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Société des Missions Africaines –Province de Strasbourg

LINGENHEIM Jerome né le 9 novembre 1906 à Hochstett
dans le diocèse de Strasbourg, France
membre de la SMA le 27 juillet 1927
prêtre le 3 janvier 1932
évêque le 4 juillet 1956
décédé le 3 mai 1985

1932-1934 Lyon, professeur et étudiant à la faculté
1934-1946 missionnaire au Togo
1946-1955 préfet apostolique de Sokodé
1955-1956 administrateur de Sokodé
1956-1964 évêque de Sokodé
1964-1985 Haguenau, Vigneulles, Zinswald

décédé à Sarrebourg, France, le 3 mai 1985,
à l'âge de 78 ans


Monseigneur Jérôme LINGENHEIM (1906 - 1985)

Jérôme Lingenheim est né le 9 novembre 1906, à Hochstett village du Bas-Rhin, au diocèse de Strasbourg. Il fit ses humanités dans les écoles apostoliques des Missions Africaines : deux ans à Saint-Pierre, où il entra la 3 mai 1920, et trois ans à Bischwiller. Il étudia la philosophie à Chanly, en 1925-1927, et la théologie au séminaire s.m.a. de Lyon en 1927-1932, avec une interruption de 18 mois de service militaire à Strasbourg en 1928-1929. Il fut ordonné prêtre à Lyon par Mgr Moury, le 3 janvier 1932. Il avait fait le serment s.m.a. le 27 juillet 1927.

Son temps de séminaire achevé, il poursuivit des études théologiques aux Facultés catholiques de Lyon, tout en donnant quelques cours au séminaire, et il fut promu docteur en théologie en 1934.

Au mois de novembre de la même année 1934, ayant reçu son affectation missionnaire, il partit pour la Mission du Togo. Là, il fut d’abord attaché au ministère paroissial à Agou. Sans tarder il se mit à l’étude de la langue éwé, dans laquelle bientôt il réussit à s’exprimer convenablement, aux dires des gens du pays. Il se rendait aussi facilement compte combien immense était la tâche d’apostolat et combien grandes étaient les difficultés, mais il en jugeait sans aucun pessimisme : il avait fallu plusieurs siècles, disait-il, pour christianiser nos pays européens, et autour de nous, en Afrique, nous voyons déjà bon nombre de familles vraiment modèles qui sont pour les missionnaires une cause des plus belles espérances.

En 1937, Mgr Cessou, Vicaire Apostolique, nomma le jeune missionnaire son vicaire délégué. Il assura alors la direction de la mission et de l’école des catéchistes de Togoville. Il fut mobilisé à Lomé en septembre 1939, mais pour peu de temps. De 1939 à 1944, il fut directeur de l’enseignement catholique pour tout le Togo. En 1944, la fatigue ayant endommagé sa santé, il alla prendre du repos en Tunisie. Revenu au Togo en 1945, il fut nommé quasi-curé de la paroisse du Sacré-Cœur (cathédrale) de Lomé.

L’année suivante, le 7 juin 1946, il était nommé Préfet Apostolique de Sokodé. C’était une lourde tâche dont on le chargeait, mais, sans contredit, il avait les qualités requises pour en réaliser les exigences. Depuis 12 ans, il était en Afrique. Pendant ces 12 années de présence ininterrompue, il s’était initié à tous les problèmes de l’apostolat africain. Il se mit au travail dans sa nouvelle Mission et la Préfecture de Sokodé continua à se développer visiblement, comme elle l’avait fait sous la direction de Mgr Strebler, dont il prenait la succession.

En 1950, après 16 années depuis son arrivée au Togo, Mgr Lingenheim prit son premier congé en Europe. L’occasion lui en fut donnée par le pèlerinage que des Africains, de diverses contrées, firent ensemble à Rome, Lourdes et Lisieux, pour l’Année Sainte 1950. Il accompagnait le groupe des pèlerins togolais. On peut lire dans le Messager des Missions Africaines de septembre-octobre 1950 le récit intéressant qu’il fit lui-même des grandes étapes de ce pèlerinage.

Après ces voyages, il s’arrêta quelque temps dans son pays natal pour se reposer. Ce lui fut une joie indescriptible, après 16 années d’absence, de revoir sa famille, ses amis, son cher pays d’Alsace. Mais, disait-il, en pensant à son retour à Sokodé, la joie était encore plus grande de revoir son pays de mission et ses chers Africains. Le 4 mai 1951, il s’embarqua à Marseille pour le Togo. Il allait reprendre son œuvre pastorale. L’on sait qu’il se fixa alors cinq objectifs principaux, comme il le confia à ses amis alsaciens dans un article du Messager des Missions Africaines (juillet-août 1951, Zum Abschied). C’était en priorité l’œuvre des séminaristes africains : cette œuvre du clergé local était pour lui la plus importante et il voulait lui consacrer tous ses soins. Pour que l’Église soit établie en Afrique, écrivait-il alors, il ne suffit pas qu’il y ait de nombreux chrétiens africains et de nombreuses paroisses, mais il faut encore que des prêtres africains soient à la tête des paroisses et des évêques africains à la tête des diocèses. Pour le moment, la Préfecture de Sokodé avait 24 séminaristes : 22 au petit séminaire et 2 au grand séminaire.

