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Société des Missions Africaines – Province de Lyon

MAHY Louis né le 30 août 1921 à Halma
dans le diocèse de Namur (Belgique)
membre de la SMA le 20 octobre 1940
prêtre le 19 mars 1944
décédé le 7 juillet 2011

1944-1947 Ave (Belgique) professeur
1947-1948 Soubré (San Pedro) vicaire
1949-1952 Man, responsable
1952-1962 Ave, responsable
1963-1980 Zouan-Hounien (Man), responsable
1980-1989 Sangouiné (Man), responsable
1989-2011 après un temps de repos
Chanly (Belgique), curé

décédé à Chanly (Belgique), le 7 juillet 2011
à l’âge de 89 ans


Le père Louis MAHY(1921 - 2011)

Belge, originaire de Halma, dans les Ardennes belges, il est né en fait le 1er septembre 1921, mais il est déclaré né le 30 août, ce qui lui permit d'entrer à l'école primaire en septembre 1926 au lieu de septembre 1927. Il est l'aîné de six enfants - 4 garçons, puis deux filles - dans une famille d'agriculteurs où les vertus de la famille, et de la famille chrétienne, passaient en avant toutes choses. Dans ses écrits, son frère Marcel, prêtre comme lui aux Missions Africaines, a laissé quelques lignes sur son aîné :

"Il y eut un projet de l'envoyer au petit séminaire de Florette, mais c'est à l'école apostolique d'Ave-et-Auffe qui venait de s'ouvrir, qu'il commença ses études secondaires en septembre 1932 ; ils étaient 12 à inaugurer ce séminaire : 4 devinrent prêtres et missionnaires. En 1938, Louis entre au séminaire de Chanly pour le noviciat et la philosophie. La guerre ne lui permit pas de faire les deux ans prévus ; inscrit dans la réserve de recrutement, en mai 1940 avec Gaston et Joseph, ses frères, ils étaient appelés à rejoindre un camp de formation ; dans leur voyage vers la France, ils vécurent de multiples aventures, dont certaines dues au port de la soutane ; ils subirent de nombreux bombardements ; finalement, il atterrirent dans une ferme dans le midi de la France ; Louis n'y resta pas, il rejoignit Lyon pour continuer ses études théologiques. Il termina son noviciat dans la maison des Missions Africaines au Rozay, puis, en octobre, au 150 cours Gambetta, il commença ses études de théologie. En juillet 1943, en pleine guerre, sous une fausse identité, il eut le courage de venir voir ses parents : ce fut une heureuse surprise pour nous. Le 20 mars 1944, il était ordonné prêtre. C'est sous la pluie que Louis, le 19 juin 1944, célébra sa première messe à Halma. Toute la parenté était là et c'était la fête au village malgré la guerre ; le curé, l'abbé Habran, avait bien fait les choses." (Souvenirs de Marcel)

Après son ordination, il reste trois ans professeur de quatrième à Ave, tout en assurant le ministère sacerdotal à Lomprez dont le curé avait été déporté en Allemagne, et, en juin 1947, il eut la joie d'être désigné pour l'Afrique, chez Mgr Kirmann, dans le vicariat apostolique de Sassandra. Ce vicariat couvrait à l'époque ce qui fait aujourd'hui le territoire de quatre diocèses : Gagnoa, Daloa, San Pedro et Man. C'est ce qui explique que, après deux années passées comme vicaire à Soubré, on le retrouve curé à Man en 1948, toujours sous l'autorité de Mgr Kirmann. Outre ses qualités de pasteur, très proche de ses paroissiens, se dépensant sans compter dans les visites des villages, la formation des catéchumènes, le développement de l'école, son évêque avait remarqué qu'il savait tout faire de ses mains, c'est pourquoi il l'avait envoyé à Man, jeune mission d'à peine 15 années où ses talents ont pu s'exprimer à merveille.

