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Société des Missions Africaines – Province de Lyon

BIGORGNE Henri né le 25 janvier 1919 à Cambout
dans le diocèse de Saint-Brieuc, France
membre de la SMA le 10 août 1942
prêtre le 17 mais 1946
décédé le 16 avril 1950

1946-1950 missionnaire en Côte-d'Ivoire

décédé à Gagnoa, Côte-d'Ivoire, le 16 avril 1950,
à l’âge de 31 ans


Le père Henri BIGORGNE (1919 - 1950)

A Gagnoa (Côte-d'Ivoire), retour à Dieu du jeune père Henri Bigorgne, qui promettait beaucoup et en était à son premier séjour, à l'âge de 31 ans.

Henri Bigorgne était né en 1919 dans le diocèse de Saint-Brieuc. Il fit ses études au séminaire des vocations tardives à Martigné et fut ordonné prêtre à Lyon en 1946. Il fut de suite nommé au vicariat de Sassandra, en Côte-d'Ivoire.

Arrivé à Gagnoa en décembre 1946, le père Bigorgne se révéla un rude broussard et un marcheur infatigable. Accompagné de deux ou trois jeunes gens, et muni d'un minimum indispensable: sa caisse chapelle, une couverture, une bonne provision de cartouches et son inséparable fusil, le père parcourait la brousse. En quelques mois, il avait visité à peu près tous les villages rattachés à Gagnoa et pouvait établir la carte de la région avec une minutieuse précision. Plus d'un catéchiste l'accompagnant dans ses tournées devait s'avouer vaincu par la fatigue, tandis que le père marchait toujours du même pas long et décidé. C'est chez eux, dans les villages, qu'il voulait connaître les chrétiens, les catéchistes, les moniteurs, les catéchumènes et tous les païens.

- "Père, il faut retourner", lui dit un jour le catéchiste qui l'accompagnait. Il venait d'apprendre que la rivière Dave, qu'ils devaient traverser, avait démesurément grossi et que les troncs servant de pont étaient recouverts par la crue.
- "Pourquoi retourner?"
- "La rivière est trop large".
- "Pas pour un Breton!" réplique le père en continuant son chemin.

Le père se jette à l'eau. Comme les porteurs n'osaient le suivre, il fit plusieurs fois le va-et-vient pour donner confiance à ses hommes. Porteurs et bagages passèrent sans encombre. Cette aventure jointe à quelques bons coups de fusil, en particulier celui qu'il donna une nuit sur un éléphant qui pillait les greniers à mil, avait donné au père Bigorgne une grande popularité qu'il exploitait pour l'apostolat. Le calme, l'énergie, l'union à Dieu, le dévouement absolu étaient les qualités dominantes du jeune père, silencieux et discret jusqu'à l'effacement.

En mars 1949, le père Bigorgne était nommé à la mission naissante d'Issia où il se mit à l'oeuvre avec ardeur, ténacité et méthode. Logeant dans une case, il se mit à construire une maison en dur et ouvrit une école où les élèves ne tardèrent pas à arriver. Malgré les travaux de lancement à la station principale, le père réussissait à s'échapper de temps en temps et il devint vite l'ami des chefs de canton et de village. Les confrères qui ont entendu les "Bétés" d'Issia parler de leur père ont pu constater à quel point il était aimé. Tout allait pour le mieux: les constructions avançaient, 4 écoles de village allaient s'ouvrir, les villageois y collaboraient, quand la mort vint arrêter le père en pleine activité.

Le 3 avril, le père était venu à Gagnoa pour faire divers achats de serrures, de charnières et autres dont il avait besoin pour sa maison d'Issia. Le soir, fiévreux, il doit s'aliter. On pense à une crise de paludisme. Le docteur diagnostique une paratyphoïde. Le père, si solide et si optimiste, désespère de revoir Issia et dit que sa mère mourra de chagrin en apprenant sa mort. Le samedi "in albis", il annonce au père Malval qu'il les quitterait le lendemain. Puis, parfaitement lucide et maître de lui, la malade se confessa, reçut les derniers sacrements, dicta ses dernières volontés et offrit sa vie pour l'Afrique et sa famille. Il mourut le dimanche matin, à l'heure où ses chers chrétiens d'Issia, rassemblés pour la messe, priaient pour lui.