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Société des Missions Africaines –Province de Strasbourg

 werle victor  Le Père Victor WERLÉ
né le 27 novembre 1906 à Thanvillé
dans le diocèse de Strasbourg, France
membre de la SMA le 27 juillet 1927
prêtre le 3 janvier 1932
décédé le 14 décembre 1986
 1932-1948 missionnaire au Togo, Atakpamé, Lomé, Palimé

1948-1949 Saint-Pierre, directeur spirituel
1949-1955 Entre-deux-Eaux
1955-1986 Zinswald
1955-1958, économe
1958-1959, supérieur
1959-1968, économe de l’école apostolique
1968-1982, supérieur
1982-1986, retiré

décédé à Sarrebourg, France, le 14 décembre 1986,
à l'âge de 80 ans

Le père Victor WERLÉ (1906 - 1986)

Victor Werlé est né le 27 novembre 1906, à Thanvillé, petit village du Val de Villé. Le dimanche 14 décembre 1986, il s’éteignait à l’hôpital Saint-Nicolas de Sarrebourg, âgé de 80 ans. Selon le désir qu’il avait exprimé, ses obsèques furent célébrées à la Chapelle de la Maison de Saint-Pierre. Son corps repose au cimetière de cette Maison.

La vie de notre confrère, comme l’a bien dit le Père Louis Kuntz, qui présidait la messe concélébrée des obsèques, fut une vie cachée, au service de Dieu et du prochain, vie cachée, parce que le Père Werlé était un serviteur fidèle et discret, qui n’a pas fait beaucoup parler de lui.

Il commença à partir de six ans à fréquenter l’école communale et il y poursuivit ses études primaires jusqu’en 1919. À cette époque, le Val de Villé, région profondément chrétienne, était riche en vocations. Religieux enseignants et religieuses de diverses congrégations, prêtres séculiers et réguliers, n’y manquèrent pas, en particulier des Rédemptoristes, des Pères du Saint-Esprit, des Pères des Missions Africaines. À l’âge de 13 ans, le jeune Victor, désirant se consacrer à la vie missionnaire, se décida pour les Missions Africaines.

Notre Société était bien connue dans la région. En 1908, le Père Desribes avait obtenu du Gouvernement allemand l’autorisation d’ouvrir une maison à Andlau. Cette maison, d’abord maison de convalescence pour les missionnaires malades, devint, en 1910, une sorte de pré-séminaire qui envoyait ses élèves, après une période de temps variable, à l’école apostolique de Keer en Hollande. Le Père Desribes, supérieur de Keer, qui aimait l’Alsace, y venait volontiers. Il avait fait graver une grande image de Sainte Odile, qu’il faisait répandre dans le pays et, naguère encore, on pouvait voir dans les maisons alsaciennes, aux murs des appartements, le tableau, édition des Missions Africaines, de la patronne de l’Alsace (1). Le Père Horn, de Wuenheim, qui résidait à Andlau avant la guerre de 1914, était actif pour recruter de nouveaux candidats aux Missions Africaines. Après la guerre, ces candidats ne furent plus dirigés sur Keer, mais d’abord sur les nouvelles maisons que le Père Desribes venait d’ouvrir en Auvergne, à l’abbaye de Mozac et, à partir de 1920, aux Roches, commune de Chamalières.

C’est ainsi que Victor Werlé, qui avait choisi les Missions Africaines, partit pour la maison des Roches, après avoir pris déjà quelques leçons de latin auprès de son curé. L’établissement des Roches, ancien couvent de religieuses dominicaines, était une belle maison, admirablement située, avec vue superbe sur la ville de Clermont-Ferrand. Le jeune Victor n’était pas isolé : beaucoup d’élèves et de professeurs étaient alsaciens. Néanmoins, l’adaptation n’allait pas sans difficulté. Sans compter le grand éloignement du pays natal, il fallait se familiariser avec la langue française, chose ardue pour ceux dont le français n’était pas la langue maternelle et qui avaient fait leurs études primaires à l’école communale allemande. Tout marcha cependant à souhait pour Victor Werlé. En 1922, il put quitter Les Roches pour continuer et terminer ses études secondaires à Saint-Priest, entra au noviciat de Chanly en 1925, fit le serment le 27 juillet 1927, et fut ordonné prêtre le 3 janvier 1932, au séminaire de Lyon, où il achevait ses études de théologie.

