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Société des Missions Africaines - Province de Lyon

MARTIN Andre né le 23 janvier 1923 à Embrun (Hautes-Alpes)
dans le diocèse de Gap (France)
membre de la SMA le 5 janvier 1944
prêtre le 24 février 1947
décédé le 20 mai 2012

1947-1951 Divo (Gagnoa), vicaire
1951-1969 Duékoué (Man), curé
1969-1970 Logoualé (Man), vicaire
1971 Toulépleu (Man), curé
1971-1975 Man, Sainte-Thérèse, curé
1975-1981 Marseille, procure
1981-1984 Paris, rue Crillon, procure
1984-1989 Zagné (Man), curé
1989-1991 Guiglo (Man), prêtre habitué
1991-1997 Chamalières, procureur
1997-2012 Montferrier, résident


décédé à Montferrier le 20 mai 2012,
à l’âge de 89 ans


Le père André Casimir MARTIN - 1923 - 2012

Il est né le 28 janvier 1923 à Embrun, dans les Hautes-Alpes, dans une famille de cultivateurs. Sa vocation remonte à son enfance, car, dès le fin de ses études primaires, il entre à la maîtrise de Notre-Dame du Laus, puis rejoint le petit séminaire de Gap en 1935 où il fera toutes ses études secondaires, jusqu'à la première partie du baccalauréat en 1939. Il rentre alors au grand séminaire de Gap, replié à Notre-Dame du Laus à cause de la guerre, obtient la seconde partie du baccalauréat en 1940, et après une nouvelle année, part aux chantiers de jeunesse pour 8 mois jusqu'en juin 1942. Il n'a pas encore 20 ans.

C'est peu avant de partir pour les chantiers de jeunesse qu'il prend contact avec les Missions Africaines, mais, écrit-il, "je n'y vois pas très clair". (09/07/42) Il prend finalement sa décision, avec l'accord de son évêque et arrive au 150 pour la rentrée de 1942. Le supérieur de Gap écrit : "André Martin nous a donné toute satisfaction par son sérieux, sa piété, son travail et son bon esprit. Nous le voyons partir avec peine. Notre consolation, c'est de savoir qu'il répond à une vocation supérieure." (06/08/42)

Il ne fait pas de noviciat, mais les deux premières années à Lyon sont considérées comme des années d'épreuve et la première, soit douze mois sans discontinuer, doit se passer entièrement à Lyon. Il aura une dispense pour cela, pour aller aider ses parents aux travaux des champs, son frère étant prisonnier en Allemagne. De février 1945 à mars 1946, il fait son service militaire d'abord au camp de Sathonay, à côté de Lyon (il en sort caporal chef), puis passe 6 mois avec l'armée d'occupation en Autriche, dans le Tyrol. Il est ordonné prêtre en février 1947, et sa première nomination l'envoie à Divo (aujourd'hui dans le diocèse de Gagnoa) chez Mgr Kirmann, vicaire apostolique de Sassandra. Il va y rester 4 ans, puis, pendant 18 ans, il aura la responsabilité de la paroisse de Duékoué (aujourd'hui dans le diocèse de Man). De ces 22 premières années de mission, nous n'avons de lui qu'une seule lettre : on y sent un homme calme, profondément bon, opposé aux histoires et entièrement tourné vers l'apostolat. En 1968, il dépend maintenant de l'évêque de Man dont le diocèse vient d'être crée.

