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Société des Missions Africaines – Province de Strasbourg

NETH Andre né le 28 avril 1916 à Ohlungen
diocèse de Strasbourg, France
membre de la SMA 25 juillet 1937
prêtre le 28 février 1943
décédé le 27 juin 2005

1943-1945 Mulsack, administrateur
1946-1971 missionnaire au Togo
Sokodé, Sotoboua
1971-1996 au service du diocèse de Metz
Veckersviller, Metting
Arwviller, Gunzviller
1997-2002 Le Zinswald, retiré
2002-2005 Saint-Pierre, retiré

décédé le 27 juin 2005 à Saint-Pierre, France
à l’âge de 89 ans


Le père André NETH (30 juin – 2005)

Messe des funérailles

1ère lecture : Romains, 6,3b-4,8-11 - Evangile : Marc, 4,26-29.

Le grain a été jeté en terre, celui de la foi, celui de la Parole de Dieu, celui de la charité, celui qui a été confié au père André Neth appelé à la mission en terre d’Afrique et en Lorraine. Il a produit du fruit plein l’épi, que nous offrons aujourd’hui. Et le père André en ce jour, avec le témoignage qui nous a laissé, est devenu lui-même le grain jeté en terre…

C’est depuis l’âge de 11 ans, il y a donc 78 ans, que André NETH fréquente les Missions Africaines, puisqu’il est entré au petit séminaire de Saint Pierre le 16 octobre 1927. Il ne quitte l’environnement des Missions Africaines que pour se faire enterrer dans son village, signe de son attachement à sa terre d’origine et à sa famille.

Missionnaire, il voulait l’être et il l’a été. Durant son service militaire, accompli à Strasbourg de septembre 1937 à 1939, il exprimait son enthousiasme de pouvoir déjà « se lancer dans l’apostolat missionnaire… Vraiment on peut trouver de belles âmes au régiment. Souvent hélas, les laïcs nous font honte, à nous séminaristes. Les sacrifices des militants semblent porter de beaux fruits… L’aumônier du foyer militaire a de nouveau eu le bonheur de baptiser un soldat. Quand on assiste à une belle cérémonie on oublie les nombreux sacrifices que réclame ce travail d’apôtre » (C’était le 30 novembre 1937).

André Neth a connu les aléas de la guerre, mobilisation, évacuation et surtout le décès de trois proches de sa famille, son papa en 1943, un de ses frères en 1944 et sa maman en 1945. décès qui l’ont beaucoup chagriné, car il était impressionnable. C’est un trait de son caractère que ceux qui l’ont côtoyé ont toujours relevé. Un des événements les plus douloureux de sa vie sera plus tard, vers 1968, celui du camion fou qui a traversé en trombe le marché de Sotouboua, la petite ville où il habitait, et a fait plus d’une centaine de morts. Le Père André est arrivé tout de suite sur le lieu de l’accident, apportant réconfort et moyens matériels… Ceux qui l’ont rencontré les jours suivants ont pu témoigner de sa compassion et de sa douleur qu’il n’arrivait pas à évacuer.

La première partie de sa vie apostolique, la plus féconde et la plus enthousiasmante, soit 26 ans, il la passe au Togo. Il est d’abord à la mission de Sokodé et s’occupe principalement du secteur sud de la mission, celui de Sotouboua. Il devient le premier prêtre résidentiel et fondateur de cette mission à partir de 1953. Il habite d’abord à la sacristie de la toute petite église en attendant que sa maison d’habitation soit achevée Il construit en briques de terre, mais les pluies trop fortes font s’effondrer deux murs et détruisent 3 à 4000 briques.

La mission se développe bien. Comme la plupart des missionnaires sma, le Père André a compris la nécessité de l’école et s’investit beaucoup dans la construction, l’organisation et la gestion des écoles. En novembre 1954, il fait le bilan de l’année de la façon suivante : « Outre quelques nouvelles stations secondaires nous avons aussi ouvert une école de filles avec l’espoir évidemment d’avoir dans quelques années une communauté de religieuses. Un autre grand village sera également doté d’un Cours Préparatoire, ce qui fera cinq écoles dans le district. Certes, cela demande du travail, des soucis matériels et financiers, mais enfin il n’y a pas d’autre solution … J’avais beaucoup de travail cette dernière quinzaine. Il fallait préparer la rentrée des classes le 15 octobre, visiter toutes les écoles distantes les unes des autres de 40 km… (21.10.54) ».

