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Société des Missions Africaines – Province de Lyon

BOIRON Louis né le 25 juillet 1926 à Terrenoire
dans le diocèse de Saint-Etienne
membre de la SMA le 27 octobre 1947
prêtre le 12 février 1951
décédé le 17 avril 2013

1951-1959 Memni (Abidjan), vicaire
1959-1961 Memni, curé
1961-1969 Abidjan, Saint-Michel d’Adjamé, curé
1969-1974 Dabou (Yopougon), régional
1974-1978 La Croix-Valmer, supérieur
1978-1986 au service du diocèse de Toulon
1981-1982 année sabbatique
1986-1987 Abidjan, Saint-Michel, vicaire
1987-1991 Abidjan, Saint-Michel, curé
1991-1995 Abidjan, Ste Thérèse de Marcory, prêtre habitué
1995-2003 Moossou (Gd-Bassam), aumônier des sœurs de la Paix
2003-2009 Chamalières,
2009-2013 Montferrier, retiré

décédé à la clinique de Castelnau, le 17 avril 2013,
à l’âge de 86 ans


Le père Louis Jean BOIRON - 1926-2013

Il est originaire de Terrenoire, dans la banlieue de Saint-Etienne, ville qui, dit-il, se réveille chaque matin ensevelie sous un épais brouillard de fumée, à cause de ses mines de charbon et de ses aciéries. Il naît en 1926 dans une famille qui avait quitté sa ferme et sa montagne pour venir s'enfermer dans cette ville de poussière et de bruits, comme beaucoup d'autres cultivateurs, pour y trouver du travail. Ses parents tenaient un petit commerce de chaussures et son papa en assurait les réparations dans un atelier de cordonnerie. Il est le quatrième d'une famille de cinq enfants, très chrétienne, où il compte des deux côtés, paternel et maternel, des prêtres, une religieuse et un frère des Ecoles chrétiennes.

Très tôt il a le désir d'être prêtre et, dès l'âge de 11 ans, il entre à l'école cléricale de l'Enfant Jésus, à Saint-Etienne. Au bout de trois ans, en 1940, il entre au petit séminaire de Montbrison (dans la Loire), où il termine ses études secondaires et, en 1944, il est admis au grand séminaire de philosophie Saint-Joseph, à Lyon-Francheville. Précisons qu'à cette époque, Saint-Etienne fait partie du diocèse de Lyon. Le supérieur du séminaire écrit : "Excellent enfant, grand nerveux, un peu trépidant, […] il a les avantages et les inconvénients de son tempérament : facilement enthousiaste, généreux, mais parfois un peu agité, et assez sensible à un reproche comme à un compliment." (29/05/46) C'est à la fin de ses deux années de philosophie qu'il fait sa demande pour entrer aux Missions Africaines. Après trois ans de théologie au 150, il résilie son sursis et fait 11 mois de service militaire à Poitiers ; puis il revient à Lyon pour y terminer sa théologie et est ordonné prêtre en 1951 par le cardinal Gerlier.

Affecté en Côte d'Ivoire chez Mgr Boivin, il est nommé à Memni, vicaire du père Le Glatin, avant le retour de congé du père Chauvet. C'est en remontant la Comoé dans la pétrolette de l'administration qu'il découvre "ces petits villages installés au bord de l'eau où, autour des pirogues amarrées, les enfants se baignaient. […] De Memni, je garde le meilleur souvenir. D'abord vicaire, j'avais la joie d'arpenter les pistes en forêt pour rejoindre les villages." (ses souvenirs) Il en visite 18 le long de la route. Plus tard, quand il sera responsable de la paroisse, il aura deux vicaires, et c'est à eux qu'il confiera la visite des villages. Malgré les distances et les communications difficiles, les rencontres entre confrères sont des moments privilégiés : visites régulières au père Méraud à Dabré, visites régulières du père Vest de Bonoua qui venait en pétrolette, puis les derniers kilomètres en vélo, pour la confession des religieuses de la mission.

En 1961, Mgr Yago, en poste depuis une année lui demande de prendre la succession du père Rossignol à la paroisse de Saint-Michel d'Adjamé : "J'hésitais un peu : on ne passe pas de la brousse à la ville aussi facilement. […] A cette époque, notre paroisse était une véritable usine, car elle s'étendait depuis Anyama jusqu'au pont de l'Agnéby, avant d'arriver à Dabou. Nous avions une communauté importante de prêtres et de résidents. Malgré les nombreuses ethnies, nous formions une vraie famille où il faisait bon vivre, où régnait l'entente, la joie et le partage." (ses souvenirs) En 1969, il est nommé régional pour la Côte d'Ivoire. Il quitte Abidjan pour cette grande maison construite à Dabou par le père Lombardet, surnommée l'Ambassade et construite avec des briques arrivées de France par paquets-poste ! Dans l'accomplissement de cette charge, il apprend à connaître les villes et les villages des forêts et des savanes, sauf la région du nord confiée à la Province de Strasbourg de l'époque. Il écrit : "Si aujourd'hui existent de belles routes recouvertes de macadam, en ce temps-là nous jouissions des douceurs de la tôle ondulée et de la poussière des camions de billes." (ses souvenirs) En 1973, il participe aux Assemblées générale et provinciale, et c'est à l'issue de cette dernière qu'il est nommé supérieur à La Croix-Valmer. Il remplace à ce poste Mgr Boucheix qui vient de subir une grave opération. Le Conseil provincial louera son extrême gentillesse auprès des confrères au cours des quatre années qu'il va passer à ce poste.

