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Société des Missions Africaines - Province de Strasbourg

WOELFFEL Eugene né le 2 mai 1910 à Stützheim
dans le diocèse de Strasbourg, France
membre de la SMA le 28 juillet 1929
prêtre le 6 janvier 1934
décédé le 12 septembre 1992

1934-1952 Togo à Lomé, Atakpamé et Tsévié
1952-1958 sanatorium de l'Altenberg, malade et cure
1958-1959 Le Zinswald (Metz), repos
1959-1992 Andlau (Strasbourg), aumônier de la maison
Sainte-Richarde
1992 Saint-Pierre, retiré

décédé à Sélestat, France, le 12 septembre 1992
à l’âge de 82 ans


Le père Eugène WŒLFFEL (1910 - 1992)

Eugène Wœlffel est né le 2 mai 1910 à Stützheim, au diocèse de Strasbourg. Dès l’âge de 10 ans, il entra à l’école apostolique des Missions Africaines à Andlau et, l’année suivante, à celle de Saint-Pierre. À cette époque, ses parents habitaient à Blienschwiller. Ils s’établirent ensuite à Molsheim et cette charmante cité alsacienne fut désormais la patrie de son cœur. À la rentrée scolaire de 1923, il continua à l’école de Bischwiller ses études classiques. Celles-ci terminées, il fit son noviciat à Chanly et ses études théologiques au Séminaire de Lyon. Il fut ordonné prêtre à Lyon par Mgr Hauger, le 6 janvier 1934. Il avait prononcé le serment s.m.a. à Chanly le 28 juillet 1929.

Le Père avait un frère, Jean-Pierre, qui était également entré à l’école apostolique des Missions Africaines et qui avait commencé son noviciat à Saint-Pierre durant la guerre, en avril 1941. Mais, mobilisé de force dans l’armée allemande et engagé dans de rudes combats, il mourut à Vienne, le 8 mai 1944, des suites de maladie contractée durant ces combats.

Le Père Wœlffel, son temps de Séminaire achevé, en 1934, fut nommé pour la Mission du Togo. Ils étaient 9 cette année-là (dont 8 pour le Togo) qui allaient s’embarquer pour l’Afrique le 2 octobre. En septembre, une cérémonie du départ fut organisée à la Chapelle de Haguenau en l’honneur des jeunes messagers de l’Évangile. De nombreux habitants de la ville et des environs étaient venus pour manifester leur sympathie aux Missions. Dans le sermon de circonstance, M. Lotter, Chapelain à Marienthal, fit ressortir en termes éloquents la grandeur du sacrifice des missionnaires, qui quittent leur pays et leur famille. Puis, pendant le chant de Partez, hérauts de la Bonne Nouvelle, c’était l’adieu à chaque Missionnaire et la prière de tous les assistants pour recommander leur voyage à la protection de Notre-Dame, Étoile de la mer.

Par une lettre du Père Wœlffel, envoyée de Lomé à sa famille, nous savons que les missionnaires du Togo débarquèrent à Lomé le 18 octobre, après une heureuse traversée, et qu’ils furent reçus en triomphe à leur arrivée. Je n’ai jamais vu en Alsace, écrit le Père, une telle impétueuse jubilation.

Provisoirement le Père Wœlffel reste à la mission de Lomé, parce que la mission de Lomé-Amoutivé à laquelle il sera affecté, n’est pas encore aménagée : il n’y a que les quatre murs. En attendant, il se familiarise avec son nouveau milieu. Le lendemain de notre arrivée, écrit-il, notre Évêque, Mgr Cessou, nous a fait visiter la ville. Il est avec nous comme un père. Nous nous sentons ici déjà tout à fait comme chez nous. Le dimanche 21 octobre, j’ai adressé un sermon aux enfants à la messe de 8 heures... L’après-midi, nous avons administré nos premiers baptêmes d’enfants. Le soir de ce dimanche, dans la cour de la mission, a eu lieu la réception officielle des jeunes Pères, avec musique instrumentale, chants de la chorale de l’église, et une foule immense... Et maintenant, je prends ma première leçon de langue éwé avec un excellent catéchiste.

En janvier 1935, le Père devient vicaire à la nouvelle paroisse Saint-Augustin d’Amoutivé. Jusqu’à ce jour, la population catholique de Lomé avait formé une seule paroisse, celle de la cathédrale, avec 11 à 12 000 fidèles. Le quartier d’Amoutivé constitue maintenant une nouvelle paroisse, avec environ 4 000 fidèles. Le Père Hickenbick est le supérieur de cette mission. Il a fort à faire avec l’aménagement d’une grande église nouvellement bâtie et qui n’est pas encore achevée ni bien équipée. À ce propos, il note que le Père Wœlffel, le grand vicaire de la paroisse, donne libre cours à ses talents de peintre pour décorer les murs un peu austères de l’imposant édifice de l’église. Sous tous rapports d’ailleurs, le vicaire travaille assidûment avec le Père Hickenbick à l’évangélisation. Les débuts furent plutôt durs. Il était difficile de faire pénétrer profondément la vie chrétienne dans la nouvelle paroisse. Cependant assez vite, on remarqua que la population se montrait plus réceptive. Et puis, les gens aiment les Pères. À une époque, le vicaire était tombé malade : beaucoup de gens lui rendirent visite, quelques-uns même pleurèrent en disant : Père, il ne faut pas encore que tu meures.

