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Société des Missions Africaines –Province de Strasbourg

STREBLER Joseph né le 12 septembre 1892 à Mertzwiller
dans le diocèse de Strasbourg, France
membre de la SMA le 29 novembre 1914
prêtre le 10 juillet 1921
évêque le 8 novembre 1945

décédé le 12 mars 1984 
Monseigneur
Joseph Strebler

1921-1937 missionnaire en Côte d’Or
1927-1932, visiteur
1927-1933, vicaire délégué
1933-1935, pro vicaire
1937-1946 préfet apostolique de Sokodé
1946-1961 vicaire apostolique de Lomé
1962-1963 Rome, concile du Vatican
1963-1984 Saint-Pierre, retiré

décédé à Saint-Pierre, France, le 12 mars 1984,
à l'âge de 91 ans



Monseigneur Joseph STREBLER (1892 - 1984)

Joseph Strebler est né le 12 septembre 1892 à Mertzwiller, village du canton de Niederbronn-les-Bains, au diocèse de Strasbourg.

Il a écrit pour diverses revues de nombreux articles qui intéressent l’histoire générale des Missions de l’Afrique de l’Ouest et qui fournissent aussi de précieux renseignements sur les activités de sa vie missionnaire personnelle. Beaucoup de ces articles ont paru dans l’Écho des Missions Africaines de Lyon (années 1924 et suiv.), dans The Gold Coast Catholic Voice (années 1926 et suiv., Cape-Coast), et dans les revues de notre Province : Le Petit Écho des Missions Africaines, La Croix sous les Palmiers, Le Missions Glöcklein, Le Messager des Missions Africaines, Le Terre d’Afrique-Messager. Mgr Strebler a publié également des biographies des Évêques de la Côte d’Or, NN. SS. Albert, Hummel, Hauger et Hermann (Odilien Kalender, 1975 et 1977) et celle de Mgr Steinmetz (Josephs Kalender 1977) : ces biographies sont en fait l’histoire de l’évangélisation du Ghana et du Dahomey au temps de ces évêques. On pourra y joindre un article publié en hors texte par l’Almanach des Missions Africaines en 1931 et intitulé : Le catholicisme à la Côte d’Or. Cet article est entièrement tiré de notes écrites par Mgr Strebler en 1929 et intitulées : Feuilles jaunies de la Côte d’Or africaine. Voir aussi : Évêques missionnaires d’Alsace, par G. Knittel (1965), p. 96 et suiv.

À la mort de Mgr Strebler en 1984, Terre d’Afrique-Messager a édité un numéro entièrement consacré à l’Évêque défunt, (novembre-décembre 1984). Le Ralliement qui, depuis 1962, avait publié de nombreux textes de Mgr Strebler, a joint un hors-texte de 18 pages à son numéro 2/1984 : on y trouvera notamment une bonne biographie, par le Père Noël Douau, archiviste de la Maison Généralice (cf. aussi, du même, dans l’Appel de l’Afrique, n° spécial 1985, p. 24-26). Sur l’œuvre de Mgr Strebler au Togo, pour les années 1937 à 1955, on lira aussi Geschichte der katholischen Kirche in Togo, de Karl Müller, S.V.D., Steyl, 1958.

De son enfance et de l’origine de sa vocation missionnaire, lui-même a volontiers et bien simplement parlé dans une interview à l’Ami du Peuple (20 juin 1971). Après avoir fait remarquer que Mertzwiller avait été riche en vocations sacerdotales et religieuses et qu’un tel environnement paroissial avait dû créer un milieu favorable pour l’éclosion de sa propre vocation, il poursuit ainsi son entretien : La plupart des Missionnaires Spiritains de Mertzwiller sont morts en Afrique à la fleur de l’âge, et nos parents, qui les avaient bien connus, nous en parlaient avec émotion. Nous étions une famille de 10 enfants. J’étais le 3e garçon de cette grande famille. Notre père était magasinier aux Usines de De Dietrich à Mertzwiller, et nous avions aussi une petite ferme. Nos parents nous ont élevés dans une atmosphère profondément religieuse. Tous les soirs en hiver, nous récitions le chapelet à genoux, avant de nous coucher, et c’est notre père qui présidait...

Nos parents nous initiaient aussi aux travaux agricoles que l’on faisait après les heures de classe. On apprenait ainsi à sarcler, à désherber, à labourer, à semer et à récolter, et ils nous initiaient au petit élevage de la ferme familiale. C’est ainsi qu’ils nous enseignaient l’amour du travail, et créaient en nous l’esprit de famille, car tous contribuaient au bien-être de tous, par un effort personnel. – Ma vocation missionnaire je la dois, après Dieu, dont l’appel est gratuit, et qui en garde l’initiative, aux influences heureuses du milieu familial. J’étais servant de messe de bonne heure. J’avais un oncle missionnaire, le Père Strebler Bernard, qui a passé sa vie en Angola, et qui est venu durant trois mois en congé en 1902 dans notre famille. J’ai certainement subi le charme du cher oncle, qui aimait sa mission et qui avait un talent de conteur extraordinaire.

