Imprimer

Société des Missions Africaines - Province de Lyon

BIORET Fernand né le 2 octobre 1923 à Saint-André-des Eaux
dans le diocèse de Nantes (France)
membre de la SMA le 6 juillet 1946
prêtre le 28 octobre 1949
décédé le 25 juillet 2012

1950-1951 Parakou, vicaire
1951-1953 Ouénou (Parakou), vicaire
1953-1954 Kandi, vicaire
1954 Pont-Rousseau, professeur et préfet de discipline
1954-1955 Lyon, 150, chargé des foires
1955-1956 Porto-Novo, vicaire
1956-1958 Bembéréké (Parakou), curé
1958 Parakou, vicaire
1958-1959 Djougou, vicaire
1960-1962 Nikki (Parakou), curé
1982-1987 Chamalières, procureur
1987-1998 Paris, Crillon, procureur
1998-2000 Rezé, services à la maison
2000-2008 Rezé, procureur
2009-2012 Montferrier, retiré

décédé à l'hôpital de Montpellier le 25 juillet 2012,
à l’âge de 88 ans


Le père Fernand Louis Jean-Baptiste BIORET (1923-2012)

Il est né en 1923 à Saint-André-des-Eaux, diocèse de Nantes, dans une famille de cultivateurs profondément chrétienne. Ils sont quatre garçons dans la famille et une petite sœur est décédée le jour de sa naissance. Quand on demandait au jeune Fernand quelle était la situation économique de sa famille, il répondait :"Mes parents sont des travailleurs."

Il rentre à Pont-Rousseau, à l'école Dorgère, en classe de 6e en 1935 et y reste pendant toute sa scolarité jusqu'en 1942. Il obtient les deux baccalauréats, option latin grec. Il fait alors son noviciat à Martigné-Ferchaud pendant deux ans, mais contrairement à plusieurs de ses confrères qui ont fait leur premier serment en 1944, il attendra encore deux ans avant de faire son premier engagement. En effet, en 1944-1945, il est enfermé dans la poche de Saint-Nazaire avec les Allemands et il note avec humour qu'il passe 13 mois en civil dans le diocèse de Nantes. Il fera ensuite 9 mois de service militaire dans l'ouest de la France - il est blessé à Tours en service commandé en août - et ce n'est qu'en avril 1946 qu'il peut rejoindre le 150. C'est alors qu'il devient officiellement membre de la Société. A la fin de son séminaire, il est noté ainsi : "paisible, calme, docile, aptitude pour le dessin."

Ordonné prêtre en 1950, il reçoit la nomination suivante : "Nous avons le plaisir de vous faire savoir que le Conseil provincial vous a affecté à la préfecture de Parakou, au Dahomey. […] Vous allez être à même de faire vos premières armes de jeune missionnaire en terre d'Afrique ; soyez heureux !" (15/03/50) Si l'on excepte une année, 1954-1955, qu'il passe en France dans divers postes, on constate qu'il passe plus de trente ans de sa vie au Dahomey devenu Bénin, et ces longues années peuvent se diviser en deux. Les dix premières années, jusqu'en 1960, il est ce qu'on pourrait appeler un "missionnaire itinérant" : il change 7 fois de poste : illustration sans doute de ce qu'on écrivait de lui au grand séminaire où l'on avait remarqué sa docilité : il passe successivement 1 an à Parakou, 2 ans à Ouénou, moins d'une année à Kandi, 1 an à Porto-Novo, 2 ans à Bembéréké, encore 3 mois à Parakou puis 1 an à Djougou. Tous ces changements ne l'empêchent pas de travailler la langue bariba parlée dans le nord du pays ; il en deviendra un expert et cela lui sera bien précieux quand il deviendra le curé de Nikki.

