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Société des Missions Africaines – Province de Lyon

MESSNER Pierre né le 19 juin 1918 à Chantenay
dans le diocèse de Nantes (France)
membre de la SMA le 25 juillet 1939
prêtre le 6 janvier 1945
décédé le 15 novembre 2010

1945-1950 Baudonne, Ave, Pont-Rousseau (professeur)
1950-1954 Bingerville (Abidjan), professeur
1954-1955 Chamalières, conseiller spirituel
1955-1960 Bingerville, professeur
1960-1961 Grand-Bassam, curé
1961-1967 Abidjan (Saint-Paul), curé
1967-1968 Tiassalé (Agboville), curé
1968-1972 Agboville, curé
1972-1973 Paris, recyclage
1973-1976 Lyon, 150, supérieur
1976-1979 Grand-Bassam, curé
1979-1981 Dabou (Yopougon), curé
1981-1995 Moossou (Grand-Bassam) aumônier
1995-1998 Lyon, 150, chargé de l'accueil
1998-2010 Montferrier, retraite

décédé à Montferrier-sur-Lez, le 15 novembre 2010,
à l’âge de 92 ans


Le père Pierre Messner (1918 - 2010)

Pierre Messner est né à Chantenay, l'un des quartiers actuels de la ville de Nantes, le 19 juin 1918. Son papa, d'origine alsacienne, était employé dans une maison de commerce de bois, et sa maman était bretonne. Très tôt, il manifeste les qualités que, plus tard, le supérieur du noviciat résumera en ces deux mots : "sujet remarquable". Après ses études primaires, il rentre à Pont-Rousseau et y fait tout le cursus de ses études secondaires qu'il termine brillement avec l'obtention des deux baccalauréats. A la fin de ses deux années de noviciat, à Chanly, en juin 1939, il est noté ainsi : "Très franc, actif, très dévoué, tenace dans l'effort, beaucoup d'esprit de foi, très obéissant, zélé, très prudent, joue de l'harmonium." (22/06/39) En septembre, il commence son service militaire à Versailles, puis sera muté à Clermont-Ferrand. Il est démobilisé en 1941 et commence de suite son grand séminaire à Lyon.

Bien sûr, comme tous ses confrères, il voudrait partir en Afrique dès son ordination en 1945. Il devra attendre : "Vous êtes désigné pour notre petit séminaire de Baudonne" lui écrit le Conseil provincial en septembre 1945. Il y va, mais pas pour longtemps : dès le mois d'octobre, il reçoit la lettre suivante : "Déjà un coup de Trafalgar dans votre vie commençante. […] Vous êtes appelé à sauver l'honneur de notre maison de Ave et des Missions Africaines, en raison de vos deux baccalauréats." Le voilà professeur de 4e "à de braves petits belges bien sympathiques", comme il l'écrit lui-même. Le supérieur de la maison lui demande de garder les mêmes élèves d'année en année et de les conduire jusqu'en 1ère. C'était sans compter avec les besoins de la Province. Au mois d'août 1946, il se repose en famille et reçoit du père provincial une grande lettre de deux pages qui commence ainsi : "Nous avons l'honneur de vous faire connaître que le Conseil provincial vous a nommé professeur de philosophie et de musique au petit séminaire de Pont-Rousseau, en remplacement du R.P. Cuq nommé supérieur de Chamalières." Trois maisons en une seule année !

Il essaie bien d'éviter une telle nomination et, dans une longue lettre, il expose toutes les raisons qui militent pour lui éviter une telle charge. Il n'obtient pas de réponse et se met courageusement au travail, mais, dès la fin de sa première année à Pont-Rousseau, il fait le point dans une lettre au provincial. De la musique, il dit qu'une "matière à laquelle on ne peut consacrer qu'un minimum de temps est une matière sacrifiée". Pour la philo, il précise : "J'ai été dépassé par l'ampleur de la tâche. Sans être un névropathe, j'ai contracté un complexe d'infériorité qui me gêne terriblement." Et il conclut cette lettre du 16 juin 1947 : "Je ne puis continuer à assurer pareille tâche. […] Je vous demande bien respectueusement de bien vouloir mettre fin à cette expérience malheureuse en m'envoyant en Afrique." Apparemment il ne reçoit aucune réponse à cette lettre. Chaque année, il réitère sa demande et, au bout de 4 ans, en 1950, il reçoit la nomination suivante : "Nous avons pu vous libérer et vous êtes désigné pour le vicariat d'Abidjan, en Côte d'Ivoire." Le voilà désormais professeur de latin au petit séminaire de Bingerville. Il ne reste pas enfermé dans la maison, mais profite de toutes les occasions pour s'initier à la pastorale dans les paroisses des environs, répondant ainsi à l'appel de ses confrères.