Monseigneur nous apprend encore qu’il avait un autre oncle, grand invalide, qui vivait dans la famille et remarquable par son assiduité à la prière et par une grande dévotion à la Vierge Marie. Il était vraiment, dit-il, l’ange du foyer et il doit attacher à la prière fervente et quotidienne de cet homme une particulière importance parmi tout ce qui favorisa sa vocation et sa persévérance dans la poursuite de l’idéal missionnaire.

Continuant de rappeler ses souvenirs à l’Ami du Peuple, Monseigneur mentionne que, en 1903, un de ses frères, plus âgé que lui, mais qui mourut prématurément à 19 ans, était entré à l’école des Missions Africaines aux Pays-Bas. Quant à lui, c’est en 1906 qu’il eut à se poser de façon précise la question de son avenir. Il allait avoir 14 ans, c’était l’âge de la première communion, l’âge aussi de la fin des études primaires et de l’entrée dans la vie active. Sa mère l’ayant interrogé sur ses intentions, il lui répondit sans hésiter : J’aimerais devenir missionnaire, si je pouvais faire les études requises. Les choses s’arrangèrent rapidement dans ce sens et le 11 mai 1906 il quitta son village natal pour commencer ses études classiques. Il en effectua tout le cours dans les écoles apostoliques des Missions Africaines, à Chanly d’abord (1906-1907), puis à Keer-les-Maastricht (1907-1912). Suivirent une année de noviciat à Chanly, sous la direction du Père Hérold (1912-1913), et une année de philosophie au séminaire de Lyon (1913-1914).

La Première Guerre mondiale interrompit le séjour au séminaire de Lyon, et c’est privatim, en Alsace, que le séminariste termina ses études de philosophie (1914-1915). À cette époque il était déjà mobilisé dans l’armée allemande. Il servit durant toute la guerre comme infirmier, d’abord à Haguenau, puis en Roumanie et finalement sur le front français. Il fut démobilisé le 22 novembre 1918.

Le 30 novembre 1914, il avait été ordonné sous-diacre à Strasbourg par Mgr Fritzen, à qui le Père Ranchin, supérieur du séminaire de Lyon, avait fait parvenir les dimissoriales nécessaires. Dans cette situation, selon les dispositions en vigueur dans l’armée allemande, il n’était plus mobilisé en service armé. En 1914, il se trouvait comme infirmier à l’hôpital militaire de Haguenau, en même temps que le Père Joseph Vogel, qui avait été ordonné prêtre peu de temps avant le début de la guerre, le 12 juillet. Le Père Vogel et lui commencèrent en 1915 à composer une lettre circulaire, destinée en priorité à leurs condisciples mobilisés. Le Père Vogel acheta une machine pour la reproduction d’un bulletin qui, sous le nom de Brüderstimme, publia en allemand les nouvelles des soldats, des Pères en Afrique, du Séminaire, des malades, des Confrères défunts. Ce bulletin parut plusieurs fois par an jusqu’en 1919, grâce à diverses collaborations, même lorsque les fondateurs quittèrent Haguenau. Dans presque tous les numéros on peut lire un article signé Joseph Strebler. Les derniers numéros furent confectionnés à Thanvillé par le futur Père Kern, qui était encore à cette époque petit séminariste, et, après l’armistice, ils parurent en français sous le nom de Frères d’Armes qui était à Lyon le nom d’une revue similaire.

On aimera sans doute trouver ici un extrait des dernières communications de Joseph Strebler, sous-diacre des Missions Africaines de Lyon, dans le bulletin destiné à ses Confrères. Ainsi donc, pour Noël 1918, il écrit : Retenus pendant de longues années loin de notre vocation et de l’idéal de nos cœurs, exilés de notre patrie, environnés de mille dangers, nous avons souffert des privations de tout genre... Amis, l’heure de la délivrance a sonné. Au ciel, l’étoile de notre vocation brille d’un nouvel éclat... L’école apostolique, le noviciat et le Séminaire tant aimés se rouvrent en nous. Nous reverrons nos maîtres aimés, nos salles d’étude, nos vieux livres, nos chambres blanchies à la chaux ! Nous vivrons de la vie d’autrefois, c’est-à-dire nous serons heureux ! Quam dilecta tabernacula tua, Domine !... Hélas ! nous ne nous reverrons pas tous. La mort en a fauché plusieurs avant le temps ! Au Séminaire, le bien-aimé Père Ranchin, notre excellent supérieur, nous manquera... Bientôt la voix de nos maîtres nous rassemblera. Que personne ne manque à l’appel ! Messis quidem multa, operarii autem pauci.

En janvier et février 1919, les dernières parutions du bulletin donnent des avis pour la rentrée. Les apostoliques, vu les difficultés de se rendre à Keer, où les chers élèves alsaciens étaient les désirés, pourraient se rendre soit à Pont-Rousseau, soit à Mozac en Auvergne. Quant aux séminaristes, ils rentreraient au séminaire de Lyon pour le 15 février 1919. Ils partirent d’Alsace le 10 février pour Lyon.

Mgr Strebler fit ses études théologiques au grand séminaire des Missions Africaines à Lyon et, le 10 juillet 1921, il fut ordonné prêtre à Lyon par Mgr Moury, Vicaire Apostolique de Côte d’Ivoire. Trois mois plus tard, il partait pour les missions.