Dans le cours de ces dix années, il faut inclure une période d'une dizaine de mois qu'il passe en France en 1954-1955, à la suite de son premier congé. Il sera tour à tour professeur et préfet de discipline aux Naudières, aumônier des sœurs de Menton à Lamure-sur-Azergues, puis chargé des foires au 150. Il avait certainement besoin de prendre un peu de repos et ses supérieurs ont profité de lui selon les demandes du moment dans les maisons de la Province.

Quand il quitte Djougou où il a été durant une année le vicaire du père Yves Rocher, il est nommé à Nikki, et c'est là que son nom va rester : Fernand Bioret, c'est Nikki. Seul dans cette mission, sans vicaire, il va y rester pendant 22 ans sans discontinuer. Fondée en 1948, la mission est loin d'avoir toutes les infrastructures nécessaires à son bon fonctionnement, et le père va mettre toutes ses qualités manuelles au service de ses réalisations : construction de son église (il quittera Nikki sans l'avoir terminée), construction aussi de chapelles dans les villages, constructions d'écoles. D'ailleurs qui n'a pas fait appel à ses connaissances en matière de construction ? Il écrit lui-même qu'il rend des services aux confrères pour des plans d'église: Bohicon, Kouandé, Dompago, Tchaourou, Fo Bouré, Tobré, Manta, Parakou, Sérarou, Gogounou. "Les fondations de mon école sont à niveau, ainsi que la dalle ; je pense qu'au mois de juin prochain, je serai sous les tôles. Dix ans d'apatam, ça suffit." (11/10/70) Il trouve cependant que les résultats de l'école catholique ne sont pas satisfaisants. Pourtant il ajoute, "Un ancien élève chrétien à rassemblé 30 à 40 jeunes gens, cultivateurs comme lui, et ils font régulièrement la prière, un peu d'étude de religion, et quelques rares font du français." Il s'intéresse à la culture attelée, et il voudrait y intéresser ses paroissiens : "Je continue la culture attelée et, au début du mois, j'ai achetée trois ânes…" (même lettre) Il avoue bien cependant que "le travail est ingrat à Nikki. […] Ici, il faut se répéter : autre est le semeur, autre le moissonneur." (09/08/70)

L'année précédente, pendant son congé, il a suivi les trois mois de recyclage à l'Arbresle, et il en parlera de façon très positive, lorsqu'il retrouvera au Bénin l'un des conférenciers : " A Fo-Bouré, nous avons retrouvé l'un de nos conférenciers de l'Arbresle en 1969, le père Biot ; c'est toujours avec plaisir que je relis mes notes de ce stage théologique inoubliable à bien des points de vue. Pour la première fois, durant la retraite de cette année, j'ai lu Karl Rahner, sur l'Eucharistie, Je regrette de ne pas l'avoir connu plus tôt." (09/08/71)

Le 9 février 1978, le père Domas, provincial, lui écrit pour lui demander s'il ne voudrait pas prendre la direction du nouveau musée rénové. En réponse, il parle de son travail, de sa fatigue et il conclut: "Je suis désolé de te décevoir, mais vraiment je ne suis pas l'homme de la situation, et mon retour n'est pas prévisible avant un certain temps. " (27/02/78) En 1981, il se désole, parce que l'église de Nikki n'est toujours pas terminée. Un jour il n'y pas moyen de trouver du ciment, un autre jour il cherche des menuisiers et "l'herbe pousse dans le sanctuaire " […] l'ouvrier qui faisait des briques a émigré vers d'autres travaux sans laisser d'adresse, On a les bras coupé sur toute la ligne. Je ne peux plus recevoir les amis comme je voudrais, car je suis seul et peu compétent pour la cuisine. " (14/06/81) Dans plusieurs de ses lettres, on voit que le problème de son église inachevée le tracasse.

