Imprimer

Société des Missions Africaines –Province de Lyon

BRUYAS Pierre né le 2 juin 1925 à Chaussan
dans le diocèse de Lyon, France
membre de la SMA le 10 juillet 1960
décédé le 16 octobre 1963

1960 stage de menuiserie et de maçonnerie
1961-1963 missionnaire en Côte-d'Ivoire 
décédé accidentellement

décédé à Soubré, Côte-d'Ivoire, le 16 octobre 1963,
à l'âge de 38 ans


Le frère Pierre BRUYAS (1925 - 1963)

Pierre Bruyas est né le 2 juin 1925 à Chaussan, près de Mornant, dans le diocèse de Lyon. De 1931 à 1939, il suit ses études primaires à l'école de Saint-Laurent d'Agny. Après son service militaire, il travaille, pendant une dizaine d'années, comme ajusteur aux usines Berliet à Lyon.

Le 20 août 1957, à 32 ans, il fait sa demande pour entrer aux Missions Africaines comme "frère". Un de ses curés le décrit très fidèle à la messe du dimanche, ce qui est exceptionnel pour un ouvrier. Sa mère ajoute que son fils songeait, depuis longtemps, à la vie religieuse.

Après avoir mûrement réfléchi, le 3 septembre 1957, Pierre renouvelle sa demande comme frère coadjuteur. Le 11 septembre, le Conseil provincial l'admet au postulat des frères, à Chanly. Mais, après quelques mois de présence, il doit quitter pour raisons de famille. Il ne se décourage pas pour autant. Il renouvelle sa demande d'admission.. Le Conseil provincial l'accepte de nouveau, le 13 octobre 1959.

En 1959-1960, Pierre rejoint le noviciat à Chanly (Belgique). Le 10 juillet 1960, par son serment, il devient membre des Missions Africaines pour 4 ans. S'il apparaît un peu fermé, il est considéré comme un homme très calme et serviable qui rendra de grands services en Afrique.

Le 15 septembre 1960, après avoir pris un mois de congé, il rejoint la maison provinciale à Lyon. Déjà titulaire d'un CAP d'ajusteur, il va suivre un stage d'apprentissage accéléré de menuiserie et de maçonnerie, près du 150, chez le père Boisard.

Le 7 juin 1961, il est mis à la disposition du régional de Côte-d'Ivoire : Vous allez mettre à profit vos connaissances et votre habileté techniques. Pendant 4 mois, guidé par le frère Marie-Bernard Woisselin, le frère Pierre aide à la construction de la maison régionale à Dabou. Il fait alors un gros effort tant pour apprendre le métier près d'un vieux chef de chantier italien que pour s'adapter aux difficultés des missions. Il est ensuite envoyé à Abengourou, où il s'essaie, seul, sur un bâtiment scolaire. Il en garde un grand souvenir, ainsi qu'une grande affection pour le père Thépaut, son supérieur. De là, il gagne Soubré, dans le diocèse de Gagnoa, pour y réaliser un vrai chef-d'œuvre : la construction d'une grande église. Il est en pleine maturité, c'est alors qu'il va être "fauché" brutalement.

Le frère Pierre, écrit le père Georges Lejeune, supérieur de la mission, nous arrivait, vers le 11 mars 1963, pour construire l'église, dont le plan avait été dessiné par un architecte de Colmar. Sans doute, un peu d'appréhension se marquait sur son front, mais il était visiblement heureux de pouvoir enfin réaliser une église. Chaque matin, on se retrouvait ensemble auprès du Seigneur. Il faisait nuit, mais le frère était déjà au pied du tabernacle, souvent en habit de travail. Ce matin-là, comme les autres jours, il avait assisté à la messe matinale, s'était réconforté de l'Eucharistie, et était allé au travail.

Ce mercredi matin, 16 octobre, il est heureux d'avoir mené à bien son chantier, quand soudain à 11 heures 15, un bruit inquiétant se fait entendre. Le frère a-t-il eu un geste malencontreux ? Seul, à l'intérieur, monté sur le mur en pointe, il perd l'équilibre et s'écrase sur le sol déjà cimenté de l'église, près de la porte d'entrée. Le corps du frère est presque inerte. On l'emmène à l'hôpital immédiatement. Le père Georges Lejeune est à ses côtés et lui donne l'absolution. Le père Gilles Babinet, vicaire, apporte les saintes huiles avant qu'il n'ait expiré. La fracture du crâne est si forte que l'hémorragie transparaît. La tête bandée, on le ramène à la mission pour la veillée. La ville de Soubré est alors pratiquement coupée du reste de la Côte-d'Ivoire par les pluies trop abondantes. Un télégramme de la sous-préfecture répand la triste nouvelle dans tout le diocèse : Frère Pierre, mort accidentellement, chute église Soubré.

Pour les obsèques, une dizaine de prêtres de Gagnoa et du diocèse sont là, ainsi que le régional, le père Lombardet, qui met plus de 9 heures pour venir sur les lieux. Une foule nombreuse stationne aux abords de la maison : Africains, Européens, chefs civils, représentants de toutes les confessions, païens et musulmans, tous veulent témoigner à la Mission de leur douleur et de leur sympathie.

Vers 16 heures, le père Lombardet fait la levée du corps, puis, dans la vieille église bien trop petite pour la foule présente, célèbre la messe d'enterrement. L'abbé Noël Kokora Tékry, futur évêque de Gagnoa, prend la parole : Seigneur, ayez pitié de l'Afrique qui vous coûte tant de missionnaires. Encore un, aujourd'hui, qui vient d'inscrire son nom sur la liste déjà longue de ceux que la mort a fauchés, en pleine action, dans l'accomplissement même de leur tâche apostolique en terre africaine. Puis il évoque la vie de travail, de dévouement et de sacrifice, faisant du frère Pierre un témoin silencieux, mais combien éloquent de l'Evangile, jusque dans cette mort brutale.

A quelque 100 mètres de l'église, dans la concession de la Mission, un caveau a été construit. C'est là que nous conduisons le frère à sa dernière demeure. Maintenant, il repose en paix, non loin de chez nous, face à l'église qu'il aurait tant aimé achever. Je garde en mon cœur ce qu'il nous a laissé : un immense respect du prêtre, une grande charité, un sens aigu du devoir et une délicatesse à toute épreuve. Il est tombé au service de son Maître pour qui il a donné le meilleur de lui-même. Il avait 38 ans. (père Georges Lejeune)