, Blandine (1921), et la dernière, Cécile (1945 ), un milieu familial où les chamailleries enfantines ne manquaient pas, une éducation chrétienne soignée, tel est le cadre où va s'épanouir le jeune Denys, le quatrième enfant de la famille. Le papa écrit en 1946 : "On n'a jamais d'argent devant soi, parce qu'il faut tout entier le consacrer aux enfants. […] Ecole ! Cinq simultanément fréquentent l'école libre et la cantine. Mais c'est une dépense sacrée, payée pour ainsi dire en priorité. […] On ne va jamais au spectacle, ça coûte et ça disperse. Mais quand les enfants ont grandi, on va chaque année en vacances à la campagne, dans l'union et la joie de tous. La famille s'épanouit." Et Denys ajoute : "Je sais maintenant que papa et maman ont eu bien des soucis pour élever tous ces enfants, mais nous n'avons jamais eu à nous plaindre, nous n'avons jamais manqué de l'essentiel, et nous vivions heureux entre nous, nous contentant de ce que nous avions."

Il est né à Nanterre, dans les Hauts-de-Seine, le 31 décembre 1925 et fréquente l'école paroissiale de Puteaux de 1932 à 1938. "J'étais enfant de chœur, et chaque matin papa qui allait à la messe me réveillait pour que je l'accompagne. C'était la messe de 6 h 30. J'y communiais et revenais à la maison pour déjeuner et partir ensuite à l'école de Puteaux avec mes frères et sœurs." Une causerie du père Duhil à la salle paroissiale de Puteaux, et une rencontre fortuite avec Victor Mercier, militaire à l'époque au mont Valérien, à la messe du dimanche dans sa paroisse, le font opter pour les Missions Africaines lorsqu'il doit commencer ses études secondaires. Il entre à Pont Rousseau en 1938, connaît le déplacement à la rue du Ballet en 1940, fait la classe de première au château de la Colaissière, au sud d'Ancenis à cause des bombardements de l'aviation alliée sur la ville de Nantes, puis retrouve la rue des Naudières pour la classe de terminale en 1944-1945. Après deux ans au noviciat de Chanly, où il est chargé, durant la première année, lui parisien de banlieue, de l'entretien de l'écurie et des vaches, il rejoint le 150, à Lyon, pour y faire sa théologie. Plusieurs fois, on retrouve dans son dossier les annotations suivantes : "parents excellents, très bon milieu familial, bon jugement, tendance à être autoritaire."

Il est ordonné prêtre par le cardinal Gerlier en février 1951, six mois avant la fin de ses études et reçoit en août la nomination suivante : "Le Conseil provincial vous a désigné pour le vicariat de Ouidah, où vous êtes mis à la disposition de Mgr Parisot, vicaire apostolique." Il est nommé au collège Aupiais titulaire de la classe de cinquième, où il enseigne le français, le latin, la religion et l'histoire. Et l'année suivante, en plus, il est chargé de l'aumônerie de la garnison militaire de Cotonou (service religieux le dimanche, visite des malades, des foyers de soldats).

A son retour de congé, en 1955, il est tout heureux d'apprendre qu'il va se retrouver en paroisse, vicaire du père Ibaretta, à Notre-Dame de Cotonou, où il sera plus particulièrement chargé de l'école, sa bonne marche, la discipline et les finances, son curé préférant s'occuper des stations secondaires, de la brousse, comme on disait. Il dirige aussi la chorale, car il aimait bien le chant. Sa collaboration avec le père Ibaretta ne lui posa aucun problème et c'est ensemble qu'ils vécurent deux événements exceptionnels dans la vie de la paroisse, la nomination de Mgr Parisot comme archevêque de Cotonou en 1955 et la promotion à l'épiscopat de Mgr Bernardin Gantin en 1956. En juillet 1957, le père Ibaretta part en congé, et c'est l'abbé Moïse Durand, curé de Bohicon et doyen des prêtres béninois, qui est nommé curé de la cathédrale Notre-Dame. Quant à Denys Bellut, contre toute attente, il est nommé à Zagnanado, village de Mgr Gantin, à 150 km de Cotonou. Contre toute attente, parce que depuis plus d'une année, avec le Père Ibaretta, ils avaient commencé la construction d'une église à Akpakpa, sur le territoire de la paroisse, parce que tout le monde attendait la création d'une nouvelle paroisse sur ce site, et parce que chacun était sûr de la nomination de Denys Bellut à ce poste. Finalement, il n'ira pas à Zagnanado, mais c'est seulement au bout de presque une année qu'il est nommé à Akpakpa, année au cours de laquelle, à Notre-Dame, le nouveau curé, l'abbé Durand, et l'ancien vicaire, le père Denys Bellut se sont bien entendus, malgré une différence d'âge de trente ans.