Le Père Wœlffel fut ensuite nommé pour la mission d’Atakpamé. Il est vicaire en 1937, avec le Père Knaebel comme supérieur. Il devient lui-même supérieur en 1939, lorsque le Père Knaebel rentre en congé en France. Et là encore se succèdent selon les jours, les joies et les peines des serviteurs de l’évangile. Le 7 août 1937, les Pères célébrèrent un office solennel pour le 50e anniversaire de la mort du premier missionnaire d’Atakpamé, le Père Moran. Ils rappelèrent les circonstances de la venue du missionnaire en 1887 et de sa mort. Le Père Wœlffel, qui décrit cette célébration jubilaire pour les lecteurs du Missions Glöcklein, signale aussi que récemment, à l’église délabrée de la mission, un pan de mur s’est écroulé, laissant un grand espace vide. À l’intention des éventuels bienfaiteurs, un dessin précis représente le triste état de la pauvre église d’Atakpamé.

Au début de la guerre, le 3 septembre 1939, les Pères furent mobilisés. Le Père Wœlffel dut rejoindre Ouidah et il fut affecté à Boudjékali. Heureusement, en exécution des instructions de M. Mandel, Ministre des Colonies, les Pères furent démobilisés par mise en affectation spéciale dès le 1er octobre. Certains purent regagner le Togo le jour même, les autres arrivèrent le 1er novembre. Et Mgr Cessou écrivait de Lomé : La réception qui leur a été faite ici par la population a été des plus enthousiastes.

En juin 1941, le Père Wœlffel rentre en France pour un congé. Il séjourne à Lyon, à la Croix-Valmer, à Marseille, à Paris. En ce temps de guerre, l’Alsace, annexée par les Allemands, est difficile d’accès. Le Père obtient cependant de pouvoir séjourner à Molsheim du 3 au 30 mai 1942. En octobre, il va rejoindre le Père Jacques Knaebel à Atakpamé.

En 1946, nous le trouvons à Amoutivé, avec le Père Joseph Meyer. Il est quasi-curé de l’importante paroisse où il avait commencé sa vie de missionnaire. Cette année-là le Père Hickenbick est en congé ; il reviendra à la fin de 1946 et reprendra à son retour la direction d’Amoutivé. Le Père Wœlffel devient alors supérieur de la mission de Tsévié, en l’absence du Père Bardol, qui est en congé. Il reste à Tsévié comme vicaire du Père Bardol, lorsque celui-ci revient au Togo, en novembre 1947. Pendant ces années, le Père Furst est également à Tsévié, chargé de reprendre et de terminer la construction de l’église.

C’est le 29 mars 1948, le lundi de Pâques, qu’eut lieu à Tsévié la bénédiction de la nouvelle église, par Mgr Strebler. Ce fut un grand événement, qui compta parmi les plus heureux de l’année 1948 au Togo. Il y avait 12 ans que le Père Bardol et ses chrétiens avaient posé la première pierre de cette église : la guerre et le manque de ressources avaient longtemps interrompu les travaux. L’inauguration fut une fête grandiose qui attira une foule de fidèles, une foule encore jamais vue si nombreuse dans cette contrée. À ce sujet, Mgr Strebler écrit : On ne pouvait pas se rassasier d’admirer la beauté de l’édifice et ses magnifiques peintures dues au pinceau du Père Wœlffel. Du cœur de tous, une prière montait au ciel pour demander à Dieu de bénir les prêtres qui, par leur zèle inlassable et leur travail endurant, ont mené à bien ce bel ouvrage : le Père Bardol... le Père Joseph Furst... et le Père Wœlffel, l’artiste qui donna une âme à l’immense édifice en le décorant dignement. La mission de Tsévié pouvait se réjouir en effet de posséder la plus belle église de tout le Togo.

