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Société des Missions Africaines - Province de Lyon

GAUTIER Jean Marie né le 23 octobre 1919 à La Croix-Hélléan
dans le diocèse de Vannes, France
membre de la SMA le 16 novembre 1946
prêtre le 4 juillet 1948
décédé le 4 novembre 1998

1949-1953 Anécho-Togoville (Lomé), Togo
1954-1957 Tabou-Daloa (vicariat de Sassandra), Côte-d'Ivoire 
1957-1958 diocèse de Châlons-en-Champagne
1958-1962 Bembéréké (Parakou), Bénin
1962-1966 Malanville (Parakou), Bénin
1968-1969 diocèse de Lyon, aumônier
1969-1971 diocèse de Créteil, aumônier
1972-1977 Cenves (Lyon 
1977-1978 Glénay (Poitiers)
1978-1983 Saint-Pompain (Poitiers)
1983-1998 Montferrier

décédé à Montferrier-sur-Lez, France,, le 4 novembre 1998
à l’âge de 79 ans


Le père Jean-Marie GAUTIER (1919 - 1998)

Né dans le Morbihan le 23 octobre 1919, dans une famille de cultivateurs, Jean-Marie Gautier a toujours entretenu avec sa famille des relations privilégiées. Il entre à Pont-Rousseau à l’âge de 13 ans et en sort bachelier en philosophie en 1939. Son noviciat est interrompu au bout d’une année par la déclaration de guerre. Mobilisé le 3 juin 1940, il est fait prisonnier le 21 et le restera pendant cinq ans.

Tous les témoignages que l’on a sur sa captivité concordent pour affirmer l’excellent souvenir que l’on garde de lui. De plus, ses compagnons prisonniers ou les aumôniers militaires qu’il a fréquentés notent qu’il a profité de son séjour en Allemagne pour étudier la philosophie et l’histoire ecclésiastique. Aussi, à son retour en France en mars 1945, n’est-il pas étonnant qu’il sollicite du provincial le privilège de commencer directement ses études de théologie, sans recommencer noviciat et philosophie scolastique. Sa demande est acceptée. Le voilà donc au 150 pour quatre années. A Lyon, ses professeurs le notent ainsi : Se prête aux taquineries de ses confrères ; la distraction est peut-être cause de ses manquements au règlement ; l’histoire est son fort ; jugement droit, spontané, et tenace dans sa façon de penser et d’agir ; caractère très émotif, perd facilement contenance et se rend bizarre. Il prononce son serment, le 16 novembre 1946, et est ordonné prêtre, le 4 juillet 1948.

En 1949, il est d’abord nommé au Togo, à Anecho, puis à Togoville ; mais, dès 1953, il demande à rentrer en France. Il est alors nommé en Côte-d'Ivoire, au début de l’année 1954. Deux mois, à peine, après son arrivée à Tabou, il écrit une lettre où l’on peut lire des mots que l’on retrouvera souvent sous sa plume : Je m’ennuie, je ne suis pas content de mon sort, je perds mon temps, j’aurais dû aller ailleurs. Il fait cependant un séjour complet en compagnie du père Cossé (à qui il ne voulait surtout pas faire de la peine), mais, lorsqu’il rentre en France, il laisse au provincial le soin de décider s’il doit repartir ou non. Après une année en paroisse dans l’est de la France, il est envoyé, cette fois, au Dahomey, dans la préfecture de Parakou. On est en 1958. Quatre ans à Bembéréké, quatre ans à Malanville : la vie est difficile, surtout dans cette dernière mission, mais il semble s’y plaire et, surtout, il entretient de très bonnes relations avec le préfet apostolique, monseigneur Chopard-Lallier.

Lorsque Parakou devient évêché en 1964, c’est monseigneur van den Bronk qui en devient le premier évêque, et ses relations avec le père Gautier ne seront pas celles qu’avait monseigneur Chopard. Moins de deux ans plus tard, le père débarque à Bordeaux ; il semble avoir tiré un trait sur l’Afrique et écrit au Conseil provincial en ces termes : Je n’aime pas rester oisif, je ne suis heureux que lorsque je suis bien occupé. […] Je suis prêt, après de courtes vacances, à devenir soit curé, soit aumônier, prêt à tous les travaux du ministère utiles au prochain (lettre du 20 juillet 1966). Il sera alors aumônier de la clinique Saint-Vincent de Paul, à Lyon, puis chargé de classer des documents au 150, mais ce travail est vite fini et il s’ennuie. En 1969, il est aumônier d’hôpital à Limeil-Brévannes, dans le diocèse de Créteil.

Il quitte Limeil en 1972 et cherche une place dans le diocèse de Moulins, puis dans le Dijonnais. Finalement, c’est dans le nord du diocèse de Lyon, dans le Beaujolais, à Cenves, qu’il est nommé curé. Au début, tout va bien : Les gens ont l’air bien disposés. […] la situation se présente donc bien ; mais très vite, quelques mois après son arrivée, il écrit : Il y a des jours où je m’embête affreusement.[…] Je vis dans une affreuse solitude.[…] Je serais heureux d’avoir un travail à domicile. […] Vous savez que ce n’est pas de gaieté de cœur que j’ai échoué dans cette solitude. Il reste cependant cinq ans dans cette paroisse, lisant beaucoup et toujours à l’affût d’autre chose, s’imaginant que la paix n’est jamais là où il se trouve, mais ailleurs.

En juillet 1977, au décès du père Cousseau, curé de la paroisse de Glénay, l’évêque de Poitiers sollicite du Conseil provincial un confrère pour le remplacer. On pense alors au père Gautier qui accepte volontiers cette nomination. On connaît maintenant le père. Au début, il est heureux, mais, bien vite, il écrit : Il y a à peu près trois mois que je vis à Glénay. En vérité, il n’y a pas tellement de différence avec Cenves, à part qu’il y fait moins froid, que le presbytère est plus confortable. L’église est laide ; l’environnement du presbytère est sinistre, la solitude est la même. Les moyens financiers sont semblables. Quatre mois après son arrivée, il peut dire cependant qu’il a visité toutes les maisons de sa paroisse. Malheureusement, pour fournir un poste à un prêtre un peu difficile, l’évêque de Poitiers demande au père Gautier de quitter Glénay et lui propose plusieurs postes en remplacement. Finalement, le père accepte d’aller à Saint-Pompain où il va rester cinq ans, bien que, le premier mois après son arrivée, il ait déclaré : Ne croyez pas que je suis heureux à Saint-Pompain. Je m’y ennuie et je tire le diable par la queue. […] Je resterai quelque temps ici, en attendant de trouver autre chose.

En 1983, il accepte de rejoindre la maison de retraite des Missions Africaines à Montferrier. C’est là qu’il va passer les 15 dernières années de sa vie jusqu’à sa mort, le 4 novembre 1998. Il restera celui qu’il a toujours été, ne se privant pas de dire tout haut ce qu’il pensait tout bas. Il ne mettait rien de méchant dans ses réflexions, et s’étonnait parfois des conséquences qu’elles pouvaient amener. Original, il le restera jusqu’à la fin de sa vie. A travers ses lectures et ses contacts, il s’était fait une philosophie, celle du pessimisme, et cette réflexion qu’il faisait, lorsqu’il était aumônier à Saint-Vincent de Paul, va dans ce sens : Je lis Malraux et Proust ; cela m’apprend que l’homme est un petit tas de secrets et que la vérité d’un homme est dans ce qu’il essaie de cacher.