1921-1937 : missionnaire à la Côte d’Or (Ghana). Le 30 octobre 1921, le jeune missionnaire s’embarquait à Marseille à destination de la Côte d’Or, où il arriva le 30 novembre. Mgr Hummel, qui était le Vicaire Apostolique du Vicariat de la Côte d’Or, l’affecta à la mission de Cape-Coast, où il devint le vicaire du Père Acker. Son premier soin fut d’apprendre la langue locale, de faire la connaissance des gens de la ville et des villages. Cape-Coast était la mission principale du Vicariat Apostolique et était entouré de plusieurs stations secondaires. Le Père Strebler fut bientôt à même de faire le catéchisme et d’entendre les confessions dans la langue du pays. Il avait appris l’anglais du temps de son séminaire et il pouvait donc aussi exercer en cette langue le ministère de la prédication. J’étais heureux, a-t-il écrit plus tard ; l’idéal que j’avais rêvé était atteint. Mais quand je pouvais quitter la grande ville au bout de quelques mois, et passer des semaines entières en brousse avec les pauvres gens qui tressaillaient de joie en me voyant arriver, pour leur apporter la parole de Dieu et Dieu lui-même, mon bonheur fut à son comble. Au bout de dix à quinze jours, je revenais à la station centrale... Et puis on se mettait à raconter les péripéties du voyage, et mon cher supérieur m’écoutait avec un calme imperturbable et une bonté dont il ne s’est jamais départi.

Le Père Strebler admirait aussi beaucoup son évêque, Mgr Hummel. C’était, dit-il, un grand chef, un pasteur très aimé de son peuple, dont il parlait parfaitement la langue... Mgr Hummel mourut le 13 mars 1924. Il avait dirigé le Vicariat de la Côte d’Or depuis 1906. L’évangélisation avait bien progressé depuis ce temps. Il n’y avait, écrit encore Mgr Strebler, que 6 000 chrétiens et 23 chapelles quand Mgr Hummel avait pris possession de sa mission en 1906. À sa mort, le Vicariat comptait 55 000 catholiques et 500 chapelles, dirigées pour la plupart par des catéchistes volontaires.

Après la mort de Mgr Hummel, le Père Joseph Stauffer administra le Vicariat, en qualité de Provicaire Apostolique, jusqu’à l’arrivée à Cape-Coast, le 22 novembre 1925, du nouvel Évêque, Mgr Ernest Hauger. Entre-temps, le Père Acker étant rentré en Europe pour un congé, ce fut le Père Strebler qui dut assumer comme supérieur la direction de la station de Cape-Coast. Ses responsabilités allaient d’ailleurs se multiplier avec les années.

En 1926, Mgr Hauger fonda la première revue mensuelle catholique du Vicariat, The Gold Coast Catholic Voice. Cette revue prit beaucoup de temps au Père Strebler. Souvent rédacteur et éditeur à la fois, a-t-il écrit, les heures de la nuit se changèrent fréquemment en heures d’étude et de composition, quand la revue devait paraître et que le texte ne suffisait pas. C’était l’apprentissage de l’apostolat de la presse...

En 1927, le Père devint Visiteur, c’est-à-dire Supérieur des missionnaires s.m.a. du Vicariat, et il conserva cette charge jusqu’en 1932. À partir de 1927 aussi, l’Évêque l’associa de plus près à la direction de la Mission en le nommant Vicaire Délégué et Mgr Porter, successeur de Mgr Hauger, le maintint dans la même charge. Il avait également, en qualité de Provicaire, à prendre la direction du Vicariat lorsque le Vicaire Apostolique serait absent, ce qui se produisit trois fois : en 1930, 1933 et 1937.

Avec cela, une nouvelle activité fut encore confiée au Père Strebler, celle de constructeur. Pour commencer, il devint maître d’œuvre dans la construction de la cathédrale. Car dès son arrivée, Mgr Hauger avait décidé que Cape-Coast aurait sa cathédrale. La Mission de la Côte d’Or avait été érigée en Préfecture Apostolique en 1879 et en Vicariat Apostolique en 1901. La résidence du Chef de Mission, établie d’abord à Elmina, avait été transférée à Cape-Coast, mais en 1925, la ville épiscopale n’avait pas encore de cathédrale. Un même bâtiment servait d’école et d’église et les offices religieux étaient célébrés le dimanche dans une salle de l’école. Déjà en 1902, Mgr Albert, Vicaire Apostolique (1901-1903), écrivait : Quelle mauvaise institution que celle de ces chapelles-écoles !... La chapelle-école est une épargne que notre pauvreté nous impose, mais que d’inconvénients !

Il aurait voulu y remédier et il avait amassé des matériaux pour la construction d’une église, mais il mourut alors que ces matériaux étaient empilés sous la véranda de la mission de Cape Coast. Mgr Hummel, il est vrai, avait aussi pensé à cette construction. Mais il lui fut impossible de la réaliser. Dans le Vicariat, plusieurs stations étaient fondées et, quant à leur organisation matérielle, il fallait d’abord et avant toute autre construction, assurer des conditions de vie et de travail convenables aux missionnaires. Cela d’ailleurs avait été la ligne de conduite de Mgr Albert. Les épidémies de fièvre jaune avaient causé de grands dommages dans le personnel missionnaire au cours des premières années. L’évêque devait donc de toute nécessité pourvoir à donner des maisons d’habitation plus saines et mieux conditionnée. C’est pourquoi Mgr Albert avait pris comme principe : D’abord loger comme il faut les missionnaires.