Quelque temps après cette fête à Tsévié, le 30 avril 1948, le Père Wœlffel vint en congé en Alsace. Durant ce congé, il reçut une lettre de Mgr Strebler lui demandant de collaborer à une Exposition qui aurait lieu à Rome. Le Père se rendit à Rome. J’étais heureux, écrit-il, de pouvoir réciter le Pater et l’Ave en langue éwé devant la Confession de Saint-Pierre. Le Père Laugel, conseiller du Supérieur Général, le présenta à Mgr Constantini, Secrétaire de la S.C. de la Propagande. Le Père Wœlffel lui offrit quelques tableaux de sa composition et il en reçut de grandes félicitations. Ces quelques tableaux ont figuré à l’Exposition d’Art Sacré Missionnaire à Rome en 1950. Quoi qu’il en soit, ils ont été utilisés, comme nous l’apprend le Père Hardy, au moins une fois pour illustrer un livret de prières distribué à la basilique Saint Pierre à la messe concélébrée par le Saint Père. Le 1er juin 1975, à l’occasion du pèlerinage de l’Afrique Occidentale francophone pendant l’Année Sainte. L’un de ces tableaux figura encore parmi des peintures et des sculptures exposées à l’occasion du 80e anniversaire du Saint Père, en 1977. Mais il semble qu’on attribuait à ce tableau une origine sud-africaine. Ajoutons que les Postes Vaticanes (Anno Mariano, 1987-1988) ont émis un timbre représentant en style africain une Annonciation : cette vignette reproduit un tableau composé également par le Père Wœlffel.

Après cela, le Père Wœlffel retourna au Togo, le 8 avril 1949. Il prit la direction de la mission d’Atakpamé à la place du Père Knaebel qui avait été chargé du district d’Anié. Il aimait beaucoup la mission. Mais il ne put y faire un très long séjour. En 1952 il tomba malade. La maladie qui le frappait et qui avait attaqué les poumons, était grave. Un rapatriement s’imposait d’urgence. Le 7 avril 1952, le Père était admis au Sanatorium de l’Altenberg dans le Haut-Rhin. Il y eut espoir d’amélioration, au point même que, dès février 1953, il pouvait ajouter aux exigences du traitement médical un certain service d’aumônier de l’établissement. En 1958, il quitta le sanatorium. Mais l’Afrique lui restait définitivement fermée. Après quelques mois passés au Zinswald, il prit, à Andlau, au mois de septembre 1959, la charge d’aumônier de la maison Sainte-Richarde des Sœurs de la Charité de Strasbourg.

Il se donna en toute ferveur à l’animation spirituelle de cette maison. Il restait aussi en relation avec ses confrères des Missions Africaines, en particulier avec la maison de Saint-Pierre toute proche. En 1965, nous le voyons professeur à Saint-Pierre : chaque jeudi matin il venait au Grand Séminaire et faisait bénéficier les séminaristes de ses talents d’artiste, et ses cours étaient suivis avec le plus vif intérêt. Il collaborait au Ralliement par des articles et des illustrations. En 1966, il présenta dans la Revue la reproduction d’une Vierge à l’Enfant, esquisse de la statue qui devait être exécutée pour la nouvelle Chapelle du Séminaire par un sculpteur colmarien.

Déjà bien auparavant, la Province avait décidé une série de cartes postales en couleurs reproduisant des tableaux du Père Wœlffel : Scènes et Types de l’Afrique Noire. À Andlau aussi, il légua un souvenir durable. On peut voir dans ce village une petite Chapelle incluse dans l’église abbatiale et dédiée aux Morts des deux guerres. Deux fresques ornent cette Chapelle ; elles représentent diverses scènes de la vie de sainte Richarde, l’impératrice qui fonda au ixe siècle l’abbaye d’Andlau. L’auteur de ces fresques est le Père Wœlffel qui, en 1965, a traité son sujet avec habileté dans le style du Hortus deliciarum.

Après quelques années, parvenu aux portes de la vieillesse, le Père abandonna la peinture. Mais il garda toujours un cœur épris d’idéal. On le voyait, un bâton à la main, parcourir lentement les prairies et les bois de la vallée d’Andlau, toujours émerveillé des beautés de la nature. Dans les longues heures de solitude de son aumônerie, il vivait dans l’intimité du Seigneur et il aimait en partager le fruit avec les malades et les personnes âgées dans la silencieuse et paisible Chapelle de la maison Sainte-Richarde. Envers tous, il était bienveillant. Avec douceur, parfois teintée d’un brin d’humour, il cherchait à préserver, chez ceux de son entourage, un esprit de paix, de calme, de confiance en Dieu.

Parvenu à l’âge de 82 ans, une chute malencontreuse qui eut pour conséquence une fracture du col du fémur, le conduisit à l’hôpital. Il fut soigné à la Clinique de la Toussaint à Strasbourg. Mais le traitement terminé, son état ne lui permettait plus de retourner à Andlau. Il fut reçu, le 28 avril 1992, à la maison de retraite de Saint-Pierre, dont il ne quitta plus guère l’infirmerie avant d’être transféré à l’hôpital de Sélestat. L’heure était venue d’aller vers son Seigneur. Il mourut à Sélestat le 12 septembre 1992.

Ses obsèques furent célébrées aux Missions Africaines à Saint-Pierre, le 16 septembre. Elles furent présidées par le Père Claude Rémond, vice-provincial, entouré de nombreux confrères concélébrants. Le Père Georges Erhard, qui avait été son successeur à Atakpamé, prononça l’homélie à la messe.