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Société des Missions Africaines – Province de Lyon

né le 1er novembre 1918 à Russey
dans le diocèse de Besançon, France
novice des Missions Africaines
décédé le 5 mai 1942

1938-1939 Lyon, noviciat (non terminé)

1939 mobilisé et fait prisonnier
rapatrié comme grand malade
1942 Toulouse, hôpital

décédé à Toulouse, France, le 5 mai 1942,
à l’âge de 23 ans


Monsieur l’abbé Michel BOILLON (1918 - 1942)

Enfance et jeunesse

Michel BOILLON est né le 1er novembre 1918 à la ferme des « Fournots du Bas » au Russey (Doubs). Fils de Adelphe Boillon et de Rose Marguerite Gaume, il est le septième enfant d’une famille qui en comptera huit. Deux filles deviendront religieuses chez les sœurs de la Charité de Ste Jeanne Antide Thouret. Sa famille lui donne le sens de la terre, de l’effort et du travail, mais aussi la foi reçue au cœur de plusieurs générations. Il fréquente l’école primaire des frères maristes au Russey. En octobre 1930, il entre au petit séminaire N.Dame de Consolation où il reste jusqu’en 1936. « On recherchait sa compagnie parce qu’il était très vivant, heureux de faire plaisir, ami fidèle sur lequel on pouvait compter ».

Aspirant missionnaire

De 1936 à 1938, il est au grand séminaire de philosophie à Faverney. C’est de là qu’il exprime son désir d’entrer aux Missions Africaines, sans doute encouragé par son cousin, le Père Maxime Gaume, qui avait été ordonné prêtre à Lyon le 7 janvier 1937. Comme il avait déjà étudié la philosophie il ne va pas à Chanly en Belgique, où les candidats aux Missions Africaines devaient combiner les deux années de philosophie avec le noviciat, mais il est admis au Grand Séminaire à Lyon le 5 octobre 1938. En même temps que sa première année de théologie, il devait faire une année complète « de probation » qui lui servirait de noviciat. Le 4 août 1939, il fait sa demande afin « d’être admis à prononcer le premier serment temporaire ». Mais vers le 25 août, il doit rentrer précipitamment en famille à cause de la guerre. Il prévoit retourner au séminaire dans les quinze jours afin de ne pas interrompre son année de noviciat. Le 16 septembre 1939, le Supérieur du séminaire lui envoie une lettre lui conseillant d’arriver quelques jours avant la rentrée prévue pour le 3 octobre, mais c’est Adelphe Boillon, le papa de Michel, qui le 22 septembre répond à la lettre destinée à son fils : « Je viens vous prévenir qu’il est mobilisé, ainsi que tous les sursitaires depuis samedi (15 septembre). Il rejoignait son régiment à Cosne (Nièvre). Aussitôt que nous aurons de ses nouvelles, nous lui expédierons votre lettre afin qu’il puisse vous donner de plus amples renseignements ».

La guerre

Durant la guerre, il griffonne quelques notes sur des petits carnets et fait un récit sommaire de sa campagne. Débarqué à Chalons le 20 mai 1940, le 26 il est sur la Marne où il prend position dans des cases de feuillage. « Le 12 juin, le pont saute et nous attendons. Le 13 juin, les Allemands sont au village et tirent depuis les fenêtres et les granges : on en aperçoit à trente mètres de nous. L’après-midi l’artillerie nous appuie ; un bruit de chars, des hommes qui chantent… Nous recevons l’ordre de repli. La marche est pénible car nous avons une charge excessive, nous emportons tout sur le dos. 14 juin, depuis une heure du matin, nous avons marché toute la journée à la boussole à travers champs, bois et villages déserts. Les Allemands nous surprennent l’arme à la bretelle, ils nous désarment et nous suivons une route encaissée pendant que, sur la colline, la bataille continue, et que les balles sifflent sur nos têtes. » Corbie, Laon, Trêves, Berlin : le wagon clos roule vers l’est dans l’inconnu. C’est enfin l’arrêt définitif dans un petit bourg de Meclembourg.

« Le petit carnet révèle les premières solitudes, l’attente des lettres, le monotone travail des champs, dans une ferme où gardien et maître changent souvent. Le 3 décembre, il a reçu une lettre de sa famille et un colis : joie immense qui rompt ses incertitudes. Le 15, c’est une messe… et puis les feuillets reproduisent l’emploi du temps : charger des betteraves ou de l’engrais, écarter des scories et de la chaux, battre par le froid de janvier les meules de seigle et d’orge. On y sent quelquefois la lassitude, mais toujours aussi un arrière-fonds d’optimisme, de patience, d’espérance ».

Un jour, sa santé ne lui permet plus les gros travaux. Il quitte les camps d’Allemagne le samedi 7 juin 1941. Le 17 juin, depuis l’hôpital militaire d’Agen, il envoie des nouvelles au Supérieur du Séminaire des Missions Africaines à Lyon : « Je crois pouvoir vous dire que je suis atteint aux poumons, mais je ne sais pas à quel degré. De plus je souffre de l’estomac, de tout l’appareil digestif. Enfin quels seront les résultats ? Je l’ignore. Je me remets entièrement entre les mains de Dieu. Fiat voluntas tua ». Plus tard alors que le mal s’aggrave encore, il est admis à l’hôpital militaire de Toulouse.

« Nul ne connaît les intimes souffrances de ces neuf mois d’hôpital dans une salle commune. On saura seulement l’espoir qu’il avait de convertir par sa souffrance au moins un petit noir. Une nuit, il appelle un voisin et lui demande avec insistance un prêtre : suprême appel, suprême prière… Dieu seul fut le témoin de son offrande ». C’était le 5 mars 1942. Le 10 mars 1942, il est enterré au cimetière de Lardenne à Toulouse. Dès l’annonce du décès son papa et son frère se sont rendus à Toulouse. « Quelques jours après, ils s’agenouillaient aux pieds d’une humble croix de bois, sur le tertre de terre remuée où repose dans la paix ce grand enfant qu’avait enthousiasmé un grand rêve missionnaire ».

Le 5 avril 1942, son corps fut ramené dans son village natal au Russey où il repose dans la tombe familiale. Son nom est inscrit sur le monument aux morts sur la place du village.

(Les citations sont tirées de "Frères d'Armes" d'un article de Robert Chopard-Lallier.)