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Société des Missions Africaines – Province de Lyon

NEAU Henri né le 28 août 1939 à Vieillevigne
dans le diocèse de Nantes (France)
membre de la SMA le 11 juillet 1961
prêtre le 24 juin 1967
décédé le 4 novembre 2007

1967-1968 Lyon, année pastorale
1968-1975 Bouaflé (Daloa), vicaire
1976-1881 Bouaké, professeur au séminaire St Joseph
1981-1985 Daloa, vicaire à la cathédrale
1985-1986 Lyon, recyclage
1986-1995 Sinfra (Daloa) vicaire, puis curé en 1944
1995-1996 Lyon, 150, procure
1996-1998 Paris, Crillon, procure et service des livres
1998-2002 Bouaké, vicaire
2002-2004 Lyon, 150, repos
2004-2007 Montferrier, retiré

décédé à Montferrier-sur-Lez (France), le 4 novembre 2007,
à l’âge de 68 ans


Le père Henri NEAU (1939 - 2007)

Henri Neau est né à Vieillevigne, au sud de Nantes, le 28 août 1939. Il est le sixième enfant d'une famille de 7, dont une seule fille, Solange, née en 1931. Son papa était cultivateur. A 13 ans, il entre à Pont-Rousseau en classe de sixième et en sort en 1959 muni des deux parties du baccalauréat. C'est un bon élève, au jugement droit, plein de bon sens, pieux, serviable et dévoué. Après une année à Chamalières, il fait son noviciat à Chanly et devient membre de la Société en 1961. Ses supérieurs le notent ainsi : esprit plein de finesse, volonté ferme, aime la tranquillité, pas doué pour le matériel. Après son ordination en juin 1967, il fait une année de pastorale à Lyon.

Il a la chance de partir en Afrique dès 1968 : ce sera Bouaflé dans le diocèse de Daloa en Côte d'Ivoire. Je fais mes premiers pas dans le ministère africain sous la conduite d'un homme riche de 30 ans d'expérience dans la région, le père Jules Savéan. Son travail est varié avec la ville, et le catéchisme dans les écoles et ses deux collèges, et aussi les nombreux villages de brousse. Sous la conduite du père Jean-Paul Benoît, de la paroisse voisine de Zuénoula, il s'initie au gouro, l'une des langues de la région.

En 1972 avait été créé à Bouaké, dans le diocèse voisin, et pour l'ensemble du pays, un séminaire que l'on pourrait appeler "de mise à niveau". Il ne débouchait sur aucun diplôme officiel, mais avait pour but de préparer des jeunes, en retard sur le plan scolaire, à entrer au grand séminaire. Evidemment, ces jeunes devaient faire un choix sérieux pour entrer dans cette maison, et accepter la forme d'enseignement proposé ; ils devaient être bien décidés à devenir prêtres. On y faisait du français, de la philo, mais aussi de la comptabilité, de la mécanique, de la gestion. Le père Henri est nommé dans ce séminaire en 1975 : il sera chargé d'enseigner le français et assurera l'animation spirituelle de nombreux jeunes. Dans ce genre d'activité, il est bien dans son élément, une vie calme et réglée, des horaires fixes, et dans les vues de Mgr de Brésillac, formation intellectuelle et spirituelle d'un clergé indigène. Il va passer deux séjours de trois ans à Bouaké, avant de retrouver Daloa son premier diocèse.

En 1981, il est nommé vicaire à la paroisse cathédrale du Christ-Roi où il trouve comme curé un autre Nantais, le père Jean-Paul Guillard, de Notre-Dame des Landes. La mission est ici difficile, les résultats sont maigres malgré les efforts consentis par tous les prédécesseurs. Le père Henri écrit d'ailleurs en 1982 : A Daloa, en ville comme dans les villages, nous ne sommes pas tellement gâtés. Nous devons essayer de planter sans voir beaucoup de résultats. Il faut du temps et de la patience. Il prend cependant son travail très à cœur et s'inquiète auprès de ses supérieurs de la pauvreté en personnel du diocèse de Daloa, surtout qu'on vient d'en enlever deux confrères sans les remplacer. Il travaille surtout en ville, assure l'aumônerie des collèges et la préparation des jeunes aux sacrements de baptême et de confirmation. C'est un confrère agréable et apprécié, serviable et toujours d'égale humeur. Il fallait vraiment quelque chose de très grave ou de très choquant pour qu'il hausse le ton de manière significative.

