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Société des Missions Africaines –Province de Strasbourg

LEGRAND Alfred né le 29 septembre 1895 à Fouchy par Villé
dans le diocèse de Strasbourg, France
membre de la SMA le 31 juillet 1921
prêtre le 29 juin 1925
décédé le 13 mai 1968

1925-1968 missionnaire en Egypte
1968 Saint-Pierre

décédé à Strasbourg, France, le 13 mai 1968,
à l'âge de 73 ans


Le père Alfred LEGRAND (1895 - 1968)

Alfred Legrand est né le 29 septembre 1895 à Fouchy, dans le Bas-Rhin et le diocèse de Strasbourg, dans les montagnes des Vosges. A cette époque, l'Alsace-Lorraine est sous domination germanique ; mais, dans cette région, on se considère plus vosgien qu'alsacien et on parle français. Son père, Joseph Legrand, est tisserand. Alfred va à l'école primaire de son village. Il poursuit ses études secondaires à Cadier-en-Keer, en Hollande, de 1909 à 1914. Puis, c'est la guerre ; il est mobilisé dans l'infanterie et blessé au combat. Enterré vivant suite à l'explosion d'un obus, il s'en tirera avec une paralysie du bras gauche dont il souffrira toute la vie. Démobilisé, il fait sa demande d'entrée aux Missions africaines. Le père Laqueyrie lui répondra, le 25 juillet 1919 : Le conseil de la Société, après avoir examiné votre cas, n'a pas jugé à propos et possible de vous admettre au noviciat. Nous le regrettons d'autant plus que nous savons quel bon élève vous avez toujours été. Mais la perte totale de votre bras gauche est un empêchement trop grave pour nos chères missions.

Toutefois, l'insistance du curé de Fouchy en faveur de son paroissien fléchira le père Chabert, supérieur général, qui lui promet, lors d'un prochain voyage à Rome, d'expliquer le cas à la Propagande, en vue d'obtenir la dispense nécessaire. En novembre 1919, le cardinal Van Rossum se saisit de l'affaire. Le 14 octobre 1920, Rome réclame un complément d'information concernant la piété, la science du candidat. Le père Chabert sera pour lui un bon avocat, soulignant sa conduite édifiante et irréprochable, sa persévérance dans son désir d'être prêtre-missionnaire. Le 5 février 1921, la Propagande accordera la dispense nécessaire.

Entre-temps, Alfred est entré à Chanly, le 2 décembre 1919, pour ses études de philosophie et son noviciat. Le 31 juillet 1921, il prononce son serment. Il rejoint le grand séminaire à Lyon, pour ses études de théologie. Il est ordonné prêtre le 29 juin 1925. La revue Frères d' armes nous renseigne sur deux pèlerinages qu'Alfred accomplit, l'un à Lourdes en 1922, un autre à Lisieux en 1923, où, écrit-il avec enthousiasme, j'ai eu le bonheur de servir la messe au maître-autel, et surtout d'obtenir des reliques de celle que nos cœurs appellent déjà la petite sainte, et pour laquelle il aura toujours une grande dévotion.

Le 25 août 1925, il est désigné pour l'Egypte où il passera toute sa vie missionnaire. Il embarque sur le "Sphinx" à Marseille pour Alexandrie. Peu après son arrivée, il écrit au supérieur général : Aux Buissonnets, alors que je demandais avec larmes ma guérison, une voix me dit intérieurement : cette infirmité est le métier sur lequel tu tisses ta couronne pour le ciel. J'offre donc mes 24 heures d'infirmité de chaque jour à Dieu, par Sainte-Thérèse de l'Enfant Jésus, pour le salut des âmes et pour le développement de notre petite Société.

Nommé économe à Tantah, il deviendra ensuite surveillant d'études. Il ne sort guère du collège, mais sa vie est celle d'un priant : Il y a, dans ce collège de Tantah, un lieu qui m'est très cher, c'est la petite chapelle ; je suis heureux de me trouver là, seul en présence de Jésus, pour faire ma méditation de chaque jour. Je veux cependant passer quelques jours des vacances de Noël à Choubra avec le père Adrian. (lettre du 22 décembre 1925).
En 1927, est créée la province de l'Est, à laquelle normalement le père est rattaché. Mais, à l'époque, le choix est possible. Le 30 mai 1929, le père écrit au supérieur général : Après bien des hésitations, je viens vous exprimer mon désir d'appartenir à la Province de Lyon. Vu mon état d'infirmité, je suis incapable de rendre service dans les missions de la Province d'Alsace. Par ailleurs, je ne pourrais guère être utile en Alsace parce que je ne sais que très peu d'allemand. Je suis plutôt vosgien qu'alsacien.