C'est en juillet 1958 qu'il s'installe dans la paroisse nouvellement fondée sous le vocable du Sacré-Cœur. En plus de l'église et du presbytère, il lui faut aussi construire une maison pour les sœurs de l'Education Chrétienne qui viennent s'installer sur la paroisse, ainsi que les trois dernières classes de l'école des garçons. Il retarde même son congé d'une année pour laisser au père Grenot, qui va assurer l'intérim pendant son absence, une paroisse déjà bien structurée et organisée. Pendant son congé en 1960, il apprend que le supérieur régional avait décidé de s'installer sur le terrain de la mission d'Akpakpa et d'y construire la maison régionale, comme prévu dans les nouveaux statuts. Il pense alors que le père Grenot, vice régional, deviendrait de fait le nouveau curé de la paroisse et qu'il allait recevoir une nouvelle nomination. De fait, il va recevoir une nouvelle nomination, mais c'est celle de vice régional, le père Grenot ayant démissionné de sa charge. Son mandat lui est renouvelé en 1964, avec le père Bothua comme régional. Ce dernier part en congé en 1966 et meurt en France, et Denys Bellut est nommé régional, charge qu'il va remplir jusqu'en 1974. Il laisse alors la direction de la paroisse d'Akpakpa au père Germain Flouret.

Dans sa lettre de nomination, on lit : "Charge délicate et importante qu'avec la grâce de Dieu et les lumières de l'Esprit-Saint, vous remplirez certainement encore avec beaucoup de zèle, de patience et de compréhension, tant auprès de l'épiscopat et du Conseil provincial que parmi vos confrères." C'était l'époque où on demandait de faire des contrats avec les évêques. Il écrit lui-même : "Les évêques africains avaient cette position : mais où est le problème ? Avec vous, on ne va tout de même pas faire des contrats ! Vous êtes des nôtres, vous êtes nos pères dans la foi ! et il fut impossible de parler contrat." Il devait parfois se montrer diplomate, mais ses rencontres avec les évêques furent toujours amicales, sans anicroche. Il écrit : "L'essentiel de mon travail était tout tracé par les Constitutions et le Directoire, mais son application souvent délicate. J'avais heureusement la référence qui m'était comme instinctive : le père Bothua qui avait si bien réussi dans son contact avec les confrères : "Si Bothua devait régler cela, que ferait-il ?" Il est régional pendant 8 ans, et c'est le père André Desbois qui va le remplacer. La Province lui demande alors de devenir secrétaire provincial et économe de la maison de la rue Hidalgo.

Il accepte cette nomination en disant : "C'est un gros morceau, et je me demande s'il faut être inconscient ou présomptueux pour l'accepter. Enfin, je m'en remets à votre décision. Personne n'est bon juge dans sa propre cause, et j'accepte puisque vous pensez que je peux faire l'affaire. […] Je vais être traité de lâcheur d'abandonner le Dahomey, mais j'ai eu la chance d'y passer 23 ans, beaucoup d'autres ne l'ont pas eue. J'accepte non par esprit de sacrifice, d'abnégation, mais en esprit fraternel, persuadé que là encore je pourrai remplir un rôle missionnaire." Ceux qui l'ont découvert à cette époque ont pu apprécier son esprit de service, son dynamisme, même si parfois son tempérament un peu sec pouvait surprendre. En juillet 1978, dans sa lettre de remerciement, le père Domas, provincial, écrit : "Merci pour tout ce que tu as apporté à ceux qui ont vécu avec toi, ton travail, ton amitié, ton habileté à faire face à l'imprévu, ton humour."

