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Société des Missions Africaines – Province de Lyon

chotard gabriel né le 10 mai 1923 à Petit-Mars (44)
dans le diocèse de Nantes (France) 
membre de la SMA le 2 décembre 1944
prêtre le 6 juin 1949
décédé le 11 janvier 2004

1951 - 1982 missionnaire en Egypte

Zifta, Assiout, Sakakini, Zeitoun
Zagazig, Facous, Choubra
1982 - 1983 AFM, année sabbatique
1983 - 1984 Paris et Lille, procure
1985 - 1987 Khartoum, camp de réfugiés
1987 - 1992 Le Caire
1992 - 1994 Montferrier, retiré
1994 - 1995 Châteaubriant, aumônier
1995 - 2004 Montferrier, retiré

décédé à Montpellier (France), le 11 janvier 2004,
à l'âge de 80 ans


Le père Gabriel CHOTARD (1923 - 2004)

Gaby, comme on l’a toujours appelé en famille et dans son village natal de Petit-Mars en Loire-Atlantique, est le fils aîné d’une famille de 7 enfants. Il est né le 10 mai 1923. Le papa est sabotier, mais aussi employé de la paroisse, et il est souvent aidé de sa femme pour les travaux d'entretien de l’église du village. Il est à la fois sacristain et chantre, 7 jours sur 7.

Au milieu des années 1930, quand le père Gandon, l'intrépide recruteur sma, est passé à l'école catholique de Petit-Mars - village de chrétienté d'à peine 1000 habitants et qui comptait, vers les années 1960, 10 prêtres et près de 50 religieuses - il n'a pas pu emmener Gaby au séminaire des Missions Africaines des Naudières. Le curé a exigé que le fils de ses employés entre au petit séminaire diocésain. Mais Gaby, qui avait deux oncles missionnaires, persévèrera dans son projet de vocation missionnaire et entrera au noviciat à Martigné-Ferchaud. Arrivé au grand séminaire de Lyon, il devient membre de la SMA le 2 décembre 1944 et est ordonné prêtre le 6 juillet 1949. Il part, la même année, en Egypte. Pendant son service militaire, il avait déjà rencontré un pays d'islam, l'Algérie. Il avait alors fait le pèlerinage à Tamanrasset et avait été attiré par Charles de Foucauld.

Qu’a-t-il fait et quelles ont été ses passions en Egypte ? L’essentiel de son apostolat, il le situe lui-même, de façon générale, en pays de chrétientés orientales très diverses et très anciennes, à dominante orthodoxe. Et pourtant, il commencera son apostolat missionnaire chez les "Latins" : Service des petites minorités catholiques à Zifta, Zeitoun et Zagazig, en français d'abord, et, de plus en plus, en arabe, et dans trois grands quartiers du Caire : Sakakini, Choubra et Héliopolis. Quand on dit "service du rite latin", on dit beaucoup d'aumôneries de communautés et d'écoles de religieuses, et en particulier des sœurs nda. On est loin de l'inspiration du père Planque qui, dans les années 1880-1890, voit l'Egypte comme le point de départ d'une pénétration de l'évangile vers les Grands Lacs, au cœur de l'Afrique Noire. Mais il fallait bien assumer cet héritage missionnaire dont les fruits ont été la formation de toute une élite du pays, ouverte à la modernité.

Pour comprendre sa vie, le père Chotard, dans les nombreuses notes qu’il nous a laissées, nous ouvre trois fenêtres de lumière :
1. La période la plus attachante, ce sont cinq années de service en rite copte, surtout à Facous, sur les traces d'un véritable ancêtre, apôtre inimitable : le père Jacob Muijser, un Hollandais totalement dévoué depuis ses débuts aux petites communautés de rite copte, par une liturgie intégrale, authentiquement orientale, hautement spirituelle et adaptée à ce peuple. Ce sont les années 1960-1965. On sent bien la passion missionnaire qui l'habite, à la suite d'un témoin exceptionnel, moine, prêtre, savant, chercheur et restaurateur du rite des origines chrétiennes au pays des Coptes. Un rite qui est une nourriture pour le petit peuple des villages et des quartiers, en même temps qu'une référence culturelle de résistance en face d'un islam persécuteur. On sent le père Chotard heureux. Ce temps lui a donné le goût de la recherche, une espèce de fascination pour les livres. On l'a souvent chahuté pour sa manie de tout découper, de tout garder, surtout si c'étaient de vieux papiers. Mais on ne peut pas ne pas admirer ces milliers de notes manuscrites, ses commentaires sur le Coran, sur le texte du Nouveau Testament. Il manquait peut-être de méthode, mais il ne laissait pas rouiller sa mécanique intellectuelle.