4 ans, c'est court pour une première expérience africaine ! Dès 1954, il est nommé "recruteur dans les collèges et séminaires de France". En faisant connaître cette nomination à ses supérieurs en Côte d'Ivoire, le Conseil provincial précise : "C'est un travail que l'on ne peut confier à n'importe qui." On voit bien là l'estime que ses supérieurs avaient pour lui. Dans sa réponse au Conseil, le père expose naturellement toutes les raisons qui font qu'il ne peut pas accepter une telle nomination : "Je n'ai jamais parlé en public… […] Je connais bien peu de choses de l'Afrique… […] Le Conseil provincial m'avait promis la stabilité en Afrique… etc." Avec un certain humour que le père n'a peut-être pas tellement apprécié, le Conseil lui répond : "Les raisons que vous avez évoquées dans votre réponse à votre nomination ont été estimées sérieuses par le Conseil provincial. […] C'est donc une nouvelle nomination que vous apporte cette lettre, celle de directeur spirituel auprès de nos philosophes à Chamalières. " (17 juin 1954) Il en est bien déçu. Il répond avec un peu d'amertume : "Vous avez réussi seulement à me gâcher le temps de repos légitime que je prends dans ma famille." Heureusement pour lui, ce retour en France ne va durer qu'une année et, dès la rentrée de 1954, il retrouve la Côte d'Ivoire. Il va désormais y trouver la stabilité dont il a toujours rêvé.

Il commence par retrouver le petit séminaire de Bingerville pendant 5 années, puis, à partir de 1960, on le trouve curé dans plusieurs paroisses du sud du pays, successivement Grand-Bassam, Saint-Paul à Abidjan, Tiassalé, Agboville, puis de nouveau Grand-Bassam et enfin Dabou qu'il quitte en 1981. Ces 21 années de travail en paroisse sont coupées par une année de recyclage à Paris et 3 années à Lyon comme supérieur de la communauté au 150. Dans toutes ces différentes paroisses, ses occupations sont toujours celles que l'on peut imaginer : organisation générale, préparation aux sacrements, prédication, catéchèse, tournées dans les villages, accueil, constructions, réunions diverses, etc. Il est difficile de préciser, car, dans les lettres qu'il envoie, il parle rarement de son travail. D'ailleurs, il écrit le plus souvent à l'occasion de ses congés pour préciser ses dates de départ ou de retour et pour donner quelques nouvelles de sa santé.

Il est intéressant, cependant, de noter quelques lignes de la réponse qu'il fit à une consultation de Mgr Yapi, évêque auxiliaire d'Abidjan, sur la constitution d'équipes sacerdotales mixtes, avec des prêtres africains et des prêtres européens. "Je souhaite rencontrer mes frères africains dans des réunions de travail, car j'ai beaucoup à apprendre d'eux, par exemple sur le plan de la pastorale, des coutumes, du chant, de la langue. Je suis prêt à renoncer à beaucoup de points de vue personnels pour entrer dans leurs vues. Je voudrais faire équipe avec eux dans la communauté élargie d'un secteur pastoral, mais je ne souhaite pas vivre sous le même toit. Pourquoi ? Parce que je n'ai pas la même façon de vivre, de manger, de me distraire, de prier, de travailler, de gérer les finances, de tenir un horaire, de pratiquer l'hospitalité. […] Le témoignage qu'on peut donner d'une communauté unie dans un service joyeux me paraît être un des meilleurs signes de la présence du Christ vivant dans son Église. Et c'est dans ma famille spirituelle que je voudrais, avec la grâce de Dieu, assumer les risques de ce témoignage, constatant (pour moi ce n'est pas une question de personnes) que je n'y arrive pas au sein d'une communauté mixte." (06/02/71)

En 1972, alors qu'il est curé d'Agboville depuis 4 ans, il sollicite un changement de poste, car, dit-il, la charge est trop lourde pour lui. Pour prendre un peu de recul, il commence par faire une année sabbatique à Paris, puis il est nommé supérieur de la maison du 150 cours Gambetta à Lyon en 1973. C'est l'année qui marque le départ du Conseil provincial à Paris et, désormais, il n'y a plus à Lyon qu'une seule communauté, celle du séminaire étant rattachée à celle de la Province. "Il vous faudra coordonner les différents services pour former avec les confrères qui en sont responsables une communauté fraternelle et accueillante". (sa lettre de nomination du 18 juillet 1973). Il a aussi à jouer un rôle de représentation dans l'agglomération lyonnaise. En même temps, il est conseiller ou relais du supérieur des confrères en Europe.