En 1969, durant son congé, il consulte un spécialiste afin d'améliorer son audition. A son retour en Côte d'Ivoire, il se retrouve vicaire de Joseph Isoléri à Logoualé "Je suis à peu près habitué à ce nouveau poste. Je travaille avec le père Isoléri que je vais remplacer durant son congé. Les premiers jours ont été durs, mais je m'y suis fait. C'est normal après un si long séjour à Duékoué. Monseigneur voulait me confier les quelques aspirants frères qui 'traînent' dans les missions. Ce travail m'aurait plu, mais rien n'était prêt, ni la formule, ni la place. Il m'a demandé de faire un an à Logoualé, puis nous verrons. […] Quand à l'oreille gauche, elle ne me gêne pas, mais elle ne me sert pas à grand-chose." (12/12/69) Après ce remplacement, il passe une année à Toulépleu, puis est nommé curé de la paroisse Sainte-Thérèse de Man. Là, il est avec un confrère Fidei Donum, le père Paysant, très sympathique. "Nous sommes 'em…vahis' par les Témoins de Jéhovah. Connaissez-vous des brochures, livrets, qui pourraient servir de contre propagande. Merci de me les signaler." (04/12/71)

Assez régulièrement, il écrit une petite lettre au Conseil provincial pour remercier des vœux de la saint André (une petite demi-page), mais les autres lettres sont rares ; en tout cas, il n'y a jamais de nouvelles sur son travail. Est-il responsable de ses confrères dans le diocèse ? Toujours est-il qu’il y veille. Il signale aux autorités le cas d'un confrère qui a besoin d’être aidé financièrement : "Il n'a pas grand-chose, vois ce que tu peux faire. Je pense que c'est le plus défavorisé d'entre nous. […] Il n'a rien en caisse." (14/06/74)

Au printemps 1975, il a maintenant 28 ans d'Afrique derrière lui, le Conseil provincial lui propose la responsabilité de la procure de Marseille. "Le quartier de Marseille où se trouve notre procure doit être démoli. Une communauté des Pères de Timon David veut bien nous recevoir et nous offre un étage indépendant dans la maison où elle réside. […] Nous aimerions que cette nouvelle implantation soit aussi l'occasion d'un changement de procureur." (26/03/75) Il y remplacerait le père Duval et aurait ainsi l'occasion de refaire sa santé. "Je comprends votre désir d'avoir une réponse ferme. En principe, c'est oui, sous réserve d'ennuis du côté médical." (02/04/75) La procure de Marseille, outre le réseau des bienfaiteurs, c'est aussi l'accueil des confrères qui partent ou qui reviennent par bateau, et encore l'expédition de gros matériel vers l'Afrique. Il a mis toute sa compétence et surtout toute sa disponibilité dans ce service. Mais il y a des à-côtés qu'il ne néglige pas : "J'ai eu la joie de voir Rome et la maison générale où j'ai été reçu fraternellement. Gênes aussi. Vraiment, il fait bon appartenir à la SMA. Le père qui m'a accompagné, un ami curé en France, était soufflé de cette fraternité qui existe chez nous." (12/08/76) En 1978, il a l'occasion de faire, avec le diocèse de Marseille, le pèlerinage en Terre Sainte. Il était nommé pour trois ans à Marseille et il y est resté six ans ; il est temps maintenant qu'il reparte en Afrique, car c'est là son plus cher désir.

Mais, en 1981, le Conseil décide de transférer la procure de Marseille à Lyon et lui écrit : "Vous allez donc être libéré d'un poste où vos services ont toujours été appréciés. Je ne sais pas ce que vous envisagez pour votre avenir. […] Nous souhaiterions, et je dois dire fortement, vous confier la responsabilité de la procure de Paris. Evidemment, sous la même étiquette de procure, c'est un autre genre de travail. Il s'agit de la coordination des services existants (comptabilité, expédition, livres, procure) qui sont assurés par des personnes qualifiées. Il s'agit aussi d'un service d'accueil très important, car il y a beaucoup de passages à la rue Crillon, et nous pensons que, dans une telle maison, le sens de l'accueil est la première chose que l'on attend. Je dois dire que c'est surtout cela qui nous a conduits à penser à vous, car nous connaissons vos qualités dans ce domaine. " (10/06/81) Il répond de suite : "J'aurais bien voulu vous répondre positivement pour vous faciliter les choses, mais je ne pense pas faire l'affaire pour ce poste." (13/06/81) Et puis, il n'aime pas du tout conduire dans une grande ville. Malgré cela, deux semaines plus tard, il reçoit la nomination suivante : "Le Conseil provincial vous remercie d'avoir bien voulu accepter sa proposition et il vous nomme donc supérieur de la communauté de la rue Crillon à Paris." (27/06/81) Au moment de son départ, les pères de Timon David écriront au Conseil provincial : "C'est avec plaisir que nous avons eu avec nous le père Martin, le rayon de soleil de notre table à midi." (01/07/81) Quant au cardinal Etchegaray, archevêque de Marseille à l'époque, averti de la fermeture de la maison, il écrira : "Je comprends votre décision, mais je la regrette… peut-être égoïstement pour Marseille qui perd ainsi un de ses fleurons missionnaires évocateurs d'une grande époque révolue." (11/08/81)