Et voilà que le provincial revient à la charge en 1982, et cette fois il lui propose le poste de procureur à Chamalières : "Evidemment, ce n'est pas la Bretagne, ce n'est que l'Auvergne." (05/03/82) Il répond qu'il est d'accord, mais qu'il regrette de devoir partir sans finir son église, et il ajoute: Les chrétiens d'ici m'ont tourné le dos comme un seul homme, lorsque je leur ai annoncé que je partais cette année sans finir l'église. Ils ont cessé les cotisations mensuelles pour l'église, ininterrompues depuis janvier 1976. Aucun chrétien n'a mis le pied à la mission depuis début janvier. Le seul ami qui me reste est considéré comme l'ennemi public. […] L'ambiance n'est pas particulièrement à la joie. Quelle apothéose pour une carrière de 32 ans d'Afrique ! L'avantage, c'est que je ferai l'économie des regrets et des adieux déchirants. […] J'ai au moins un avantage sur mon ex voisin de Ouénou ; je n'aurai pas été jeté dehors sans préavis, par l'unanimité fraternelle des chers confrères. " (28/03/82)

Il est donc nommé responsable de la procure de Chamalières en remplacement de Jean Driot. Il accepte la procure, mais il dit qu'il n'en veut en aucun cas la responsabilité. Pourtant, en 1984, il est renommé pour deux ans. En 1986, il demande à quitter Chamalières et à se rapprocher de chez lui ou même à aller à Baudonne. La réponse du Conseil, qui veut le nommer à Paris, alors qu'il désirerait aller à Rezé, lui fait répondre lui-même ensuite: "La réponse du Conseil ne m'a pas tellement surpris, car j'ai l'habitude de n'être pas entendu, C'est la troisième fois, dans ma vie, que je me permets de faire des suggestions à mes supérieurs, et c'est aussi la troisième fois que j'obtiens la même réponse. Ce que j'ai remarqué, c'est que ceux qui parlent fort obtiennent ce qu'ils veulent et il arrive même qu'on leur demande ce qu'ils désirent. […] Les gens silencieux sont condamnés à dépanner les autres." (11/05/86) Bien sûr, il va accepter de rester encore un peu pour mettre le père Sébilo au courant. Finalement, il est nommé à la rue Crillon où il trouvera une communauté plus nombreuses qu'à Chamalières, (14/06/87) et il va demeurer 11 ans. Au bout de quatre ans, il demande à aller à Rezé. "Si on m'oblige à rester à Paris, ce sera contre mon gré. Il est temps que je m'en aille pour des raisons personnelles. (16/01/91) Pourtant, la vie parisienne ne lui déplaisait pas. En homme cultivé, il aimait sortir pour aller au théâtre, au cinéma, visiter des expositions ; son côté artistique y trouvait son compte.

En 1991, il est renommé pour trois ans, puis encore en 1994. En 1997, le Conseil lui promet de lui trouver un remplaçant pour l'année suivante. De fait, le 14 mai 1998, il reçoit sa nomination pour la maison de Rezé, avec le père Perrochaud comme responsable. Pendant deux ans, "sans nomination pour un service précis dans la Province", il va rendre divers services dans la maison et prendra en charge l'aumônerie de la clinique Saint-Paul. En 2000, il est nommé procureur, et chargé de répondre aux bienfaiteurs. Avec une régularité exemplaire, on le voyait chaque matin prendre très rapidement le petit déjeuner, puis monter en voiture pour aller à la poste chercher le courrier du jour. Il ne pouvait pas attendre la levée du facteur qui ne venait que tard dans la matinée ! Il disposait ainsi rapidement des lettres auxquelles il devait répondre et du journal où il prenait, en premier lieu, connaissance des décès de la région. Il aimait aussi, de temps en temps, aller passer quelques jours dans sa maison de Saint-Nazaire, mais sur les conseils de ses confrères, il ne conduisait plus en ville. Il prenait sa voiture pour aller à l'arrêt du tramway, puis prenait le tram pour aller à la gare.

