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Société des Missions Africaines – Province de Lyon

ALLEZARD Jean né le 19 novembre 1893 à Saint-Didier-sur-Doulon
dans le diocèse du Puy, France
membre de la SMA le 30 octobre 1920
prêtre le 29 juin 1923
décédé le 17 avril 1971

1923-1928 missionnaire en Côte-d'Ivoire 
1928-1929 Pont-Rousseau, professeur
1929-1946 missionnaire en Côte-d'Ivoire 
1947-1948 Paris, procure
1948-1951 La Croix-Valmer, supérieur, puis résident
1951-1956 Villeurbanne, aumônier
1956-1958 La Croix-Valmer, procureur
1958-1960 La Croix-Valmer, résident
1960-1966 Chamalières, procureur
1966-1971 La Croix-Valmer, retiré

décédé à La Croix-Valmer, France, le 17 avril 1971, 
à l’âge de 78 ans


Le père Jean ALLEZARD (1893 - 1971)

Jean Allezard est né le 19 novembre 1893 en Haute-Loire, à Saint-Didier-sur-Doulon, entre Brioude et la Chaise-Dieu. Il y fréquente l’école primaire avant d’entrer au séminaire de Pont-Rousseau (1907-1913) et au Noviciat de Chanly en Belgique (1913-1914).

A la déclaration de guerre, il est mobilisé comme infirmier dans l’infanterie, puis dans des régiments d’artillerie lourde. Il supporte avec courage la dure vie des tranchées et la « fournaise de Verdun » où, une première fois, il sera légèrement blessé. Puis, il rejoindra la région des Hauts-de-Meuse : Nous y étions encore à Noël 1916, ce qui ne nous a pas empêchés de célébrer une magnifique messe de minuit à 2 Km des Allemands, dans une chapelle en papier goudronné montée au milieu d’un camp où les obus tombaient comme chez eux… Chacun de nous se rappellera ce Noël passé sous la menace constante de la mort, mais bien près de Dieu néanmoins. En décembre 1917, il écrit : Vous dire ce que nous avons fait et dans quel état nous étions le 25 octobre, est presque impossible, car il faut avoir traîné dans les marécages de boue, sous des rafales d’obus pour s’en faire une idée exacte. En février 1918, il est blessé en Alsace et obtient une citation : Très brave soldat brancardier. Au front depuis le début de la campagne. Deux fois blessé en faisant preuve de qualités de sang-froid et de dévouement.

Démobilisé, il rentre sagement au 150, le 1er octobre 1919, pour y suivre ses études de théologie. Comme il rédige avec facilité, on lui demande aussi de se charger de la chronique locale de "Frères d’Armes"… L’année 1920 est importante, car le 30 octobre, il devient membre des Missions Africaines. Il reçoit ensuite les différents ordres et le 29 juin 1923, il est ordonné prêtre.

Il est aussitôt désigné pour la préfecture apostolique de Korhogo, en Côte-d’Ivoire. Jeune prêtre de cette année. Excellent sous tous les rapports. A toutes les qualités désirables pour faire un excellent missionnaire, écrit le père Chabert au père Tranchant, visiteur. Monseigneur Diss l’envoie à Katiola. Cette station est faite pour me plaire, écrit le père Allezard. » La première impression avait été bonne. Elle ne s’est pas modifiée. Il trouve une mission bien installée et des habitants ouverts à la nouveauté. Pour Pâques, il monte jusqu’à Tafiré : une belle mission bâtie sur le plan de celle de Katiola, mais mieux construite.
Invité par monseigneur Diss, il fait un voyage très intéressant et très instructif jusqu’à Korhogo et revient à Katiola par Sinématiali, Ferkéssedougou et Tafiré. Avec joie, j’ai retrouvé mes chrétiens, mes enfants de l’école, mes classes et mes leçons de catéchisme. Tout semble donc aller pour le mieux, en ce début de travail missionnaire.

Devenu supérieur de Katiola, une rude épreuve fond sur lui : l’incendie de la mission de Katiola. Le bon Dieu a permis que deux heures d’incendie fissent de nos espoirs, de tous ces bâtiments, œuvre de l’infatigable père Tranchant, un tas de ruines fumantes, écrit monseigneur Diss en mars 1926.

L’incendie de sa mission a-t-il porté un coup sérieux au moral du père Allezard, lui provoquant de gros soucis, de grandes difficultés ? Dès le 3 juillet 1926, en effet, on commence à se plaindre de son caractère violent. Echanges de lettres entre monseigneur Diss, le père Chabert, le père Porte, visiteur, le père Laqueyrie, témoignages d’administrateurs qui se plaignaient surtout de la brutalité avec laquelle le père Allezard assure le recrutement de ses écoliers : Il fait tout simplement « la boxe » avec les chefs de villages, quand ceux-ci ne se décident pas rapidement à lui donner les enfants pour l’école. D’autre part, le père Porte, dans une lettre au Supérieur général, parle de certains malentendus entre le père Allezard et monseigneur Diss qui, le 27 septembre, écrit de son côté : Le père Allezard a été unanimement désapprouvé par les confrères… Avec son caractère emporté et sa courte vue, il a besoin que son jugement soit redressé… Il me donne du fil à retordre. Le père, lui, se trouve lésé par certains procédés de monseigneur. Et pourtant, tous - et monseigneur lui-même - reconnaissent aussi qu’il est un bon missionnaire et que son départ serait une perte pour notre préfecture. Malgré tout, en 1928, le père rentre en congé.