Le premier prêtre africain de la Préfecture serait ordonné dans deux ans. Après le clergé, venaient, dans les projets de Monseigneur, l’œuvre des catéchistes et celle, très importante aussi, des Religieuses africaines, et celle encore, des écoles catholiques. Concernant les écoles, Monseigneur pensait que le développement des écoles libres et le travail en profondeur dans et par les écoles demeure toujours l’un des principaux objectifs de l’activité missionnaire. C’est ce qu’il écrivait dans une autre circonstance. Aussi voulait-il qu’aucun secteur de la Préfecture ne soit négligé sous ce rapport, il fallait donc ouvrir de nombreuses écoles pour la formation solidement chrétienne de la jeunesse et aussi pour la formation des élites de demain dans les écoles secondaires et techniques. Enfin venait un 5e objectif dans la pensée de Monseigneur : la construction à Sokodé d’une cathédrale, qui serait dédiée à sainte Thérèse de l’Enfant Jésus.

De retour à Sokodé, Mgr Lingenheim fut heureux de reprendre l’évangélisation à laquelle il s’était déjà dépensé vigoureusement pendant des années. Rien de ce qui pouvait favoriser la foi chrétienne ne devait être omis. Il voulait que, dans l’organisation de la Préfecture notre grand principe soit : être vraiment présents. Il citait Pie XI, Enc. Rerum Ecclesiae, qui écrivait : Veillez à répartir les missionnaires de telle sorte que nulle portion du territoire qui vous est confié ne soit privée de la prédication de l’Évangile : aucune ne doit être réservée à une action ultérieure.

Malgré de nombreux obstacles et au prix de grands efforts, des progrès remarquables furent accomplis. Le 14 septembre 1955, la Préfecture de Sokodé est élevée au rang d’évêché. Mgr Lingenheim devient Administrateur Apostolique, en attendant la nomination d’un évêque. Puis c’est lui-même que Pie XII nomme évêque de Sokodé, le 4 juillet 1956. Son sacre eut lieu le 28 octobre 1956, en la fête du Christ-Roi, à la cathédrale de Strasbourg, par Mgr Weber, archevêque-évêque de Strasbourg, assisté de Mgr Durrheimer, évêque de Katiola, et de Mgr Paulissen, ancien évêque de Kumasi.

À l’époque de son sacre, Mgr Lingenheim pouvait tracer un rapide tableau de l’état de son évêché, énumérer des facteurs excellents et favorables à la prédication de l’Évangile, d’autres plutôt néfastes ou franchement mauvais. Les statistiques déjà donnaient des indications. En 1946, il y avait : 4 186 catholiques, 3 529 catéchumènes, 10 écoles avec 779 élèves. En 1956, il y a : 17 168 catholiques, 8 792 catéchumènes, 64 écoles avec 6 558 élèves. Un point noir est la pénurie de personnel missionnaire : les missionnaires sont trop peu nombreux. Et il reste encore, étranger à la foi chrétienne, un demi-million d’âmes dispersées sur 29 000 km2.

Aussi ce fut avec joie et enthousiasme que l’évêque et ses missionnaires accueillirent les chers Pères Franciscains, nouveaux Frères d’Armes qui venaient partager avec eux les joies et les peines de l’apostolat, en attendant de prendre à leur charge toute la partie Nord du diocèse de Sokodé, les districts de Dapango, Mango, Bombuaka et Kandé. (Mgr Lingenheim, dans le Messager des Missions Africaines, janvier-février 1957 : le renfort tant attendu...). Plus que jamais en effet, disait Monseigneur, il faut être fortement présent. Le premier groupe des Frères Franciscains arriva sur place en novembre 1956. Le 1er mars 1960, le diocèse de Sokodé fut divisé pour former la Préfecture Apostolique de Dapaong, qui fut confiée aux Pères Franciscains.

Mgr Lingenheim prit part au concile Vatican II. Le 18 novembre 1964, il donna sa démission en faveur d’un évêque togolais et fut transféré du siège épiscopal de Sokodé à celui, titulaire, de Tunudruma. Son successeur fut Mgr Chrétien Bakpessi, né en 1924 à Yadé, au diocèse de Sokodé. Nommé le 9 août 1965, il fut sacré le 5 décembre à Rome par S.E. le Cardinal Agagianian.

Mgr Lingenheim, comme missionnaire et comme évêque de Sokodé, s’est montré un travailleur infatigable et entièrement dévoué au service des âmes. D’un naturel calme et pondéré, austère cependant et exigeant pour les missionnaires, il se donna lui-même aussi bien à l’apostolat des non-chrétiens qu’au ministère auprès des catholiques. Même comme chef de Mission, il garda l’habitude de faire son ministère dans les petits villages de la brousse et, en toute occasion, se dévoua pour tous avec une grande bienveillance.