La date du 3 janvier, en cette année 1932, correspondait au dimanche de la fête de l’Épiphanie. C’était la première fois, au séminaire de Lyon, que, par privilège, les ordinations sacerdotales étaient conférées avant la fin du temps de séminaire. Le Père Werlé fut heureux d’être ordonné prêtre au temps joyeux de Noël et dans la belle liturgie de la manifestation du Seigneur des nations. Restait pourtant une chose importante. L’année scolaire allait se poursuivre jusqu’au 3 juillet, et c’est seulement à cette date que les nouveaux prêtres connaîtraient la destination qui fixerait leur ministère futur. L’habitude de ce temps-là était qu’après les cérémonies d’ordinations de fin d’année scolaire, ceux qui avaient terminé leurs études théologiques se rendaient chez le Supérieur Général qui leur remettait une enveloppe contenant leur destination. Nous savons que le Père Werlé fut grandement satisfait de la sienne : ses supérieurs l’avaient affecté à la mission du Togo.

Le 11 juillet suivant, eut lieu à Thanvillé la première messe, fête familiale et paroissiale, à laquelle tout le village participa. Un autel avait été dressé devant la maison paternelle, les rues du village et l’église avaient été ornées. Le nouveau prêtre, accompagné de sa parenté, était conduit à l’église en une solennelle procession. Toute la population s’associait à sa prière dans cette première messe qu’il célébrait dans son village. De ces années-là, le Père Werlé était le septième prêtre-missionnaire, originaire de Thanvillé.

Quelques semaines plus tard, le 25 septembre, une autre cérémonie fut célébrée, la cérémonie du départ des missionnaires, organisée à la maison de Haguenau et à laquelle le Père prit avec cinq autres confrères. C’était une cérémonie très imposante. Une grande foule emplissait la Chapelle. Un prêtre de Marienthal fit un sermon rempli d’un saint enthousiasme, pour décrire la vie, l’activité, la mort des messagers de l’évangile. Le Provincial bénissait les croix offertes aux missionnaires, puis l’on embrassait les partants, après leur avoir baisé les pieds. Suivait la Bénédiction du Saint-Sacrement, clôturée par un vibrant Grosser Gott. Cette liturgie grandiose nous étonnerait peut-être quelque peu aujourd’hui. Mais le jeune chroniqueur de 1932 à l’école de Haguenau, nous assure que la cérémonie était très belle, qu’elle avait plu à tous et, même, que beaucoup parmi les assistants avaient pleuré d’émotion.

Le surlendemain, 27 septembre 1932, le Père Werlé s’embarquait à Marseille pour le Togo. Il devait travailler dans ce pays d’octobre 1932 à juin 1948 : d’abord vicaire à Atakpamé durant six mois ; ensuite, de 1933 à 1937, vicaire, puis supérieur de la mission de Lomé ; et enfin, de 1938 à 1948, vicaire, puis supérieur de la mission de Palimé.

Sa vie, durant ces années, fut celle du missionnaire : prédication, catéchismes, baptêmes, confessions, écoles, voyages dans les stations secondaires, constructions diverses, etc. Le Père connut les joies et les souffrances de l’apostolat. De ce qu’il a accompli, on ne fera pas ici un rapport détaillé. Notons au moins un trait précis, à savoir que le Père fut particulièrement sensible, dans la vie missionnaire, aux liens de vraie communauté et d’authentique fraternité. À un moment où le travail apostolique devenait assez lourd, il pouvait écrire : Dans tous les secteurs, nous avons plus de travail qu’autrefois, et cependant nous sommes à trois. La vie de famille est excellente et je suis vraiment heureux d’avoir de si précieux collaborateurs, c’est la franche et cordiale entente.

Combien profond était son attachement à la mission, à ses compagnons d’apostolat, on devait le voir lorsqu’il fut obligé de quitter le Togo. Car malgré lui, bien à contrecœur, pour cause de maladie, il dut quitter la mission.

Dans les premiers mois de l’année 1948, il souffrait de maux d’estomac. Cependant il continuait son travail pastoral. Le 16 avril, il avait été toute la journée occupé au chantier de construction d’une salle de classe, lorsque, dans la soirée, il sentit une douleur très vive. Le Dr Ajavon, qui accourut immédiatement, se rendit compte tout de suite de la gravité du cas. Il y avait une perforation de l’estomac. On pouvait craindre une péritonite. Sans délai, le Père fut transporté à Lomé. Ce fut un trajet pénible pour le Père, qui souffrait beaucoup et pensait qu’il allait mourir. Le Père Auguste Gasser, qui l’accompagnait et l’aidait de sa présence et de son ministère, nous a dit combien il fut alors édifié par l’esprit de résignation du Père et par sa piété. Une opération fut faite le soir même à l’hôpital de Lomé. Elle réussit et le Père fut sauvé. Le médecin affirma plus tard que c’était un ensemble de circonstances favorables, tout à fait providentielles, qui avaient permis que l’intervention chirurgicale soit faite à temps et que c’était à cela que le Père devait la vie.