De retour au Bénin en octobre 1978, nommé curé d'Abomey-Calavi, il ne tarde pas à rentrer dans l'esprit de la révolution béninoise (!) ; en effet il signe une lettre envoyée au Conseil provincial par les initiales suivantes : p.p.l.r. et l.l.c. Il ajoute qu'il y a toute une série de sigles que les élèves doivent apprendre pour le certificat et il traduit : "prêt pour la révolution et la lutte continue". Il entreprend la construction d'une nouvelle église et ne ménage pas ses forces au service de sa paroisse. C'est sans doute pour cela que ses paroissiens ne sont pas avares pour lui témoigner leurs sentiments. Il écrit en novembre 1982 après la célébration de sa fête dans la paroisse : "Je suis toujours surpris de voir de telles manifestations d'affection de la part de mes paroissiens que pourtant je ne ménage pas." Il ajoutera même quelques années plus tard dans une autre lettre, dans laquelle il remercie Dieu de lui avoir donné un caractère heureux qui lui permet de s'épanouir dans sa vocation : "Je ne me fais pourtant pas d'illusions, je ne suis pas marrant tous les jours !" Volontiers frondeur à l'égard des décisions gouvernementales, il reprend les processions au cimetière le jour de la Toussaint pour aller bénir les tombes ; il organise une procession du Saint-Sacrement le jour de la fête de la paroisse, et il écrit : "J'avais gagné une bataille. […] Cette victoire remportée à Calavi fit en quelque sorte jurisprudence, et les curés des autres paroisses, dans la brousse comme à Cotonou, obtinrent l'autorisation d'organise des processions pour la Fête-Dieu ou des manifestations paroissiales.

En 1987, il y a sur la paroisse le gros chantier du futur centre Brésillac dont les travaux sont confiés au frère Paul Flageul. L'inauguration a lieu à l'automne 1988 ; il participe à la préparation de la fête et il avoue que les habitants de Calavi sont très fiers d'avoir un "séminaire" sur leur paroisse. A cette époque, il est à Calavi depuis dix ans déjà, et quand il dit à Mgr Adimou, l'archevêque de Cotonou, puis à Mgr de Souza, son coadjuteur, qu'il va leur présenter sa démission conformément aux directives de la SMA, l'un et l'autre lui répondent qu'il n'est pas question qu'il quitte Calavi. Il va y rester encore 5 ans et son activité ne faiblit pas. En janvier 1990, il écrit : "J'ai repris contact avec les 11 villages que je dessers. […] Je me suis remis au travail matériel : j'envisage la construction de deux chapelles et la réfection totale de la toiture d'une troisième." A cette époque, il a Germain Flouret pour le seconder et bientôt Jacques Lalande va les rejoindre.

On ne peut pas tourner la page de Calavi sans parler de l'histoire d'Emmanuel. Pour cela, laissons la parole au père Bellut lui-même : "Le soir du 1er mai 1990, après le catéchisme et la récitation du chapelet à Somé, Emmanuel accompagne en vélo jusqu'à sa maison Romaine, une de ses compagnes du catéchisme qui habite assez loin et se trouve seule à rejoindre son village. A son retour, il fait déjà nuit ; des féticheurs le guettent, se jettent sur lui et l'emmènent au couvent. Le catéchiste me prévient dans la nuit. Je me rends au couvent le matin pour expliquer qu'Emmanuel est catéchumène, et qu'il doit être baptisé un mois plus tard. Rien à faire. Je vais voir les gendarmes. […] Monseigneur de Souza m'introduit auprès du ministre de l'Intérieur. […] Les féticheurs ne cèdent pas. La première fois que j'ai aperçu Emmanuel après sa sortie du couvent, alors que je me rendais chez lui, il s'est caché dans une chambre. Quand une seconde fois je l'ai rencontré sur le chemin, il s'est enfui. Ses camarades, ses cousins, son frère ont repris contact avec lui ; petit à petit la peur l'a quitté et il a retrouvé la paix. […] Quelques jours avant Pâques 1991, je passais non loin de chez lui, il se trouvait sur le bord de la route. […] Je lui dis : C'est à toi de nous dire ce que tu veux, si nous devons t'appeler Emmanuel ou Aloya. Sans l'ombre d'une hésitation, il m'a répondu : Je m'appelle Emmanuel et je suis chrétien ; ce n'est pas moi qui ai voulu être vodunsi. Peu après, son papa est décédé, puis sa maman. […] J'ai pris la précaution d'éloigner Emmanuel d'Ouéga. […] Aujourd'hui, Emmanuel est libre, il sera bientôt baptisé et fera sa première communion."