Cependant, en 1925, la situation cultuelle à Cape Coast ne pouvait se prolonger. Cape Coast était devenu une station très importante, qui comptait plus de 3 000 catholiques. Assurément, le Pape Pie XI disait aux Évêques missionnaires que l’heure n’était pas d’élever des cathédrales grandioses ni de bâtir des palais somptueux. Mais il n’était pas question ici de monuments splendides. Et on avait respecté les directives du Pape qui veulent qu’on s’attache davantage à édifier des temples spirituels de plus en plus nombreux dans les âmes que des monuments de pierre. Le moment était donc bien venu de bâtir enfin une église à Cape-Coast. Au mois de février 1926, commencèrent les travaux préparatoires, sous la direction du Père Strebler : aménagement du terrain, fondations, et le 31 octobre 1926, l’Évêque procéda à la pose de la première pierre du nouvel édifice. Devant un peuple nombreux, accouru de toutes parts, il prononça les paroles de bénédiction : Dans la foi de Jésus-Christ, nous posons cette pierre angulaire au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, afin que dans ce lieu grandisse la vraie foi, la crainte du Seigneur et la charité fraternelle.

Deux ans plus tard, le 18 novembre 1928, la cathédrale achevée fut solennellement ouverte au culte. Construite en forme de croix latine, elle a 53 m de long sur 15 de large. Elle domine la ville et la mer. Retenons pour le détail une note de Mgr Strebler : Dans ce bâtiment les portes et les fenêtres, les vitraux et le fer des poutres en béton sont pris sur les matériaux de Mgr Albert. Les vitraux (4 : s. Augustin, s. Cyprien, s. Pierre Claver, s. Jean de Matha) proviennent de notre première chapelle de Chamalières. Le Sacré-Cœur du centre a été donné par mes parents. (note du 8.4.1973).

La cérémonie de la bénédiction solennelle de la cathédrale couronna le premier séjour en mission du Père Strebler. Huit jours plus tard, il partit pour la première fois en congé en France, où il arriva quelques jours avant Noël 1928. De retour à Cape Coast le 20 août 1929, il reprit immédiatement ses activités missionnaires.

En mai 1930, on célébra le cinquantième anniversaire de l’arrivée des premiers missionnaires à Elmina, le 18 mai 1880. C’étaient les Pères Moreau et Murat. Le Père Murat mourut deux mois et 14 jours après son arrivée. Le Père Moreau fonda la mission d’Elmina. Pour commémorer ce 50e anniversaire de l’arrivée des missionnaires, des fêtes furent organisées. Mgr Hermann, Vicaire Apostolique de la Basse-Volta, en l’absence de Mgr Hauger, célébra une messe pontificale le 18 mai. Le Père Strebler, prononça le sermon de circonstance, invitant les fidèles à remercier le Seigneur pour les bienfaits accordés aux peuples de la Côte d’Or pendant le demi-siècle écoulé, et rappelant les jours héroïques des Pères Moreau et Murat et des premiers missionnaires : ce sont 65 missionnaires qui, en 50 ans, sont morts à la tâche, à la fleur de l’âge, 3 évêques, 40 prêtres et 22 religieuses.

Ces fêtes du cinquantenaire, en même temps qu’une action de grâces à Dieu et un hommage aux premiers missionnaires, étaient un encouragement à poursuivre avec ardeur l’œuvre de ces valeureux ouvriers de l’évangile. L’effort missionnaire était soutenu. Du temps de Mgr Hauger, de nouvelles stations résidentielles furent encore ouvertes et le Vicaire Apostolique fit en sorte que toutes les stations soient dotées d’églises convenables et que disparaisse le déplorable système des chapelles-écoles. Il fit aussi bâtir de nouvelles résidences pour les missionnaires en plusieurs localités.

Dans ce domaine de la construction, on avait fait encore appel au Père Strebler. Son rôle n’était pas terminé avec la construction de la cathédrale de Cape-Coast. Il eut encore à s’occuper de bâtir deux établissements très importants à Amisano : l’École Normale Catholique et le Séminaire (grand et petit séminaire) de Sainte-Thérèse.

L’École Normale d’instituteurs (The Teacher’s Training College of Amisano) fut inaugurée officiellement par le Gouverneur de la Colonie, le 15 janvier 1930. Les bâtiments scolaires furent bénits par Mgr Hermann lors des fêtes du cinquantenaire d’Elmina, le 20 mai 1930, et, après la bénédiction du Collège eut lieu la pose de la première pierre du Séminaire. Enfin, le 4 octobre 1931, le Père Strebler, avec l’autorisation de Mgr Hauger, bénit solennellement le nouveau bâtiment du Séminaire d’Amisano. Lui-même devint le Supérieur du Séminaire et il y était professeur, en même temps qu’il était directeur et professeur à l’École Normale.