2. La seconde période mentionnée est la période de formation initiale, de1950 à 1952, en Haute-Egypte, à Assiout. Fort peu confortable, mais très utile pour l'apprentissage de la langue et la connaissance de la vie du petit peuple. C'est le début d'une forte imprégnation culturelle. Il se sent une âme copte qui porte les stigmates des persécutions et des vexations infligées aux chrétiens, sur leur propre terre, depuis 14 siècles. Il a vécu les temps difficiles de la suspicion envers les étrangers, des écoles confisquées, des églises brûlées.
De passage en France, il écrit : Impossible de parler ici de l'Egypte, de l'islam radical vécu sur le terrain, sans être pris pour un fanatique. Il est blessé qu'on ne reconnaisse pas sa longue expérience et il appelle à plus de vigilance et de fermeté. Malheureusement, son tempérament un peu raide l'a amené à s'enfermer sur lui-même et à se poser en victime, tout en exprimant l'opinion et l'attitude de son peuple d'adoption.
Il a, sans doute, souffert de se sentir les mains vides. Missionnaires d'Afrique Noire, nous faisons facilement le bilan de ce que nous avons accompli : des catéchumènes, des baptêmes, des catéchistes, des séminaristes, des communautés bâties à partir de rien, des constructions, des études ethnologiques neuves. Pour le missionnaire rentrant d'Egypte, la comparaison est vite faite. Montre-moi tes œuvres ! Ce sont d'abord le silence, l'écoute, la lente imprégnation de plusieurs langues, de cultures, de rites et de credo millénaires. Une école d'humilité où l’on reste un perpétuel disciple.

3. Enfin il note : Egalement intéressante, mon expérience de deux années, 1985-1987, au Soudan près de Khartoum. Il désire retrouver l'intuition première du Père Planque : relier l'Egypte à l'Afrique Noire. Ce n'est pas tout à fait une lubie, car il y suit les sœurs nda au service de 60 à 80 000 réfugiés noirs qui ont fui la terrible guerre civile du sud. Tout est à faire : service humanitaire dans le domaine de la santé, des vivres, des vêtements, de l'éducation, service d'accompagnement spirituel. Je me trouve être le premier prêtre à résider en permanence au milieu d'eux. Ce qui semble les étonner ! Il y a toujours eu du Jean-Baptiste dans son style de vie rugueux et dépouillé. Au Soudan, il a fait l'admiration de son ami, l'ambassadeur de France, qui a rendu ce beau témoignage : J'ai toujours admiré l'homme de science et le prêtre qu'il était, mais surtout sa proximité avec les pauvres.

Puis, de graves accidents de santé l'obligent à rentrer définitivement en France. Il a hérité des mauvaises jambes de ses parents, mais il désire se soigner seul. Il essaie tout jusqu'à l'absurde, à la manière d'un paysan du Nil. On a sa fierté et on refuse d'être pris en charge et dorloté comme un enfant !

Chaque vie est un mystère et on n’y entre qu'en enlevant ses sandales : Dieu est là ! Durant les derniers mois de sa vie à Montferrier, Gaby semble reprendre pied : il se laisse soigner et participe même aux sorties organisées par la maison. C'est cette image que nous garderons de lui. Il a été un missionnaire chaleureux, fraternel et plein de compassion. Il a été très apprécié dans toutes les communautés religieuses d'Egypte, particulièrement à l'aise chez nos sœurs nda. Il a été proche du petit peuple, au milieu duquel il retrouvait toutes ses qualités de relation. Il a aimé et vénéré la prière liturgique copte. Il n'a jamais douté du salut universel, en Jésus-Christ, de tous les hommes droits.

Quand il a fait la chasse aux sorcières, une chasse relativement pacifique malgré la verdeur du langage, il s'agissait d'une guerre aux idées qu'il jugeait tordues ou dangereuses pour les relations en société et pour la paix. A tort ou à raison. Revenu sur sa terre natale, il n'a pas compris certains changements, certaines évolutions du monde, de l'Eglise, de la sma. Il en a souffert et il a pu faire souffrir. Mais franchement, à la fin de sa vie, il a certainement et légitimement pu demander au Seigneur avec saint Pierre : Et alors, moi qui ai tout quitté ? Car le père Gaby Chotard a marché sur le chemin révélé par Jésus grâce à son dévouement, son dépouillement et ses relations fraternelles, surtout en Egypte. Avec quelques persécutions qui n'ont pas manqué non plus. Maintenant, les promesses de Jésus se réalisent pour lui : l’homme tourmenté et inquiet est entré dans la vie éternelle.

Décédé à l’hôpital de Montpellier le 11 janvier 2004, ses obsèques ont été célébrées à la maison de retraite de Montferrier. Il a voulu se faire incinérer et ses cendres ont été déposées, selon ses dernières volontés, dans le caveau familial, près de ses parents, dans son village natal de Petit-Mars.