Après presque vingt ans de travail à la base, il écrit : Je voudrais un temps assez prolongé de silence et de prière qui me permettrait de reprendre un peu tout à la base, c'est-à-dire une période d'approfondissement spirituel et aussi intellectuel. Pour se refaire, il passe trois mois à l'abbaye de Bellefontaine, puis, pendant un semestre, suit des cours aux Facultés catholiques de Lyon. Il apprécie beaucoup cette année de recyclage et souhaite que de nombreux confrères puissent en bénéficier.

En 1986, il retrouve la vie de brousse en étant nommé à Sinfra, dans le sud du diocèse de Daloa. Il est vicaire et sera responsable de la paroisse en 1993. En plus du travail en ville, son temps est occupé par la formation des catéchistes et l'animation des communautés de la brousse. Dans ses lettres, il commence maintenant à parler de la maladie qui sévit dans sa famille et qui a emporté son papa : son frère prêtre paralysé, sa sœur clouée dans un fauteuil (décédée fin 1990), un autre de ses frères en mourra également plus tard. Il parle de faire un bilan avec une personne spécialiste lors d'un prochain congé, car il se sait atteint de cette maladie génétique orpheline, la CADASIL (Cerebral Autosomal Dominant Artheriopathy with Sibcortical Infarcts and Leucœncephalopathy), maladie qui attaque les centres vitaux du cerveau et que celui qui en est affecté transmet à certains de ses descendants, mais pas à tous. En 1995, il demande alors à rentrer en France et est affecté à la procure, d'abord à Lyon, puis à Paris. Il va y rester trois ans, et puis, se sentant en assez bonne forme, il prend lui-même contact avec le Régional de Côte d'Ivoire et se fait renommer en paroisse, à Bouaké, en 1998. Il va tenir le coup encore pendant 4 ans. Vicaire du père Pierre Chassaigne, il s'active surtout auprès des jeunes, dans les communautés de quartier et auprès des malades. Il est heureux de ce retour en Afrique.

Il rentre en 2002, car il avait besoin de souffler, dit-il. Il commence par prendre un temps de repos à Lyon, puis s'essaie un peu à l'informatique, mais il est peu attiré par la chose. Comme le Conseil provincial est en train de préparer de loin la célébration du 150° anniversaire de la Société, il a mis en route la rédaction des biographies des confrères décédés depuis 1963 ; avant cette date, les biographies étaient déjà rédigées. Il confie alors à Henri la rédaction de quelques biographies, mais il faut souvent refaire derrière lui le travail qu'il vient de terminer, lui ancien professeur de français, bien sûr sans le lui dire !

En 2003, il a un léger malaise, un matin, au cours de l'Eucharistie. C'est un peu inquiétant. Et puis il n'est plus capable de prendre ses médicaments tout seul, car il ne sait pas comment s'y prendre. Peu à peu, il ne sait plus s'occuper : on le croise souvent dans les couloirs du 150 où il passe de longues heures à marcher en solitaire. Quand au début de l'année 2004 on lui parle d'aller à Montferrier, il n'est pas opposé. Là-bas, il sera mieux entouré sur le plan médical. Vers la fin de 2005, il fait une hémiplégie dont l'une des conséquences est qu'il ne peut plus se nourrir normalement. Il sera grabataire pendant presque les deux dernières années de sa vie, nourri par une sonde directement dans l'estomac, entouré de près par le personnel médical de la maison de Montferrier : un long chemin de croix qui s'est achevé le dimanche 4 novembre au matin.

Il repose désormais dans le petit cimetière de la communauté, à Montferrier.