Mgr Hauger quitta la Gold Coast en octobre 1932. Son successeur fut Mgr Porter, ancien Préfet Apostolique de Kano. Le Père Strebler resta le collaborateur du nouvel Évêque comme Provicaire et conseiller, tout en continuant de résider à Amisano. En février 1932, le territoire de la Côte d’Or avait été divisé en deux Vicariats : le Vicariat Apostolique de la Côte d’Or et le Vicariat Apostolique de Kumasi.

La création du Séminaire avait été particulièrement appréciée par le Père Strebler. Le Vicariat de la Côte d’Or n’avait pas encore de prêtre originaire du pays. Mgr Hummel avait conféré la prêtrise à un séminariste africain, l’Abbé Dogli, le 2 juillet 1922. Mais celui-ci était originaire de la Colonie allemande du Togo et lorsque fut créé la Vicariat Apostolique de la Basse-Volta, en 1923, le nouveau prêtre fut affecté à ce Vicariat qui était celui de son pays d’origine. Ce fut le Père Strebler qui eut la joie de préparer au sacerdoce les deux premiers prêtres originaires de la Côte d’Or. Il les avait connus petits enfants et leurs avait donné les premières leçons de latin en 1924. C’étaient deux fils de la grande tribu des Fantis, Georges Ansah et Francis Menyah. Ils reçurent l’ordination sacerdotale des mains de Mgr Porter à la cathédrale de Cape Coast, le 8 décembre 1935. La première messe eut lieu le lendemain au Séminaire d’Amisano. Ce 8 décembre 1935, a dit Mgr Strebler, a été un de plus beaux jours de ma vie de missionnaire.

Le Père Strebler vint en congé en Europe au mois d’octobre 1936 et il retourna à la Côte d’Or au mois de mars 1937. Il reprit ses fonctions de Vicaire Général et, après Pâques 1937, Mgr Porter étant rentré malade en Angleterre, il lui revint d’assumer, comme Provicaire, la direction du Vicariat.

Or le 18 mai 1937, était érigée au Togo la Préfecture Apostolique de Sokodé et, le 24 juillet, le Père Strebler était nommé Préfet Apostolique de cette Préfecture. Ce n’est pas sans tristesse qu’il quitta la Mission de la Côte d’Or qu’il avait beaucoup aimée. Mais il ne voulut pas se soustraire à cette épreuve que l’obéissance lui demandait. Il arriva une première fois dans la Préfecture du Togo Nord le 26 novembre 1937 et il visita toute la Préfecture où il reçut partout le plus fraternel accueil de la part des missionnaires. Mais il dut revenir à Cape Coast où Mgr Porter ne reviendrait que le 1er février 1938, et il se fixa définitivement à Sokodé le 8 février, ayant quitté Cape Coast le 4 février 1938.

1937-1946 : de 1937 à 1946 Mgr Strebler fut Préfet Apostolique de Sokodé et l’histoire de sa vie se confond avec celle de la Préfecture. (cf. art. du Ralliement N° 55 et N° 56, et La Croix sous les Palmiers, février 1938). Lui-même en 1946, en donna sommairement une vue d’ensemble dans les termes suivants : J’avais toujours désiré évangéliser les pauvres. Plus pauvres que les populations que Dieu m’avait confiées maintenant, on ne pouvait trouver. En Côte d’Or j’avais surtout été moissonneur. Je récoltais là où d’autres avaient semé. À Sokodé j’allais devenir avant tout défricheur et semeur. Et Mgr poursuit en disant que, à la pauvreté s’ajoutèrent d’autres épreuves et cela, dès la première année, qui fut une année dure : l’incendie et l’ouragan détruisirent deux missions ; au mois d’août 1938, la mort enlevait à la mission un grand missionnaire, le Père Georges Krauth, qui fut victime d’un accident. Mais enfin, les difficultés, peu à peu, furent surmontées. L’évangélisation fit de grands progrès, des écoles furent ouvertes, de nouvelles stations furent fondées, la Préfecture compta de nombreux catéchistes, bien formés, une école cléricale accueillit les jeunes gens qui présentaient des signes de vocation, etc. Si bien que, en 1946, Mgr, si démuni au début, se voyait maintenant arrivé au temps des moissons.

Pour résumer, citons aussi le journal Présence Chrétienne, qui écrivait en 1971 (année de jubilé de Mgr) : À l’arrivée de Mgr Strebler à Sokodé, il n’y avait que cinq prêtres, pas de religieuses, aucune école et seulement 772 catholiques. À son départ, en 1946, il y avait 3 532 catholiques, 3 529 catéchumènes, et 2 133 élèves dans les écoles de la mission, plusieurs jeunes gens au petit séminaire et plusieurs jeunes filles au noviciat ; deux congrégations de religieuses étaient à Sokodé et à Yadé.