Au bout de trois ans, en 1976, il est tout joyeux de retourner en Côte d'Ivoire et de retrouver la mission de Grand-Bassam où il a travaillé en 1960. Pendant son congé de 1979, il reçoit une longue lettre de Mgr Yago qui lui demande de prendre en charge la mission d'Adzopé dans le nord du diocèse. Il répond que c'est trop lourd pour lui, vu son "âge, sa fatigue, ses tendances dépressives. Je lui ai demandé de me trouver quelque chose de plus facile". (lettre au provincial du 19/07/79) Mais il précise qu'il ne refuse pas de quitter Bassam. Il est alors nommé à Dabou. Là, il se rend vite compte que c'est trop lourd pour lui, mais ce n'est qu'au bout de deux ans qu'il reçoit sa nomination comme aumônier du noviciat des sœurs de Notre-Dame de la Paix, à Moossou, poste qu'il va tenir pendant 14 ans. Il donne quelques cours de spiritualité, d'Ecriture Sainte, sans oublier une formation à la musique et aux chants. Il assure aussi, une matinée par semaine, des cours dans un noviciat voisin, à Bonoua, chez les Dominicaines. La paroisse peut compter sur lui pour des sessions, des conférences aux jécistes, des récollections pour les catéchumènes : il ne refuse pas le service. Comme la SMA lui laisse sa retraite vieillesse, il en fait bénéficier la congrégation des sœurs ndp "qui m'assure le vivre et le couvert en échange du petit travail que je lui fournis et qui a toujours de la peine à boucler son budget". Pour l'anecdote, on peut signaler que, dans une lettre il se plaint du service de la poste : "ce qui aggrave la situation, c'est que, dit-on, l'employé qui répartit les lettres dans les boites est illettré…" (15/04/85)

Lorsque le Conseil provincial lui propose le poste d'hôtelier au 150, sa réponse, faite après avoir consulté le Seigneur, témoigne de la délicatesse qu'il a toujours manifestée à l'égard des autres, et spécialement de ses confrères : "J'ai pris le temps de réfléchir et de prier. J'accepte la proposition que vous me faites de remplacer le père Matthieu dans son poste d'hôtelier à partir de septembre 1995." Après avoir dit qu'il met plusieurs personnes dans la confidence, il ajoute : "Je demande à chaque fois la discrétion pour que la nouvelle, connue prématurément ne puisse affecter notre bon père hôtelier toujours si accueillant." (16/10/94) Il aurait voulu rester en Côte d'Ivoire jusqu'au fêtes du centenaire de l'arrivée des premiers pères, mais il est trop fatigué et il rentre dès le mois de juillet1995 après avoir donné tous ses nombreux livres au foyer "Père Méraud" d'Ébimpé. Son travail au 150 ? "Vous aurez à accueillir ceux qui viennent au 150, confrères et hôtes. Il faut avoir assez de mémoire pour ne pas perdre les clés, assez de temps pour offrir le verre qui réconforte, assez de disponibilité pour écouter ceux qui ont besoin de parler parce que ça leur fait du bien." (sa nomination 05/06/95)

Trois ans plus tard, il est nommé à Montferrier ; il a alors 80 ans et il va passer dans la maison de retraite les 12 dernières années de sa vie. Il n'avait pas oublié qu'il avait été professeur de musique et, au début de son séjour à la maison, c'est lui qui s'occupait des chants à la chapelle et il aimait ce rôle. Très apprécié de ses confrères, il a su garder en permanence sa bonne humeur, malgré les ennuis de santé dont il ne se plaignait pas, mais qui ne l'ont pas épargné : problèmes urinaires, constipation, fatigue générale et souvent inexpliquée. En 2002, atteint d'un cancer, les chirurgiens lui posent un anus artificiel qu'il gardera jusqu'à sa mort. Il en a été très troublé au début, mais peu à peu il accepte cette nouvelle situation et fait l'admiration du personnel de l'hôpital par sa manière de vivre sa maladie. Il a une vie très réglée entre la messe du matin, le temps de lecture des journaux, le temps de prière à la chapelle, les sorties à l'extérieur avec la communauté.

Au mois de septembre 2010, à la suite d'une hémorragie interne, il est hospitalisé et son état nécessiterait une intervention chirurgicale. L'équipe médicale s'y refuse, car il est au bord de l'infarctus et déjà ses reins sont bloqués. Comme il est sous calmant, il ne souffre pas. Il reste le plus souvent alité et très nombreux sont les confrères qui viennent le visiter dans sa chambre. Il demande les derniers sacrements et s'endort définitivement dans la nuit du 15 septembre. Il avait 92 ans et repose désormais dans le petit cimetière de la communauté.