Après quatre ans à La Croix-Valmer, il demande à rester encore deux ans en France pour être plus près de sa maman. Le Conseil lui propose une insertion dans la pastorale des migrants ; il tâte le terrain dans la région parisienne, puis à Toulouse, à Perpignan, à Marseille. Finalement, c'est Toulon qui est choisi pour une pastorale auprès des immigrés africains noirs. Il a été question pendant un temps d'un engagement avec René Faurite, mais ce dernier partira au Nigeria. Louis Boiron s'engage seul. Un contrat est signé entre les Missions Africaines et l'évêque de Toulon. Il est engagé à mi-temps dans le diocèse comme aumônier des migrants et à mi-temps comme vicaire en paroisse, et pendant les 8 années qu'il va passer dans le diocèse de Toulon, coupées par une année sabbatique, il sera vicaire dans trois paroisses différentes. Très satisfait des deux premières années passées à Toulon il demande une troisième année pour avoir une expérience plus complète. En 1980, il fait un rapport un peu détaillé sur son travail et il écrit: "En plus d'une présence à ce milieu, le but que je poursuis est de découvrir parmi les adultes et les jeunes les valeurs et les personnalités qui, après formation, seraient capables d'assurer la responsabilité de ces diverses communautés chrétiennes." (16 mai 1980) Il fait même un petit séjour de 6 mois en Afrique, "pour une meilleure connaissance des lieux d'origine de nos immigrés, pour y faire une approche des coutumes et du dialecte le plus répandu." (4 mars 1981)

Ses impressions sur le monde des immigrés : "Une impression d'écrasement par l'étendue et la complexité de ce monde des immigrés qui vous oblige à la connaissance de tous les problèmes qui font cette société d'aujourd'hui : ne faut-il pas toucher à tous les domaines, celui du travail, du chômage, des syndicats, de la législation pour les immigrés, de sa mouvance, de la protection de l'action sanitaire et sociale et de toutes les particularités de toutes ethnies rencontrées. Deuxième impression, celle de l'isolement, de la solitude. […] Il faut du temps pour se faire admettre, pour faire son trou." (étranger auprès des immigrés, mais aussi dans le diocèse : ( qu'est-ce que vous pouvez bien faire avec ces gens-là ?) Et puis il y a la langue: "seul le dialecte permet une vraie rencontre." (6 mars 1981)

En juin 1982, après le décès de sa maman, son contrat n'étant pas renouvelable automatiquement, il écrit que rien, désormais, ne s'oppose à son retour en Afrique. Le Conseil provincial lui fait alors plusieurs propositions qui sont toutes abandonnées les unes après les autres : responsable à Chaponost, procureur à la rue Crillon, responsable à Chamalières. Finalement, le diocèse de Toulon le nomme vicaire à La Seyne-sur-mer où il va rester encore quatre ans, et où il continue son action auprès des Africains : "Mon action auprès des immigrés, spécialement auprès des Africains noirs, est très discrète. A certains jours, je les enverrai tous au diable! et puis je constate une fois de plus que c'est le Seigneur qui fait lever le blé quand il lui plait. Parce qu'on a quelques idées, parce qu'on fait quelques visites, je voudrais avoir des résultats immédiats. Cela viendra certes, mais demain." (19 juin 1985)

Parmi ces Africains, il y avait de nombreux Sénégalais ; il peut ainsi profiter des cassettes éditées en Woloof par les pères spiritains : "Je garde le meilleur souvenir de ce travail très particulier qui me permettait de passer un temps en paroisse et un autre temps aux visites dans les différents quartiers et cités des banlieues de cette ville portuaire et industrielle où, à la Seyne-sur-mer, s'étendaient les chantiers navals. […] A travers ces familles visitées, je découvrais une autre culture, et surtout une manière très particulière d'assurer la catéchèse de toutes ces familles dispersées à travers les différentes cités de la banlieue de Toulon. […] A chaque visite des les familles, je distribuais des cassettes, les leçons de catéchisme, ce qui permettaient aux mamans, chaque matin, en même temps qu'elles faisaient leur ménage, d'entendre autant de fois qu'elles le voulaient la leçon de catéchisme ou un commentaire sur le passage d'évangile du dimanche." (ses souvenirs)

Il faut signaler également que c'est lui qui, étant sur place dans le diocèse de Toulon, a été chargé au nom du Conseil de veiller au transfert des restes de nos confrères décédés à la Croix dans le cimetière de la commune de Cavalaire.