Pour connaître et apprécier son œuvre comme chef de Mission, il faudrait suivre toute l’histoire de la Mission de Sokodé. On trouvera quelques éléments et renseignements dans : Messager des Missions Africaines, février 1947, l’Église en marche dans la Préfecture de Sokodé, par le Père J. Fischer ; Karl Müller, Geschichte der Katolischen Kirche in Togo, 1958, p. 474-496 ; et Ralliement n° 56, janvier 1966 Une page d’histoire du Togo-Nord, par Mgr Joseph Strebler.

Après le concile Vatican II, Mgr Lingenheim se retire dans les maisons de la Société au diocèse de Metz, à Vigneulles et ensuite à Zinswald. Il reste encore tout disposé à contribuer au service des âmes. Monseigneur l’évêque de Metz lui confia chaque année de nombreuses célébrations du sacrement de confirmation dans les paroisses du diocèse.

Mais il sera bon d’entendre le témoignage même de l’évêque de Metz, témoignage exprimé lors des obsèques en la chapelle des Pères des Missions Africaines à Saint-Pierre : Il s’offrit spontanément à m’aider de son mieux, dit l’évêque de Metz, Mgr Schmitt, et, dès 1965, il prit en charge un bon tiers des confirmations du diocèse. Par la suite, il vint habiter d’une manière habituelle dans une communauté des Pères des Missions Africaines en Moselle... À partir de ce moment, il accepta tous les services pastoraux qui lui étaient proposés. Avec une constance gentillesse et une grande simplicité, il remplaçait des curés malades ou assurait l’aumônerie de petites communautés religieuses. Son attention aux personnes rencontrées et à leurs difficultés, sa profonde délicatesse, lui gagnèrent rapidement tous les cœurs. Cela ne le dispensait pas de dire bien simplement ce qu’il pensait de certaines façons de concevoir le ministère pastoral. Une pointe d’humour s’ajoutait toujours à son propos : elle permettait d’ouvrir des esprits à des vues plus larges et plus universelles...

Ainsi passèrent les années jusqu’à l’âge de la vieillesse. Monseigneur fut alors éprouvé dans son état de santé. Hospitalisé à l’hôpital Saint-Nicolas de Sarrebourg, il mourut le 3 mai 1985. Les obsèques furent célébrées le 7 mai en la chapelle de Saint-Pierre. Une centaine de concélébrants, missionnaires et prêtres diocésains de Strasbourg et de Metz, entouraient les évêques : Mgr Brand, archevêque de Strasbourg, qui présidait, Mgr Schmitt, évêque de Metz, Mgr Mesmer, ancien évêque d’Ambaja, et Mgr Durrheimer, ancien évêque de Katiola, qui donna l’homélie.

Mgr Lingenheim avait fait sa thèse de doctorat en théologie en 1934 sur la Rhetorica divina, traité sur l’art de prier, de Guillaume d’Auvergne, évêque de Paris,  1249), un des meilleurs ouvrages de spiritualité du Moyen Âge, une des œuvres qui eurent le plus d’influences, dit la thèse. L’étude faite par Mgr Lingenheim se lit encore avec intérêt. Avant de quitter notre confrère, il nous sera agréable de relire quelques fragments d’une longue prière proposée par l’évêque médiéval de Paris. Mgr Lingenheim, qui cite avec éloge cette prière aux pages 58-61 de sa thèse, n’en aura-t-il pas fait un programme pour sa vie ? Son auteur rappelait que les clercs ont à prier pour le peuple et à prêcher et amenait à poser cette question : la force de l’apostolat, n’est-ce pas la prière ? (p. 21.)

Ainsi donc s’exprime le priant de Guillaume d’Auvergne : Seigneur miséricordieux, fais de moi un serviteur qui te soit agréable en tout, un serviteur qui te plaise en tout. Déracine complètement de moi tout ce qui déplaît à ta bonté, et fais-moi don de tes grâces et de tes vertus par lesquelles je vivrai tout entier pour toi et avec toi, selon la règle de ton excellente et très sage bonté... Que ton espérance salutaire et agréable me réconforte sans cesse, me console, me relève, m’attire vers toi, me réjouisse, m’affermisse en toi, en me faisant appuyer totalement et uniquement sur ta grande miséricorde ! Donne-moi d’avoir toujours de toi des pensées de lumière, de vie et de certitude, des pensées douces, des pensées de flamme, me faisant resplendir tout entier, me donnant la joie en toi, m’emportant vers toi, m’attachant, m’unissant à toi par l’union du plus pur amour, de l’amour le plus fort, de l’amour le plus droit, de l’amour le plus doux... Donne-moi ta grâce et conserve-la-moi, afin que le jour et l’heure de ma mort me trouvent en elle, et que par elle, rendu acceptable et agréable à tes yeux, j’arrive en toute joie et en toute sécurité, en présence de ta gloire. Donne-moi alors, avec ceux que tu as choisis, la félicité éternelle, promise et préparée par toi.