1946-1962 : Mission de Lomé. Le 3 mars 1945, Mgr Cessou, Vicaire Apostolique de Lomé, mourut. Au mois d’avril, le Père Riebstein fut nommé administrateur apostolique et il administra le Vicariat jusqu’au 11 décembre 1946, date de prise en charge par Mgr Strebler, nommé Vicaire Apostolique le 8 novembre 1945. Le Vicariat de Lomé fut érigé en Archidiocèse le 14 septembre 1955 et Mgr Strebler fut promu Archevêque. Il démissionna de l’archevêché de Lomé le 10 juin 1961 pour passer sa houlette pastorale à un fils du pays. Il fut alors nommé administrateur apostolique de Lomé, en attendant la prise de possession par son successeur, Mgr Robert Dosseh, au mois de juin 1962. Après cette date, Mgr Strebler rentre en Europe. Il arrive à Saint-Pierre le 26 juin 1962.

Il avait passé 41 années d’apostolat en Afrique, dont il a pu dire : Belles années de mission, qu’on ne peut évoquer sans émotion et sans une immense gratitude au Seigneur, qui a été mon guide et mon protecteur de chaque instant.

Nommé Vicaire Apostolique de Lomé le 8 novembre 1945, Mgr Strebler se décida à rentrer en France où il recevrait pendant son séjour l’ordination épiscopale. Mais avant de quitter le Togo, il devrait attendre le passage du Visiteur Apostolique, le Père Prouvost. Celui-ci arriva à Lomé le 1er avril 1946. Mgr l’accompagna à travers tout le Togo, depuis la mer jusqu’à Bombouaka. Puis il quitta Sokodé le 18 avril et Lomé le 24 avril, et arriva à Marseille le 2 mai. L’ordination épiscopale eut lieu le 29 juin à la basilique de Marienthal. Monseigneur la reçut des mains de Mgr Weber, évêque de Strasbourg, assisté de Mgr Paulissen, évêque de Kumasi, et de Mgr Kirmann, évêque de Sassandra. La cérémonie fut vraiment magnifique, dit Mgr Strebler : le clergé d’Alsace en fit une fête missionnaire de premier ordre.

En automne, Mgr Strebler se rendit à Rome pour la visite ad limina. Il y arriva le 24 octobre et il fut reçu, le 4 novembre, en audience privée par le Saint-Père à Castel-Gandolfo. Le 30 novembre il s’embarqua à Marseille pour Lomé sur le S/S. Ville d’Oran.

Le 11 décembre 1946, à la levée du jour, le S/S. Ville d’Oran jetait l’ancre devant Lomé. Une délégation du clergé vint à bord souhaiter la bienvenue à l’évêque. M. le Gouverneur, qui avait envoyé M. l’Administrateur pour le saluer à bord également, l’attendait lui-même au bout du wharf pour lui dire sa joie. Arrivé à terre, Monseigneur vit toute la chrétienté de Lomé qui attendait avec le Père Riebstein et le clergé du Vicariat qui avait pu venir des stations les plus proches. On se rendit en procession à la cathédrale où, la Bulle de nomination étant lue et traduite en éwé et en français, l’évêque adressa pour la première fois la parole à ses ouailles. Il leur dit son affection et le désir de consacrer sa vie entière à leur salut et à leur bonheur. En même temps, il leur indiquait les grandes lignes de son programme de travail. Ce programme d’action tendrait à rechercher avant tout à poursuivre les efforts engagés par Mgr Cessou dans trois directions principales. Mgr Cessou, en effet, lors des fêtes du jubilé d’or de la Mission en 1942, avait souligné trois grands problèmes à résoudre dans l’avenir immédiat du Vicariat : Celui, disait-il, de notre jeunesse et de nos écoles, celui de nos familles chrétiennes, celui de notre clergé togolais.

Quelques jours après son arrivée à Lomé, Mgr Strebler, pour bien connaître la situation réelle du Vicariat, commença une première tournée, pendant laquelle, du 16 décembre 1946 au 25 janvier 1947, il visita 15 stations principales, de Lomé à Tomegbé.

Il n’est pas possible de décrire en quelques pages toute l’activité pastorale de Mgr Strebler dans la Mission de Lomé. À défaut d’une histoire complète et détaillée de la Mission, on pourra se reporter pour l’essentiel aux auteurs cités précédemment (Müller, Douau, Knittel) et aux articles publiés par Mgr lui-même dans les Revues de notre Province.

Le Journal Présence Chrétienne, en 1971, à l’occasion des noces d’or sacerdotales et du jubilé épiscopal de Mgr Strebler, énumère sommairement les principales réalisations missionnaires de Monseigneur dans l’Archidiocèse de Lomé. Il construisit plusieurs collèges, un petit séminaire, un noviciat, de nombreuses écoles, des hôpitaux, dispensaires, une pouponnière. Fonda une quinzaine de nouvelles stations. Fit venir de nouvelles congrégations d’hommes et de femmes. À son arrivée, il y avait, dans le futur Archidiocèse de Lomé, 94 839 catéchumènes, 40 prêtres (dont 5 Togolais), 4 Frères et 28 Religieuses dont 1 Togolaise. À son départ, il y avait plus de 203 000 baptisés et 17 000 catéchumènes, 26 paroisses principales, 80 prêtres (dont 47 des Missions Africaines et 20 Togolais), 14 Frères, 113 Religieuses (dont 41 Togolaises) et plus de 35 000 élèves dans les écoles de l’Archidiocèse.

Pour ne pas que tout soit passé sous silence, mentionnons rapidement quelques faits et quelques dates.