Il est nommé pour trois ans à la procure de la rue Crillon et demande à ne pas être reconduit. Tous ceux qui sont passés de son temps, même rapidement, par la rue Crillon, affirment avoir été séduits par son sens de l'accueil et sa patience envers les confrères. En décembre 1983, par nécessité, et peut-être aussi pour précipiter et sécuriser un prochain retour en Afrique, il se fait opérer de deux hernies, et, pendant ce temps-là, c'est le père Quignon qui assure l'intérim à la procure de Paris.

1984, enfin, il retrouve l'Afrique après 10 ans en France. Il est mis à la disposition du Régional de Côte d'Ivoire, mais avant de partir, le Conseil lui demande de bien prendre le temps de se reposer. (29/06/84) Peu après son arrivée, il écrit : "A Zagné, il y a un travail intéressant avec toutes ces ethnies qui forment la paroisse et qui envahissent la forêt. Beaucoup de chrétiens parmi les expatriés. " (05/11/84) Peu après, il est un peu plus précis : "Me voici installé à Zagné, heureusement surpris de trouver un secteur qui démarre bien et des gens en recherche de Dieu. […] Beaucoup à faire, mais des résultats en perspective. Il y a un handicap : les distances, 100 km d'un bout à l'autre." (27/11/84) Il reste fidèle à sa toute petite lettre pour remercier pour les vœux à l'occasion de la Saint André et dire que tout va bien. Une communauté de religieuses vient s'installer sur la mission : "Depuis deux ou trois mois, des sœurs se sont installées à Zagné : c'est une compagnie agréable" (28/11/85) En fait de compagnie, il faut bien préciser que son plus proche voisin au sud, à Tabou, est quand même à 245 kms. "Heureusement, écrit-il, mon voisin du nord est un peu plus près, à Guiglo. […] Je me partage entre les deux têtes de la mission, un dimanche à Zagné, l'autre à Taï, et mon travail consiste à animer les communautés nombreuses et variées échelonnées sur la route de Guiglo-Tabou. Je pense que la formation des catéchistes est le plus important, car tout passe par eux." Et il conclut ainsi sa lettre : "Tout n'est pas facile à Zagné, mais à tout prendre, je préfère être ici." (27/11/86)

Pendant son congé en 1987, il est victime d'un début d'embolie après avoir été opéré des varices, puis il fait une phlébite ; il doit donc être deux fois hospitalisé, et pour bien se remettre en forme, il prolonge son séjour en France, mais pas suffisamment. Dans une lettre de novembre 87, il se reproche d'être reparti un peu trop vite. "Je ne regrette rien, car je pensais à toutes ces communautés privées de l'Eucharistie depuis le mois de mai. L'avenir dira si j'ai eu raison. Je me ménage. […] Après avoir été un grand costaud, je me vois réduit à surveiller mes activités. […] Nous sommes si peu nombreux et pourtant l'esprit souffle en tornade. […] Ils font eux-mêmes leur chapelle en terre et font la célébration du dimanche tout seuls, pendant des mois. C'est admirable !" (09/11/87) En juillet 1988, il est présent à l'enterrement du frère Octave à Man. "C'était beau : deux évêques, 40 prêtres et la cathédrale pleine de fidèles. Vraiment, le vieux était connu ! Bel éloge par Mgr Agré et coup d'encensoir aux sma." (14/07/88)