Pourtant la santé ne revint pas parfaitement. Les médecins dirent que l’opération était provisoire, qu’une opération définitive serait nécessaire et que pour cela le Père devait rentrer en France le plus tôt possible. Il fallait donc se résigner, dit le Père, et pensant à ses confrères et à l’œuvre de la mission, il ajoutait : Nous étions si heureux ensemble et le travail marchait... et il faut partir.

Rentré en France, le Père Werlé y poursuivit dans de bonnes conditions sa convalescence. Une nouvelle opération ne fut pas nécessaire. Cependant on ne pouvait envisager encore la question de son retour au Togo. En attendant, il lui fut demandé d’assumer temporairement la direction spirituelle des enfants de l’école de Saint-Pierre, ce qu’il fit durant l’année scolaire 1948-1949.

En 1949, le Provincial l’affecta à la Procure des Missions Africaines de Entre-deux-Eaux, aux environs de Saint-Dié, qui était à créer. Depuis quelque temps, les supérieurs de notre Province avaient formé le projet d’établir une petite résidence au diocèse de Saint-Dié, pour faire connaître notre Société auprès de la population des Vosges. Le moment n’était pas très propice pour mettre en route un recrutement missionnaire. Déjà à cette époque, les vocations sacerdotales se raréfiaient d’une façon désastreuse pour le diocèse. Cependant Mgr l’Évêque de Saint-Dié voulut bien accepter notre venue, à condition que notre association de missionnaires puisse rendre en même temps quelques services à son diocèse. Il nous confia le service paroissial de Entre-deux-Eaux et nous réserva l’occupation du presbytère communal. Le Père Jean Noël et le Père Werlé furent ainsi désignés pour faire connaître notre œuvre dans la région de l’Est, tout en rendant service dans le diocèse selon le désir de Monseigneur de Saint-Dié. Le Père Werlé fut plus précisément chargé d’assurer une permanence dans la maison et de pourvoir au service paroissial en qualité de curé. L’expérience ne dura que quelques années. Dès 1955, on fut amené à abandonner la résidence d’Entre-deux-Eaux.

Le Père Werlé fut nommé pour la maison de Zinswald. Il devait y rester plus de 30 ans, le plus souvent comme économe, ou comme supérieur, ou les deux à la fois. Lorsqu’il y arriva, la maison était notre séminaire de philosophie. En 1959 et jusqu’en 1968, elle devint école apostolique, avant de redevenir ce qu’elle avait été primitivement, une excellente maison d’accueil pour nos anciens missionnaires. Ainsi, pendant des années, avec un dévouement inlassable, le Père Werlé assuma le service de la responsabilité au Zinswald. La maison, durant ce temps, avait donc changé plusieurs fois d’orientation, à la suite des changements imposés par les circonstances. Mais le Père sut toujours lui garder un beau rayonnement missionnaire dans la région et lui conserver son caractère de vraie maison de famille des Missions Africaines.

De plus, le Père était très actif comme vicaire de la paroisse voisine de Réding. Son action pastorale fut très appréciée et, en apprenant sa mort, Mgr l’Évêque de Metz lui a rendu hommage. Le Père Werlé, écrit-il, laissera dans le diocèse un souvenir de lumière. Ce fut un prêtre et un pasteur remarquable par sa manière d’être fraternelle et par sa disponibilité pour tous les services qui lui avaient été demandés. Sa mort créera un grand vide au pays de Sarrebourg.

En 1982, très fatigué, le Père Werlé avait été déchargé de la responsabilité du Zinswald. Mais il aimait cette maison et il continua d’y résider, en compagnie de Mgr Lingenheim, un confrère de cours, qu’il eut la douleur de voir mourir au mois de mai 1985. Lui-même restait très fragile de santé. Par deux fois, dans les années précédentes, il avait dû être hospitalisé pour des troubles cardio-vasculaires et il avait subi de sérieuses interventions. Au cours du dernier automne, atteint de nouveau par un infarctus, il fut hospitalisé à Sarrebourg. Mais la guérison ne fut plus possible. À l’aube du troisième dimanche de l’Avent, il quitta ce monde. Comme le dit encore le Père Louis Kuntz, le Père est parti célébrer Noël auprès de Dieu, et nous ajouterons avec lui : Qu’il nous obtienne d’être tous, par nos paroles et nos actes, des témoins de l’amour de Dieu, là où nous vivons.

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note 01 cf. Ralliement d’avril 1938 : Le père Deesribes qvait fait imprimer de belles images de Sainte Odile destinées à être vendues en Alsace. Le frère Charles Lissner fut chargé de cette vente. Il eut ainsi l’occasion de parcourir toute l’Alsace. Il eut un grand succès : ces imzges furent appréciées et se vendirent par milliers.