En 1986, sur une demande du cardinal Yago, il est tout heureux de rejoindre Abidjan. Il accepte pour commencer de faire un essai d'une année, et finalement il restera 10 ans sur la ville, d'abord à Saint-Michel, où il sera vicaire du père Albert Bogard, puis responsable. Il retrouve là de nombreuses connaissances. Il écrit qu'après tant d'années d'absence dans le ministère pastoral, il se sentait dépassé par la situation. Aussi, après 5 ans de service, il offre sa démission qui est acceptée. C'est ainsi qu'il vint rejoindre le père Joseph Aké comme prêtre habitué à la paroisse Sainte-Thérèse de Marcory. En arrivant, deux choses le frappent particulièrement : le nombre des catéchumènes chez les écoliers, les jeunes, les adultes, et encore plus l'importance du renouveau charismatique : "Pour vous donner une idée de la dernière manifestation du renouveau, la nuit du 31 décembre au 1er janvier, ils étaient 12 000 à veiller sur l'esplanade de la cathédrale jusqu'au petit matin ! L'Eglise est bousculée par l'intérieur, il se passe quelque chose." (25/12/91) Il ajoute dans ses souvenirs : "De toutes les paroisses où j'ai vécu, je n'ai jamais rencontré une paroisse comme Sainte-Thérèse de Marcory où, toute la journée, de 6 heures du matin à 21 heures, des hommes et des femmes viennent prier dans cette église. Vraiment la petite Thérèse a le don d'attirer les fidèles auprès de Jésus et sa sainte Mère."

En 1995, il demande lui-même à se retirer de la paroisse et voudrait aller servir dans le diocèse d'Odienné, mais le cardinal Yago lui demande de remplacer pour une année le père Messner comme aumônier au noviciat des sœurs de Notre-Dame de la Paix, à Moossou. Il va y rester 8 ans. Là, dans ce lieu de silence et de prière, il peut à loisir approfondir et faire partager ce qui a toujours été l'un des moteurs de sa vie : "Donnez le meilleur de vous-mêmes et ensuite le Seigneur accomplira le reste. […] La joie que j'ai éprouvée durant cette vie donnée à Dieu vient de cette fringale qui m'a toujours habité, fringale de connaître les évangiles et de les partager avec tous ceux qui viennent à moi, les matins au moment de la messe, ou pendant les catéchèses et les enseignements." (ses souvenirs) Il est particulièrement impressionné, lors des célébrations de professions solennelles, par les gestes des parents des nouvelles sœurs : la main sur les épaules de leur fille agenouillée, ils proclament : "Nous sommes heureux et notre joie est grande, nous les parents, d'offrir à Dieu celle qui nous avait été confiée." (27/12/00)

Jusqu'en 2003, il poursuivra cette vie monastique : "Ma vie monastique se poursuit et ne me déplaît pas, et pour cette vie régulière, et pour les cours qui m'obligent à m'entretenir, et pour les services que je donne à notre paroisse une ou deux fois par mois. C'est toujours une joie pour moi de rencontrer le peuple de Dieu." (11/02/01) En 2003, à son retour définitif de Côte d'Ivoire, il est nommé à Chamalières. Il n'hésitera pas à rendre service dans les paroisses, va à Riom chez les sœurs Clarisses, mais cela ne lui suffit pas : il a de la peine à trouver sa place et pense même, un moment, à trouver un poste dans le diocèse de Saint-Etienne. Curieusement, au moment où la maison de Chamalières est mise en vente, il a du mal à se faire à l'idée de quitter la maison et la perspective de Montferrier ne l'enchante guère ; il aurait préféré aller à Rezé. C'est un peu à contrecœur qu'il comprend que Montferrier est la seule solution pour lui.

Il y passe les quatre dernières années de sa vie. Peu à peu, il va perdre le sens des réalités, il va oublier bien des choses. Au début, il s'apercevait encore qu'il avait de plus en plus de trous de mémoire, mais avec le temps, les choses se sont aggravées : dans la maison, il ne savait plus où était sa chambre ; il n'avait plus le sens de l'heure, il ignorait quel jour de la semaine il était. Avec beaucoup de bienveillance, un confrère l'a pris en charge et l'emmenait à la chapelle ou au réfectoire, comme un enfant. Il semblait perdu, mais il était toujours calme, paisible, affable et souriant : il ne se plaignait jamais. A table, ou en petit groupe, il prenait part à la conversation, même s'il lui arrivait parfois de poser trois ou quatre fois la même question ; il aimait taquiner et être taquiné. Hospitalisé le 16 avril pour un problème mineur, il s'est éteint la nuit suivante, à la grande surprise des médecins et de ses confrères. C'est le père Alain Béal qui a présidé la cérémonie de ses funérailles ; une bonne douzaine de membres de sa famille avait fait le déplacement depuis Chaponost, Terrenoire et même Vannes. Il avait 86 ans et était prêtre depuis 62 ans.