Congé en 1989. Il se fait renverser par une voiture sur un passage protégé : quelques bosses. "Actuellement dans nos régions, les piétons sont des morts en sursis !" Puis il ajoute : "J'attends pour savoir si quelqu'un est affecté à Zagné-Taï. S'il faut reprendre le secteur tout seul, je ne me sens pas capable. C'est trop dur." (17/07/89) Son évêque le nomme alors prêtre habitué à la paroisse de Guiglo, avec Hubert Daudé. "La flamme missionnaire, on l'a toujours, mais la machine ne suit pas toujours." (29/11/90) Le Conseil lui propose de rentrer en France pour devenir hôtelier à la maison provinciale. "Je rentre non par gaieté de cœur, mais parce qu'il me devient difficile d'accuser un travail sérieux. Je suis surtout handicapé par la vue. […] De plus, j'ai été opéré des oreilles il y a quinze ou vingt ans. De ce côté-là, les ennuis recommencent." Et il ajoute à propos du travail d'hôtelier économe à Hidalgo : "Je pense que ce travail n'est pas fait pour moi" (07/02/91) Il ne reconnaît pas les gens et ne les comprend plus. Mais quelques semaines plus tard, il ne dit pas non, vraiment pour rendre service, et si on ne trouve pas quelqu'un d'autre, "si vous ne trouvez pas mieux." Mais il ajoute : "Je tape à la machine comme les commissaires de police des quartiers avec deux doigts ; je me vois mal taper un long rapport." (25/02/91)

Finalement une solution est trouvée : il est nommé procureur pour trois ans à Chamalières avec mission de "1) seconder le père Sébilo dans sa tâche de procureur, 2) s'initier à la comptabilité pour décharger Jean-Paul Gournay au maximum, 3) voir s'il est possible de rendre des services pastoraux." (02/09/91) Il sera aumônier de l'hôpital Fontmaure et rendra aussi des services dans deux cliniques. Sa nomination de trois ans est renouvelée en 1994 pour trois nouvelles années. Il a bien des problèmes de santé "examens, piqûres, pilules, comprimés et j'en passe. Finalement, je reste au même point. […] Ce n'est pas un SOS, mais je commence à me demander si ma place n'est pas ailleurs…" (30/11/96) Il tiendra quand même les six ans, avant d'être nommé à Montferrier où il va passer plus de quinze ans.

Il va laisser le souvenir d'un homme très simple, discret, très méticuleux dans son emploi de sacristain qu'il remplira de nombreuses années avec beaucoup d'application. Sa grande taille pouvait en imposer un peu au début si on ne le connaissait pas, mais bien vite, on découvrait un homme qui savait se montrer plein d'humour dans ses réparties, et plein de charité dans ses remarques. Comme il l'a toujours fait pendant ses années de mission, et comme en témoigne aujourd'hui un confrère qui à vécu avec lui en mission, il était d'une fidélité et d'une régularité exemplaires à la prière de chaque jour, le matin à la méditation et à la messe, le soir au chapelet et aux vêpres. Il aimait revenir sur son passé, parler de la Côte d'Ivoire qu'il n'a jamais quitté sentimentalement. Chaque jour, dans sa prière, il avait une pensée spéciale pour le prochain confrère qui allait quitter la maison. Il savait bien qu'un jour, sans le savoir, il allait ainsi prier pour lui. On peut rappeler ici une anecdote qui fait sourire : il avait souvent à la bouche l'exclamation suivant : "O pétard", à tel point que, le jour de son départ de Duékoué, un enfant à qui l'on demandait : "Mais pourquoi tu pleures ?", répondit entre deux sanglots : "O pétard nous as quittés. Aujourd'hui, c'est vrai, il vient de nous quitter pour de bon.