Le 1er janvier 1994, il devient supérieur de la maison de retraite de Montferrier et c'est lui qui inaugure la nouvelle organisation de la maison, avec une directrice pour la maison de retraite, et lui supérieur de la maison au niveau de la SMA. Délimiter les prérogatives de chacun n'a pas été facile au début et cela a engendré quelques heurts et quelques échanges de courrier, d'autant plus que le caractère du père Denys est du genre de ceux qui aiment les choses claires et les limites bien définies. Heureusement pour lui, au bout de trois ans, il sera libéré de ce poste et pourra retrouver, au Bénin, la paroisse du Sacré-Cœur, à Cotonou, celle-là même qu'il avait fondée en 1958. Il trouve là une mission qui vivait des moments difficiles. Il ne fut pas long à remettre les choses en ordre, en commençant par reconstituer un conseil pastoral paroissial sans aucune charge matérielle, un conseil financier et un comité des fêtes. Puis, il doit s'occuper de tous les problèmes matériels. Bien vite, il commence des travaux, boucher des trous dans la toiture de l'église et du presbytère, crépir le pignon de la maison, construire une nouvelle sacristie ; il envisage même d'agrandir l'église devenue trop petite malgré ses 1200 places. En octobre 1998, il écrit : "Actuellement, nous sommes en préparation du "quarantenaire" que les paroissiens tiennent à célébrer. C'est le 1er juin 1958 que j'avais été chargé par Mgr Parisot de fonder la paroisse. Je crois qu'il est assez rare que le fondateur se trouve comme curé de la paroisse qu'il a fondée 40 ans auparavant. Les paroissiens sont très sensibles au fait que j'aie eu l'audace de me lancer dans l'agrandissement de l'église. Le gros œuvre sera sans doute terminé pour le 8 novembre, date de la célébration. […] J'aspire au repos et vous demanderai une année sabbatique avant de décider de mon avenir."

Après quelques mois de repos à Montferrier, il se met au service du diocèse de Nice. Il commence par faire équipe avec le curé de Mandelieu La Napoule, où il va rester deux années, puis en 2002 il est chargé de seconder Jean-Paul Gournay à Puget-Théniers. Après une année, il va se retrouver seul dans cette paroisse, doyen d'âge des curés du diocèse, titre auquel il ne peut prétendre, car, vu son âge, il doit se contenter de celui d'administrateur. Il reste là, car son évêque lui a dit que, s'il partait, il n'avait personne pour le remplacer. Les paroissiens apprécient sa présence et son travail. En 2007, il a maintenant 81 ans, il quitte le diocèse de Nice et est nommé à Montferrier pour une retraite amplement méritée. Il se dit en bonne santé, mais il doit cependant recevoir des prothèses aux deux genoux, et il ajoute, non sans humour en 2010 : "Les prothèses sont garanties pour une vingtaine d'années, alors je peux de ce côté regarder l'avenir avec optimisme." Il se trompait. Dans le courant de l'année 2011, sa santé déclinait rapidement (insuffisance cardiaque) ; il demandait à être relevé de sa charge de vice supérieur de la maison ; on le plaisantait en lui disant qu'on n'entendait plus sa voix résonner dans toute la maison. On se rendait compte que ses jours étaient comptés. Une de ses sœurs, Odile, était là, qui l'a veillé jusque dans ses derniers moments, dans la journée du 2 janvier 2012 ; il avait eu 86 ans deux jours auparavant.

Il repose maintenant dans le cimetière de la communauté à Montferrier-sur-Lez.