Imprimer

Société des Missions Africaines –Province de Lyon

EZANNO Paul né le 3 mai 1888 à Etel
dans le diocèse de Vannes, France
membre de la SMA le 18 septembre 1912
prêtre le 10 juillet 1921
décédé le 13 septembre 1971

1914-1919 mobilisé
1921-1957 missionnaire en Côte-d'Ivoire 
1921-1926 Grand-Lahou
1926-1957 Dabou
1926-1936 visiteur en Côte-d'Ivoire 
1936-1939 vicaire général du diocèse
1957-1966 Lyon
1966-1971 La Croix-Valmer

décédé à La Croix-Valmer, France, le 13 septembre 1971,
à l'âge de 83 ans


Le père Paul EZANNO (1888 - 1971)

Paul Ezanno est né à Etel, dans le Morbihan, le 3 mai 1888 et il appartient à une famille foncièrement chrétienne, dont les parents sont cultivateurs. Un de ses oncles est prêtre séculier, et un autre, frère de Ploërmel.

Il fréquente l’école primaire à Etel, puis le pensionnat Sainte-Anne pendant 6 ans. Appelé au service militaire en 1909 à Belle–Isle, il sert dans l’artillerie pendant 2 ans, sur les côtes bretonnes. Libéré en 1911, il opte pour les Missions Africaines, entre à Chanly, et poursuit ses études au séminaire du 150, où il devient membre de la S.M.A. en 1914.

Début août 1914, c’est la grande guerre. Il est rappelé sous les drapeaux dans un régiment d’artillerie, et rejoint le front où il demeure jusqu’en 1917, année où il devient instructeur. Il prend part à la bataille de Saint-Mihiel, des Eparges, de Verdun, de la Somme, de l’Aisne, partageant le rude vie des tranchées, sous les bombardements, dans les assauts, sous la pluie, le froid et la chaleur. Dans ses lettres, il décrit longuement les épisodes des batailles, l’activité de ses canons, les dangers quotidiens de mort, de gazage. Il est même cité à l’ordre du régiment. En 1918, il est nommé sous-lieutenant. En novembre 1918, les cloches annoncent la fin de la guerre et la victoire. En 1919, c’est le temps de l’occupation en Allemagne. Le 23 juillet 1919, Paul est libre. Il peut rejoindre le 150, où l’officier se remet humblement aux études et au règlement. Il est ordonné prêtre le 10 juillet 1921, à 32 ans.

Affecté en Côte-d’Ivoire, il embarque en octobre 1921 pour la mission de Grand-Lahou, où il se dévoue avec ardeur. Rapidement, le nombre de catéchistes et des baptisés augmente. Le secteur est immense ; le père le sillonne à vélo, en pirogue, à pied. En 1926, Mgr Moury le nomme supérieur à Dabou et lui demande d’ouvrir une école de catéchistes ; deux vicaires l’aident à l’enseignement et parcourent les villages, chacun un mois entier. Pour tous, la discipline est militaire.

En 1933, c’est la fondation, à Dabou, d’un petit séminaire d’où sortiront plus tard les premiers prêtres : Bernard Yago, Noël Tekry, René Kouassi, Daniel Egny, Paul Kodjo. Les deux premiers deviendront évêques d’Abidjan et de Gagnoa, Mgr Bernard Yago devenant le 1er évêque ivoirien, en 1960.

En 1927, le père Ezanno est nommé visiteur du vicariat par le père Chabert qui fait un grand éloge du père. Celui-ci essaie de refuser et finit par s’incliner, tout en assumant la direction de Dabou, faisant construire des églises à Ahoua et Tiassalé, agrandissant l’école qui peut recevoir 100 élèves ; mais il se plaint du trop petit nombre de pères pour tant de travail.

En 1930, la mission de Dabou compte 4 000 baptisés et 10 000 catéchumènes, avec 60 stations secondaires. Après la construction de la grande et belle église de Dabou, le père entreprend celle de la maison des sœurs, avec le concours généreux des chrétiens du secteur.

En juillet 1931, il apprend qu’il est élu conseiller provincial à Lyon, puis, que le père Chabert le choisit comme son conseiller ; le père, se considérant indigne de ces fonctions, refuse, tandis que Mgr Moury se lamente de perdre un collaborateur si important. Finalement ils ont gain de cause, et le père Ezanno reste à Dabou.

En 1933, il est élu conseiller provincial du père Laqueyrie. Nouveau refus, il se sent humblement incompétent, incapable, sans aptitudes. Il continue donc à Dabou. C’est l’époque où l’école des catéchistes ferme et est remplacée par une école paroissiale de 220 élèves, jumelée avec le petit séminaire de 12 élèves.

En 1935, le père figure en 3ème position sur la terna épiscopale, après le décès de monseigneur Moury. C’est monseigneur Person qui est désigné et qui le choisit comme pro-vicaire. De ce choix, il se sent encore indigne. Monseigneur Person meurt au bout de deux ans, en 1938, à l’âge de 48 ans. De nouveau, le père Ezanno se retrouve dans la terna aux côtés du père Cossé. C’est monseigneur Boivin qui devient vicaire apostolique, avec le père Ezanno comme pro-vicaire. En 1939, il est encore dans la terna pour le vicariat de Sassandra, mais c’est monseigneur Kirmann qui est nommé à ce poste, en 1940. Le père reste à Dabou.

En 1952, survient le temps des épreuves : sa vue baisse ; à moitié aveugle, ses activités diminuent, mais il sillonne encore ses villages. Monseigneur Boivin lui rend hommage : modèle des prêtres, plein de zèle.

En 1957, le père rentre définitivement en France, à La Croix-Valmer. Son moral décline devant la menace de cécité. Il vit une sorte de dépression, ne dit plus la messe, ne communie plus, se confesse tous les jours… Hospitalisé à Lyon, le traitement lui fait du bien.

En janvier 1965, il fait de l’hypertension, son cœur est fatigué. En 1966, il retourne à La Croix-Valmer, presque aveugle, le cœur très faible, et la surdité le menace. Il ploie sous les épreuves. Il baisse de mois en mois.

Il a 83 ans quand, le 13 septembre 1971, il remet son âme à Dieu qu’il a servi avec une fidélité et un zèle héroïques. Il est inhumé le 15 septembre, à La Croix-Valmer, dans le caveau des Missions Africaines.

Le parcours de sa vie est une épopée des plus rares :
• 4 années de guerre 1914-1918 qu’il termine comme officier,
• 36 ans de mission, dont 31 à Dabou, fondateur d’écoles de catéchistes, d’un petit séminaire, de nombreuses écoles paroissiales, bâtisseur infatigable d’églises, fondateur de nombreuses communautés qu’il visite régulièrement,
• 14 ans d’épreuves vécues dans le silence, la prière.

Fidélité, humilité, zèle missionnaire, épreuves ont marqué sa vie d’une rare noblesse.