Après 5 années en Afrique, le voilà en congé en 1952. Il lui a été dur de recevoir alors une nomination pour la maison d'Ave qu'il fallait remettre sur pied. "Il y resta 11 ans, dans une grande abnégation ; lui-même fit marcher la ferme, tout en rendant service aux curés de la région, en particulier au curé d'Ave qui était bien malade. Malgré ses efforts et sa bonne volonté, son séjour à Ave se termina par la liquidation totale de la maison. Il était encore en Belgique quand notre papa décédait le 1er décembre 1961, âgé de 86 ans." (Souvenirs de Marcel)

Enfin, en 1963, il est remis à la disposition du régional de Côte d'Ivoire. La région de Man dépend maintenant du vicariat de Daloa qui est sous l'autorité de Mgr Rouanet, un ancien condisciple de Louis au séminaire de Lyon. Ce dernier l'envoie à Zouan-Hounien, mission créée depuis deux ans seulement et qui végétait un peu. Voici ce qu'en dit Marcel dans ses souvenirs : "Il y resta 17 ans. En 1970 et en 1977, je l'y ai vu à l'œuvre ; je l'ai vu en position acrobatique, à cheval sur un mur, ajustant une ferme de charpente. En mai 1988, il laissa cette mission aux pères capucins. Dans tous les domaines, tant spirituels que matériels, elle était bien développée et dotée de toutes infrastructures nécessaires ; pour celles-ci, il s'était fait maçon, charpentier, menuisier." De son côté, Louis écrit au Conseil provincial : "Les nouvelles de Zouan-Hounien ? toujours du matériel avec l'installation des sœurs et la construction du centre catéchétique, les écoles, les maîtres, le catéchisme dans les écoles, le petit coin de brousse." (31/08/69) Peu après son retour de congé, en 1975, il ressent une douleur à la jambe et on diagnostique un début de hernie à l'aine : il faut l'opérer. Il est bien ennuyé que l'on n'ait rien découvert en Belgique durant son congé, et il demande au régional où il pourrait le plus facilement se faire opérer. Finalement, il décide de se faire opérer à l'hôpital protestant de Dabou. Il écrira deux ans plus tard : "La santé est bonne pour l'instant, y compris les endroits recousus." (lettre du 24 novembre 1977)

Le diocèse de Man a été fondé en 1968. Son évêque, Mgr Agré, lui écrit en 1980 : "Une solution équitable a été enfin trouvée pour vous libérer de vos obligations à Zouan-Hounien. Deo gratias ! Vous vous êtes dépensé corps et âme dans ce secteur yacouba qui est pratiquement votre œuvre. Soyez-en remercié en mon nom personnel, au nom des communautés chrétiennes de Zouan-Hounien et au nom de tout le diocèse. J'aime croire que le Seigneur vous accordera le même enthousiasme, la même fraîcheur d'âme pour entreprendre votre nouveau ministère dans le secteur de Sangouiné. Là aussi, le père Raymond a laissé le meilleur de lui-même. Vous continuerez à rayonner au service de ces jeunes communautés qu'il a su susciter dans les villages." (lettre du 23 juin 1980) En 1985, il se pose la question de savoir s'il doit rester en Belgique : finalement, il repart à Sangouiné encore pour 4 ans, mais sa santé commence à lui poser des problèmes et il est bien fatigué lorsqu'il rentre en congé en 1989. Il doit prendre quelques mois de repos.

C'est son frère Marcel qui nous précise que, lorsqu'il eut retrouvé en partie sa santé, les docteurs l'ont autorisé à retourner en Afrique, mais dans un centre important pour être relativement proche d'un hôpital. Ayant toujours travaillé en brousse et ne connaissant pas le ministère dans une grande ville, il a préféré faire du ministère en Belgique et être là, le cas échéant, pour d'éventuels problèmes dans sa famille. Dans un lettre au Conseil provincial, il fait savoir qu'il n'a ni sollicité la cure de Chanly, ni fait aucune démarche dans ce sens. Il dira que c'est sur l'avis des médecins qu'il a choisi de quitter l'Afrique, "et pour ne pas donner à ses confrères des charges supplémentaires en cas de maladie." Il ajoute : "Je pensais bien me retrouver à Man dans le courant du mois d'août : impossible, insuffisance cardiaque, début d'œdème pulmonaire, arythmie, fibrillation, électro dangereux : c'est ce que j'ai entendu. Une semaine d'hôpital, examens de toutes sortes, ça va mieux." (09/07/89) Voilà pourquoi il va se retrouver à Chanly après accord entre l'évêque de Namur et le Conseil provincial. Ce dernier, dans sa nomination, lui écrit : "Vous serez certainement heureux à Chanly, même si un pincement au cœur arrive en pensant à Sangouiné. La mission du Seigneur s'accomplit aussi dans l'offrande des activités qu'on ne peut avoir là où on aurait aimé aller. L'Eglise nous montre sainte Thérèse : ce n'est pas pour rien." (13/09/89)