Lorsqu'il a commencé à avoir des problèmes de santé, le Conseil provincial lui a proposé d'aller à Montferrier où il serait bien suivi. Il rejoint la maison de retraite en 2009 : il a déjà plus de 85 ans. Il va y passer moins de trois ans. Avec Fernand Bioret, disparaît l'un des pionniers de l'évangélisation du nord Bénin, l'un des semeurs des graines qui germent aujourd'hui.
__________

Voici maintenant deux témoignages qui permettent de mieux connaître l'homme :

"[…] J’ai eu la joie de connaître le Père Bioret durant trois ans alors que j’étais jeune prêtre en recherche d’expérience pastorale. C’était à une époque difficile pour notre Eglise locale en raison de la Révolution béninoise qui avait nationalisé les écoles privées. Le Père Bioret avait mis son cœur dans l’enseignement pour atteindre les âmes. Cette nationalisation a été pour lui comme si on lui avait coupé les mains et les pieds…
Cependant, en dehors de l’artiste vaillant qu’on lui reconnaît et du bâtisseur de chapelles, le Père Bioret reste un champion de l’évangélisation et de la promotion humaine. Il est peut-être parti déçu à l’instar de Jérémie ; mais ce qu’il a semé est loin d’être vain. C’est bien lui qui a traduit toute la catéchèse de l’époque en langue locale, et j’en ai longuement profité. En outre, nombreuses sont les élites du nord que sa mission a marquées. Ses élèves ne sont peut-être pas tous devenus chrétiens, mais il ont gardé le souvenir de l’homme qui les aimaient et qui souhaitaient vraiment qu’ils deviennent l’espoir de leur nation. L’annonce de sa mort ne peut pas ne pas faire frémir les cœurs et provoquer une demande de pardon en sa faveur. Le Seigneur sait se servir des lignes brisées que nous sommes pour sa plus grande gloire. Pour moi personnellement, il demeure un grand homme et un vaillant apôtre ; et je ne crois pas que ceux qui l’ont côtoyé le démentiraient.
Nous rendons grâce au Seigneur de nous avoir donné un cœur dilaté aux dimensions du monde, qui ne faisait vraiment pas acception des personnes qu’il considérait comme des hommes et des femmes aimés de Dieu à lui confiés pour qu’il en fasse des êtres matures. Puisse le Seigneur lui accorder maintenant la récompense promise aux serviteurs fidèles ! […] " (un membre du clergé béninois)

"Il rejoint auprès du Seigneur tous les vieux amis du pays Baatonu au Borgou: Jean Prigent, André Roux, Jean Potiron, André Guillard, Yves Lagoutte, Roger Erhel qui l'a remplacé comme vicaire de Désiré Cuq à Parakou, Roger Barthelemy dont il a été le vicaire à Ouenou, Paul Baudu qu'il a remplacé à Nikki, René Lemasson qui lui a succédé à Nikki.
Je suis allé le visiter récemment et, alors qu'il ne me reconnaissait pas, lorsque j'ai évoqué mes tournées de village de la paroisse de Bembéréke qui me ramenaient régulièrement de Bwanri à Nikki par des voies seulement praticables en mobylette il s'est mis à "sourire", à retrouver la mémoire et à évoquer biens des détails que j'avais moi-même oubliés. Son accueil était des plus chaleureux, avec une bonne, très bonne table pour la circonstance, même s'il évoquait souvent des blessures dont il ne semblait pas se remettre. […] Son excellente maîtrise de la langue Baatonu, il l'avait acquise contre vents et marées au sein de l'Eglise.
Excellent "maître d'école" il avait orienté toute sa vie missionnaire par la perfection de son enseignement au service des enfants du pays, Baribas et Gandos, qu'il voulait amener aux rênes de la vie civile (et il y est arrivé). Il était très critique au sujet des "marabouts" même devant eux et dans leur langue, car il dénonçait de réels méfaits, toutefois il se mettait en quatre à leur service et au service de leurs enfants et de leurs familles. J'en ai été témoin souvent en allant le visiter à Nikki. […] (un confrère de la Société)