Il se repose d’abord chez lui, tout en se préparant - à la demande du père Aupiais, nouveau Provincial - aux examens du brevet, puis il rejoint Pont-Rousseau où il a été nommé professeur de 7ème, mais il pense toujours à retourner en Côte-d’Ivoire. Pendant le mois de septembre 1929, il suit un cours de médecine à Lille et, le 14 novembre, il remercie le père Aupiais de le renvoyer en Côte-d’Ivoire.

Il arrive à Bouaké le 2 décembre 1929. Il y est nommé vicaire, avant de devenir curé en 1934. Plein d’allant et d’entrain, il visite les stations secondaires, se lie d’amitié avec quelques chefs de Canton dont Toto Kra, de Botro. Il prend en mains les écoles, la troupe scoute, la J.O.C. Le 25 février 1933, il dit sa joie et ses soucis : Je suis dans la charmante ville de Bouaké et je suis loin de me plaindre… Pour le temporel, on fait de son mieux… J’ai compris aussi, que nous perdions notre temps à vouloir lutter contre le fétichisme… Par contre, ces populations ont un goût très vif pour l’école… Je considère cette œuvre comme indispensable, dans un district où, sans elle, nous piétinerions longtemps sur place. Mais, ces écoles, il faut les construire et cela lui donne beaucoup de soucis. Dans l’Echo d’octobre 1935, il parle de ses visites dans les villages et des catéchistes : Plusieurs villages plus importants ont été munis de chapelles où le missionnaire avait un pied à terre d’où il rayonnait dans les villages voisins. Chaque fois que nous l’avons pu, nous avons installé dans ces villages, un catéchiste à demeure.

En 1935, le père Bruhat signale que le père est épuisé, miné par le paludisme, courageux quand même, très actif. Après un congé pris en 1941, le père retrouve Bouaké. Les événements de la guerre ne semblent pas l’inquiéter et il continue à travailler avec ardeur. En avril 1946, le Père revient en congé, mais il ne reverra plus la Côte-d’Ivoire.

Plusieurs années après, on se souvient encore de lui dans les villages qu’il a visités : Botro, Béoumi, Sakassou, Tiébissou, Raviart, M’Bahiakro. Les gens le connaissent bien, et en plaisantant, le surnomment : Akanza kokoré, Barbe rouge.
Revenu en France, le Père va connaître pendant une douzaine d’années, une période un peu difficile. Il faut bien comprendre qu’il s’agit d’un homme usé par l’Afrique, mais aussi victime de son tempérament.

Après quelques mois de repos, le conseil provincial lui offre de remplacer momentanément le père Jolif, aumônier des sœurs nda de Vénissieux, lequel a besoin de repos. Puis il est envoyé à la procure de Paris mais, en septembre 1948, à la mort du père Baron, supérieur à la Croix-Valmer, il est désigné pour le remplacer. En mai 1949, des difficultés surgissent dans ses relations avec les confrères. Bien que tous reconnaissent que le père Allezard est un grand travailleur, très dévoué aux confrères et à l’entretien de la maison, à cause des difficultés présentes, le Conseil provincial décide de remplacer le père Allezard par le père Laqueyrie. Le père retrouve la paix intérieure et reste à la Croix-Valmer comme simple résident.

Le 28 mai 1951, le Conseil provincial lui propose une aumônerie chez les Sœurs franciscaines à Villeurbanne où il restera 5 ans. Il demandera lui-même à être remplacé. Le 24 juin 1956, le Conseil provincial le nomme à la procure de la Croix-Valmer. En 1958, il donne sa démission de procureur et, de nouveau, reste à la Croix-Valmer comme simple résident.

Au début de 1960, il fait, à 67 ans, une broncho-pneumonie infectieuse. Une fois remis, après l’avoir consulté, on le nomme à Chamalières comme procureur, avec le père Romagon, son compatriote. Il va y rester pendant 6 ans, avant de rejoindre, de nouveau, la Croix-Valmer. En 1969, le père Grenot, conseiller provincial, le trouve grippé, mais heureux de la visite : Il ne se plaint pas. Il est heureux de sortir à vélomoteur, alors qu’il a 75 ans. Il "rouspète, mais il a bon cœur.

La maladie survient. Il se prépare alors à rencontrer Dieu qu’il s’est efforcé de bien servir, surtout en mission, malgré un tempérament et un caractère difficiles.
La première quinzaine d’août 1970, il est hospitalisé à Marseille. En novembre, le Lien signale qu’il supporte son mal avec courage.
Il meurt le 17 avril 1971 et est inhumé à la Croix-Valmer.

Depuis que je sais la nature de mon mal,
je fais de mon mieux pour dire à Dieu mon fiat
aussi sincère que possible.
Que le Bon Dieu me pardonne mes déficiences !
Et j’espère que ceux à qui j’ai fait du bien là-bas
ne m’oublieront pas trop.
Tout ce que j’aurai encore à souffrir,
je l’offre pour nos missions et ceux qui s’y consacrent.