Le 27 juin, alors qu'il est en congé à Fouchy, il recevra une réponse favorable d'option pour la province de Lyon. De retour en Egypte, après un an comme aumônier au Bon Pasteur à Choubra (1926-1927), et deux ans à Chebin-el-Kom, comme curé et aumônier des sœurs, le père retrouvera le collège de Tantah comme professeur, avant de revenir à nouveau à Chebin-el-Kom, du 9 septembre 1930 au 12 juin 1932, comme aumônier des sœurs et curé. Il écrit : Bien qu'insensiblement, le bien se fait à Chebin. Dimanche dernier, nous avons eu, pour la première fois, la visite de monseigneur Khouzah. Il a chanté la messe à l'occasion de la première communion des enfants. On aura désormais un petit nombre de communions tous les dimanches. Quant à moi, bien que ce ne soit pas mon tour, je désire rentrer à mes frais pour revoir ma mère qui a dépassé ses 80 ans. Veuillez avoir la bonté de me permettre de revoir ma bonne mère. Avis favorable lui est donné. Il va à Fouchy et revient en Egypte le 7 septembre 1932 avec une nouvelle nomination pour Tantah. (Les confrères sont alors nombreux en Egypte : outre le vicaire apostolique, monseigneur Girard, 46 pères et 15 frères, soit au total, 62 sma !)

A cause de sa mère qui a maintenant 84 ans, il demande à nouveau à partir en congé en 1935. Le père Laqueyrie lui accorde cette permission sous réserve que le visiteur soit de cet avis. Il pourra partir. A son retour, le conseil provincial décide de le mettre à la disposition de monseigneur Girard.

Il devient aumônier des sœurs nda à Héliopolis ; il rend aussi des services à la paroisse de Notre-Dame de Tongres qui compte alors 7000 catholiques, dont plus de 2000 de rite latin. Le 17 mai 1936, il sollicite encore du provincial l'autorisation de rentrer, toujours à cause de sa vieille mère. Le père Pagès appuie cette demande, mais le père Laqueyrie lui demande d'exposer la situation au père visiteur qui verra, dans sa prudence, s'il peut ou non, vous accorder l'autorisation demandée. Elle lui sera accordée.

Le 18 mai 1937, les pères Olivain et Hamon devant quitter Samos, on lui propose ce poste pour y être supérieur de la mission et avoir la direction de l'affaire du vin de Samos. La réponse sera quasi immédiate : Je n'ai pas les compétences financières et administratives que vous me croyez et je ne suis qu'un pauvre invalide de guerre.

En 1939, la guerre surprend le père en France. A son retour, il est affecté à Choubra ; il restera, pendant une vingtaine d'années, à l'aumônerie du Bon Pasteur. Le 10 octobre 1947, le père Hubert, visiteur, indique à son sujet : Le père Legrand m'inquiète de plus en plus ; sa jambe, à demi morte ne le porte plus, et il manque souvent de tomber à l'autel. N'oublions pas qu’il a aussi un bras invalide ; cependant il s' accroche.

En 1960, il est toujours à Choubra, prêt à servir de son mieux, en particulier à l'église Saint-Marc pour y confesser. Désormais, les nouvelles se feront rares. En 1968, il rentre en France, mais ce sera pour la dernière fois. Le Seigneur l'y attend et le rappelle à lui, à Fouchy, dans son pays natal, le 13 mai. Lui qui espérait finir ses jours en Egypte sera inhumé dans la paroisse de son baptême. La vie d'un handicapé, au service du Royaume, ne vaut-elle pas celle du missionnaire rempli de forces, remuant ciel et terre ? Mystère de la valeur d'une vie, toute offerte à Dieu et à ses enfants, dans les deux cas !