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Société des Missions Africaines –Province de Lyon

NIEL Clovis né le 30 mai 1925 à Avessac
dans le diocèse de Nantes, France
membre de la SMA le 5 janvier 1946
prêtre le 11 février 1949
décédé le 2 juillet 1996

1949-1963 missionnaire en Côte-d'Ivoire,
Abengourou, Toumodi, M’Batto
Bouaké, Bongouanou
1963-1967 Pont-Rousseau, aide économe
1967-1992 missionnaire en Côte-d'Ivoire
Raviart, M’Bahiakro, Ouellé
Prikro, M’Batto, Dimbokro, Daoukro
1992-1994 Rezé
1994-1996 Saint-Nicolas de Redon, pastorale

décédé à Saint-Nicolas de Redon, le 2 juillet 1996,
à l'âge de 71 ans


Le père Clovis NIEL (1925 - 1996)

C’est le 30 mai 1925 que Clovis Niel naît à Avessac, en Loire-Atlantique, dans une famille de cultivateurs. Il est baptisé le jour-même de sa naissance, dans l’église paroissiale, où il recevra, dix ans plus tard, le sacrement de confirmation. Il grandit dans sa commune, avec ses deux frères et ses trois sœurs, avant d’aller avec sa famille, à Chartran, sur Saint-Nicolas de Redon. Le 25 septembre 1937, il entre au petit séminaire des Naudières. C’est là qu’il fait toutes ses études secondaires, jusqu’en juin 1943.

C’est la guerre. Le noviciat s’est installé à Martigné-Ferchaud, en Ille-et-Vilaine. Pour Clovis, c’est, alors, un vrai parcours du combattant : un noviciat en deux tronçons (novembre 1943 à juin 1944, puis octobre 1944 à juillet 1945) auxquels s’ajoutera une troisième tranche, lors de sa rentrée à Lyon, en octobre 1945, afin d’arriver à la durée canonique requise pour la validité de ce noviciat. Il prononce son serment, le 5 janvier 1946, et il est ordonné prêtre le 11 février 1949. Il n’aura pas à attendre longtemps son départ en Afrique. Le 26 juin 1949, le père Boucheix, provincial, lui écrit : Vous avez été désigné par le conseil provincial pour aller travailler dans le vicariat d’Abidjan, sous la direction de monseigneur Boivin.

Pendant plus de 10 ans, le père Niel accomplira son ministère à la manière d’un prêtre-ouvrier missionnaire, très sollicité pour des tâches matérielles : Abengourou (2 ans), Toumodi (5 ans), M’Batto (3 ans) où il construit une grande église dans la mission que vient de fonder le père Allirand, Bouakè (3 ans) avec la fondation du petit séminaire, le réaménagement de la vieille mission à la paroisse cathédrale, sans oublier l’église de Bongouanou dont le patron, Saint-André, rappellera le prénom de son père fondateur, André Chassaignon et, enfin, celle de Ouellé, en tandem avec le père Emile Hégron.

En octobre 1963, mis à la disposition du supérieur de la maison des Naudières, comme aide-économe, il avoue être un peu désemparé, mais il ajoute, dans une lettre au provincial : Je suis prêt à accepter le travail qu’on me donnera ; j’essaierai de faire du mieux que je pourrai. J’ose espérer cependant que mon séjour en France ne soit pas trop prolongé. Clovis y restera près de 4 ans, le temps, entre-autres, de construire une salle de sports, dont l’utilisation sera brève, car le séminaire sera fermé et vendu au diocèse de Nantes.

Au mois de juillet 1967, le père Niel est, de nouveau, mis à la disposition du supérieur régional de Côte-d’Ivoire, pour le diocèse de Bouaké. Il sera vicaire du père Lazinier à Raviart, poste difficile de la savane baoulé, où il restera jusqu’en 1971. Il passera ensuite quelques mois à M’Bahiakro, où il aura de la peine à retrouver ses marques, puis à Ouellé où il est envoyé par Mgr Duirat pour construire la charpente de l'église et la couvrir (sur la demande de Jean-Pierre Michaud) ; il y reviendra en 1973 pour faire le dallage et construire le chœur. De chaque côté du chœur, il trace deux jolis tableaux en granitaux (une nativité et une vierge au pied de la croix. Il rejoint ensuite Prikro pour une année seulement (1973-1974), et enfin M’Batto où il poursuivra son travail missionnaire pendant 6 ans. Dans cette mission qu’il connaît bien, Clovis travaillera désormais avec deux prêtres baoulés, dont l’un dira un jour : Avec le père Niel, je me sens en communauté.