1) La formation du clergé autochtone était une des préoccupations majeures du programme pastoral de Mgr Strebler. En 1950, le Clergé togolais ne comprenait que 4 prêtres : P. Henri Kwakumé, ordonné prêtre le 23 septembre 1928, P. André Anaté, ordonné le 20 décembre 1931, P. Gérard Fini, ordonné le 24 mars 1934 et le P. Jean Gbikpi, ordonné le 20 décembre 1942. Il n’y avait pas eu d’autres ordinations, sauf celle du P. Georges Kpodar, qui fut ordonné le 20 décembre 1931, mais qui était décédé le 20 août 1949. Mgr Strebler avait rendu hommage à ce prêtre, excellent pasteur d’âmes, très surnaturel... qui a passionnément aimé les âmes et s’est dépensé sans compter pour la cause de son peuple... qui a donné l’exemple d’une vie sacerdotale toute faite de dévouement, de patience et de bonté, vouée entièrement à Dieu et aux âmes. À la louange du défunt, Mgr citait encore la magnifique école à six classes de Noépé, la plus belle de tout le Vicariat, solennellement bénite le 1er janvier 1949, et une traduction en Mina du nouveau Testament.

En 1950, Mgr Strebler eut la joie d’annoncer l’ordination du 6e prêtre du Togo : dans une lettre pastorale à son clergé et au Vicariat, le 8-12-1950, il annonçait l’ordination sacerdotale de l’Abbé Bernard Ogouki Atakpa. Elle devait avoir lieu le 14 janvier 1951 dans l’église d’Amoutivé. Chrétiens togolais, écrivait l’évêque, venez nombreux saluer votre nouveau prêtre et recevoir sa première bénédiction. Venez vous réjouir avec les heureux parents de l’ordinand. Venez encourager ceux de nos enfants qui, au nombre de 70, se préparent actuellement au sacerdoce, au grand et au petit séminaire de Ouidah. Ils incarnent le plus magnifique espoir de notre église de demain.

Désormais le nombre des prêtres togolais allait aller en augmentant. Les grands séminaristes étaient confiés au Séminaire Saint-Gall de Ouidah. C’est également Ouidah qui recevait les petits séminaristes. Mais pour ceux-ci, il y avait des inconvénients à les envoyer hors de leur pays, et, avec le temps, le nombre des candidats augmentant, il devint difficile de grouper au même lieu les candidats des deux territoires, Togo et Dahomey. C’est pourquoi Monseigneur ouvrit son propre petit séminaire en octobre 1955. C’était le petit séminaire Saint-Pierre-Claver. Provisoi¬rement et pour les premières classes seulement, ce séminaire fonctionna à Togoville. Le petit séminaire Saint-Pierre-Claver définitif fut construit à Lomé-Tokoin : la première pierre en fut bénite et fixée le 9 septembre 1956. Les bâtiments essentiels étaient terminés pour la rentrée de 1957.

Au 1er octobre 1956, les effectifs des séminaristes étaient les suivants : 12 théologiens, 4 élèves de philosophie, 52 petits séminaristes à Togoville et 37 petits séminaristes à Ouidah.

2) Une heureuse réalisation fut, en 1948, l’ouverture du Collège Saint-Joseph à Lomé. La première pierre pour les bâtiments du Collège fut posée le 12 septembre 1948. Mgr Strebler fit un sermon qui commençait ainsi : En ce jour, qui figurera en lettres d’or dans les annales de notre mission à cause de la bénédiction et de la pose de la première pierre de notre futur Collège, laissez-moi vous exposer brièvement pourquoi vous devez aimer et soutenir l’école chrétienne et assurer à vos enfants une éducation selon les principes de notre sainte foi...

La rentrée de 1948 s’effectua le 4 novembre dans des locaux provisoires, ce qui fut fait encore en 1949 le 6 octobre. Le Collège Saint-Joseph de Lomé occupa ses locaux définitifs à partir du 1er janvier 1950. L’inauguration solennelle eut lieu le dimanche 22 octobre 1950, en présence des hautes personnalités de Lomé et des nombreux amis de la mission catholique.

3) Sœurs de Noépé. La congrégation des Petites Servantes Togolaises des Saints-Cœurs de Jésus et de Marie fut fondée par Mgr Strebler le 15 août 1952. La S. C. de la Propagande approuva les Constitutions le 13 avril 1953. La Maison-Mère et le noviciat se trouvent à Noépé. La première cérémonie de vêture (six novices) a eu lieu au noviciat de Noépé le 22 août 1955. En 1960, il y avait 17 professes togolaises et autant de novices et postulantes. La Congrégation se donne à l’éducation des filles dans les écoles primaires, au soin des malades, à l’enseignement du catéchisme...

4) En 1950, à l’occasion de l’Année Sainte, fut organisé un Pèlerinage Africain à Rome. Le Vicariat de Lomé y envoya 18 délégués. Ils revinrent pleins d’enthousiasme, heureux d’avoir vu le Saint-Père, émerveillés par sa paternelle bonté et son rayonnement universel... Aux mois d’août et septembre 1954, Mgr Strebler lui-même conduisit à Rome et à Lourdes des Pèlerins Africains du Togo, du Dahomey et de la Côte d’Ivoire. Les Pèlerins dans ce pèlerinage témoignèrent, eux aussi, dignement de la foi profonde des jeunes Églises, et par leur piété et leur bonne tenue ils édifièrent grandement ceux qui les virent.