Chaque année, plusieurs centaines de baptêmes d’adultes sont célébrés, ce qui implique l’organisation d’un catéchuménat important, et l’engagement de nombreux catéchistes. Lorsqu’il quitte la paroisse de Sotouboua en 1971, on dénombre environ 20.000 habitants dont 3.000 baptisés et autant de catéchumènes et de sympathisants, et 11 stations secondaires. Ses supérieurs essaient de comprendre pourquoi il a décidé de quitter le Togo. C’est suite « à de difficultés inhérentes à l’évolution actuelle en cours, et qui lui donnent l’impression d’un dépaysement… » explique le provincial. Ce dernier résume très positivement la mission du Père André : « Il a une longue expérience missionnaire et a réalisé un travail remarquable à Sotouboua… Il a bien équipé la mission, autant la mission centrale que les missions filiales, et a su, à force de patience et de bonté, susciter une communauté très dynamique. C’est peut-être le succès de son apostolat qui pose au père aujourd’hui la question qui l’a déterminé à ne plus repartir en Afrique… Le Père est convaincu que sa paroisse doit être prise en charge par un prêtre africain, ce qu’il juge tout à fait dans la ligne de notre activité, mais il pense également que son âge ne lui permet plus de commencer une nouvelle fondation… Il est par ailleurs très apprécié par ses confrères par son caractère ouvert et très liant. Quant à son travail pastoral, il est certainement remarquable, pour avoir réalisé ce qu’il a fait dans des conditions très difficiles » (rapport du provincial en date du 19 fév 1971).

Le départ du Togo est un véritable déchirement : « Ce n’est pas de gaieté de cœur que j’abandonne ce magnifique champ d’apostolat, fondé et développé au prix d’innombrables sacrifices », écrit-il le 10 décembre 1970. Lorsque la date approche, il parle d’une « immense douleur occasionnée par la décision du prochain départ. Jamais je n’aurais cru être attaché aussi profondément à cet attrayant pays et à ses sympathiques populations. Ces dernières semaines avant la séparation définitive apparaissent comme les plus pénibles de ma vie. Cependant je ne regrette pas la décision prise. Un changement s’avérait utile tout autant pour les paroissiens que pour leur pasteur car sans quoi j’aurais sombré dans un pessimisme et un isolement néfastes aux uns et aux autres. Puisse le Seigneur accepter cet ultime sacrifice et répandre sur ces âmes généreuses la grâce de la persévérance» (16 mars 1971).

Il y a deux jours, Mgr Ambroise DJOLIBA, évêque actuel de Sokodé nous envoyait le message suivant : « J’apprends ce matin l’entrée du père André NETH dans la vie éternelle. Il était un des ouvriers de la première heure dans notre diocèse de Sokodé. Comme petit garçon, je l’ai bien connu et admiré. Son départ pour la maison du Père nous touche de près, nous qui vivons encore de son œuvre. La paroisse de Sotouboua ne l’a jamais oublié. C’est là d’ailleurs que nous organiserons les manifestations de ses funérailles à l’Africaine avec des danses pour honorer son grand âge et son œuvre qui continue après lui. Qu’il repose en paix et soit l’ancêtre qui intercède pour nous ».

La deuxième partie de son apostolat, soit 25 ans, il la passe en Lorraine, en charge de plusieurs communautés paroissiales autour de la maison du Zinswald, et en particulier les paroisses de Azwiller et Guntzwiller. C’est dans ces communautés qu’il célèbre son jubilé d’or. Le rapporteur de ces fêtes le décrit comme un « homme modeste, au contact facile, ami des enfants auxquels il consacre beaucoup de son temps. Nous lui souhaitons de pouvoir encore longtemps prodiguer sa sympathie et sa foi à tous »

Finalement l’ultime partie de sa vie furent ces dernières huit années d’inactivité pastorale qui virent ses forces décliner petit à petit jusqu’au passage de l’autre côté de la rivière comme on dit en certains endroits d’Afrique…

« La mort n’existe plus, mais vient une heure où il faut éteindre la lampe, car l’aurore est là ».

« Et si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons avec lui » nous rappelait la première lecture.