En 1980, comme le diocèse de Bouaké est immense, monseigneur Vital Yao va affecter le père Niel à la grande et vieille mission de Dimbokro où, après la mort du père Verger, les pères ne sont plus que deux. A cette époque de sa vie, il a pratiquement délaissé les grands travaux et s’intéresse beaucoup à la formation des catéchistes. Il remplit de sa main des cahiers entiers d’études bibliques, prenant, de temps en temps, maillet et ciseaux à bois pour sculpter une grande statue de la Vierge en bois du pays.

Le père Niel prendra un congé exceptionnel pour fêter les noces de diamant de ses parents, le 12 juin 1982. Puis, il rejoindra Daoukro et c’est là qu’il effectuera son plus long séjour, de 1983 à 1991, avec le père Le Goff qui sera toujours, pour lui, un ami convivial et fidèle, surtout pendant la dernière année qu’il passera en Afrique, à la mission de Ouellé (1991-1992). Il y sera intronisé curé, le 15 septembre 1991, par le père Guéret, vicaire général, représentant l’évêque de Bouaké. Il aura avec lui un jeune prêtre agni avec qui le compagnonnage sera parfois difficile. Il fait appel à toutes les bonnes volontés, y compris pour la survie du foyer de jeunes, y accueillant certains élèves du CEG n’ayant pu trouver de tuteur. Courageusement, il conclut ainsi une lettre à son provincial : En acceptant ce poste, je savais que les difficultés y habitaient avant moi. La suite, on la verra !

C’est à Ouellé que s’achèvera l’engagement missionnaire, en Afrique, de ce confrère chaleureux, à la sensibilité d’artiste, teintée d’une sorte de naïveté, qui affleurait dans les conversations les plus banales. Pour lui, une page se tourne, car il affrontera désormais un autre genre d’épreuve, la maladie.

Lui qui avait tant bétonné, dessiné, peint, sculpté, le voilà avec un cancer au poignet. Il est opéré à l’Hôtel-Dieu de Nantes, le 30 juillet 1992. Il ne sait pas que le bon Dieu lui donnera encore 4 ans de vie, mais il s’amuse, sur une gouache, à exprimer ce qu’il pense être la vraie spiritualité des Missions Africaines : Simplement être-avec ; être avec le Christ, avec les Africains, c’est cela notre vie. C’est sûrement ce qu’il avait voulu exprimer sur la grande fresque du chœur de la chapelle du foyer sma d’Ebimpé, sa dernière œuvre en Côte-d’Ivoire : douze missionnaires, dont monseigneur de Brésillac, rassemblés autour du Christ, comme au matin de l’Ascension, fascinés par le Maître qui semble leur dire : Je suis avec vous pour toujours.

Le père Niel ne veut pas rester inactif ; il se sent disponible pour rendre des services sur la paroisse Saint-Nicolas de Redon, où habitent sa maman et sa sœur. Il y est affecté, officiellement, en mai 1994, et assure messes, prédications, baptêmes et mariages, jusqu’à ce que les progrès du mal dont il est atteint le contraignent à cesser toute activité. Pourtant, dira le père Moriceau dans son homélie à la messe d’enterrement, la maladie n’a jamais occupé totalement son esprit : Il en parlait peu. Il n’a jamais baissé les bras, car c’était un lutteur. Il l’a été toute sa vie. Il l’a été contre la maladie parce que, avant tout, il aimait la vie. Il savait bien qu’un jour, le mal aurait raison de lui et il se préparait à la rencontre avec Dieu.

Le père Niel venait d’avoir 71 ans quand le Seigneur lui ouvrit les portes de sa maison, le 2 juillet 1996. A Saint-Nicolas de Redon où furent célébrées ses funérailles, dans son église paroissiale, onze petites bougies furent allumées, représentant chacune une paroisse où il avait exercé son ministère. Ne disait-il pas, un jour, qu’il était sans doute le père le plus licencié du diocèse ? Le Bon Dieu lui aura sûrement trouvé un atelier, où il puisse épanouir ses multiples dons d’artiste et d’amoureux de la lumière.