5) Indépendance du Togo. En novembre 1958, l’Assemblée Générale de l’O.N.U. décida, en accord avec la France et à la demande de la Chambre des Députés du Togo, que cesse l’accord de tutelle du 13 décembre 1946, qui confiait à la France la tutelle du Togo Français et que l’indépendance du Togo soit proclamée en 1960. Cette Résolution étant votée, la Chambre des Députés du Togo a fixé au 27 avril 1960 la proclamation de l’indépendance.

L’Église du Togo participa aux festivités organisées pour la proclamation de l’indépendance. Dans sa prière elle confia au Seigneur l’avenir de la nouvelle République. Les fêtes commencèrent au stade municipal de Lomé, par une messe pontificale célébrée par Mgr Maury, Délégué Apostolique, en présence de tous les Membres du Gouvernement et d’une foule nombreuse. Une procession était partie des diverses paroisses de Lomé, au chant de l’Ave Maria de Lourdes et du cantique Chez nous soyez Reine traduit en Ewé.

À la fin de la messe, Mgr Maury donna lecture d’un message de Jean XXIII au peuple togolais. Ce message, daté du 13 avril 1960, commençait ainsi : À la veille de la proclamation solennelle de l’indépendance de la République du Togo, nous avons accueilli avec bienveillance la demande que nous faisaient le Clergé et les Fidèles Togolais, par l’intermédiaire de notre Vénéré et cher Frère Mgr Joseph Strebler, Archevêque de Lomé, et c’est très volontiers que nous vous adressons ce message de félicitations et d’encouragement...

Le 26 avril 1960, Mgr Strebler consacra le Togo à la Sainte Vierge, au cours d’une messe pontificale célébrée par Mgr John Aggey à l’église d’Amoutivé.

6) Hiérarchie ecclésiastique. La hiérarchie ecclésiastique fut établie en Afrique francophone le 14 septembre 1955. Le Togo fut érigé en Province ecclésiastique. Lomé devint Archevêché et son titulaire devint Archevêque. Mgr Strebler fut ainsi le premier Archevêque de Lomé. Le Cardinal Tisserand vint à Lomé pour procéder à l’intronisation de l’Archevêque le 24 février 1956.

Quelques années plus tard, après avoir africanisé peu à peu son diocèse, Mgr Strebler pensa que le moment était venu de passer sa houlette pastorale à un fils du pays. Le 10 juin 1961, il offrit sa démission au Saint-Père Jean XXIII. La démission fut acceptée le 24 juillet et Monseigneur fut nommé Administrateur Apostolique de l’Archidiocèse jusqu’à la prise de possession par son successeur. Celui-ci, Mgr Dosseh-Anyron, fut nommé le 4 avril 1962 et reçut l’ordination épiscopale le 10 juin 1962. On pourra lire le récit de ces événements dans une brochure du Père Cadel : L’Archevêque Européen de Lomé cède sa place à un Archevêque Africain.

Mgr Strebler quitta le Togo le 23 juin 1962. Le soir du 23 juin, a-t-il dit, alors que je prenais l’avion pour Paris, le cœur un peu serré, la fanfare de Lomé jouait : Ce n’est qu’un au revoir ! J’ajoutais dans mon for intérieur : Oui, un au revoir au ciel.

1962-1984 : Saint-Pierre. Mgr Strebler arriva à Saint-Pierre le 26 juin. Durant l’hiver 1962-1963, il séjourna à la Maison Généralice à Rome. Il se retira définitivement à Saint-Pierre le 6 décembre 1963. Il participa aux sessions du Concile Vatican II, 1962-1965. Ce fut, dit-il, une des plus grandes grâces de ma vie. En Alsace, pendant plusieurs années, il prit part aux tournées annuelles de confirmation dans les paroisses, à travers tout le pays, depuis Wissembourg jusqu’à Altkirch. Dans la solitude de Saint-Pierre, il fit beaucoup de recherches historiques, surtout sur les Missions. À Saint-Pierre, note le Père Douau, il a réuni tous les documents nécessaires pour la composition non seulement de l’histoire du Togo, mais aussi du Ghana. (cf. Ralliement 2/1984 : une retraite laborieuse).

Mgr Strebler est décédé à Saint-Pierre le 12 mars 1984. Les funérailles furent célébrées le 17 mars dans la cathédrale de Strasbourg et furent présidées par le Cardinal Gantin. L’inhumation eut lieu au cimetière des Pères et Frères des Missions Africaines, à Saint-Pierre. (cf. Ralliement 2/1984, p. 11-18). Il n’était pas question dans ces pages de composer un éloge de Mgr Strebler. On n’a même rien dit de ses qualités humaines et de ses vertus surnaturelles. Mais avant de le quitter, et pour honorer aussi les souvenirs de ceux qui l’ont connu, il faut du moins souligner qu’il fut un homme de haute sagesse, pleinement zélé pour travailler au règne de Dieu, et portant dans son cœur, à l’égard de tous, les sentiments d’une grande bonté.