Pendant 22 ans, il va garder la charge de la paroisse de Chanly à laquelle on lui joignit celle d'Ave et Auffe. C'est pourquoi, il aimait dire qu'il avait la garde des deux piliers des Missions Africaines en Belgique. Il était là chez lui, étant né à deux kilomètres de là ; il connaissait tout le monde, et tout le monde le connaissait. Pour les nombreux confrères qui ont fait leur noviciat à Chanly et qui connaissent les lieux, précisons qu'il entretenait lui-même le petit chemin qui mène à la grotte en haut de la propriété. C'est là d'ailleurs qu'il célébrait la messe chaque 15 août. Il était l'aumônier de deux communautés de religieuses, l'une à Ave, et l'autre à Chanly, cette dernière s'étant établie sur l'ancienne propriété du noviciat, au-dessus de la maison, sur le chemin de la grotte. Le dimanche, après avoir célébré dans l'église paroissiale, il allait régulièrement dire une seconde messe dans l'ancienne chapelle du noviciat, seul souvenir de notre passé, là où maintenant est bâti le Val des Séniors (dit "le home"), maison de retraite pour personnes âgées.

Pour le définir durant toute cette période, laissons la parole à Jean-Marie Poncin, l'un des prêtres de son secteur pastoral, qui a témoigné le jour des obsèques : "Ce que j'ai toujours aimé chez toi, Louis, c'est ta franchise. […] Pas de manières, pas de faux-semblants. Inutile de faire du spectacle. […] Si tu affichais quelquefois un air un peu bourru, nous savons tous ici combien grand était ton souci de l'autre et surtout des plus petits. Nous avons vu l'éclat de ta générosité, nous avons reconnu l'éclat de ta sensibilité. […] Tu as bêché, hersé, fauché la terre d'ici et les terres plus lointaines, mais tout ce que l'on peut moissonner de douceur pour que chacun se sente meilleur, tu l'as semé. Tu as dressé des murs de bonne pierre ou de bon bois, tu as restauré églises et maisons de village, mais tout ce que l'on peut bâtir pour le bonheur, tu l'as bâti. Ton âme d'enfant enjoué et confiant, tu l'as gardée jusqu'à tes nonante ans." (09/07/11)

A mesure que les années passent, elles deviennent plus lourdes à porter. En 2004, quand il fête ses 60 ans de sacerdoce, il dit bien qu'il voudrait s'arrêter, mais il n'ose partir, car il sait qu'il ne sera pas remplacé, et il pense aux sœurs qui demandent l'Eucharistie. En 2006, un de ses confrères belges, Charles Sanders, vient s'installer avec lui au presbytère de Chanly ; il lui sera d'un précieux secours pour les derniers mois de sa vie. En 2009, un peu malgré lui, il demande une chambre au Val des Séniors, car sa santé lui pose des problèmes : les jambes - il est incapable d'aller à pied du presbytère à la maison de retraite - , les oreilles - il devient de plus en plus sourd - , le cœur - il est vite essoufflé - . Mais il ne démissionne pas de sa cure de Chanly : il en restera titulaire jusqu'à la mort. En mars 2011, il subit une intervention chirurgicale à l'oreille (dans le conduit auditif) et, depuis, il ne peut communiquer que par écrit, car il n'entend absolument rien. Dès lors, avec des hauts et des bas, sa santé décline peu à peu. La plupart du temps, il faut le nourrir par sonde, car il ne peut rien avaler à cause du danger de pneumonie, suite à la paralysie d'une partie du larynx.

La présence de Charles Sanders à ses côtés fut pour lui une vraie bénédiction. On peut dire qu'il l'a assisté quotidiennement avec une attention quasi maternelle, faisant tout ce qu'il pouvait pour atténuer ses souffrances, le visitant plusieurs fois par jour, ne ménageant pas sa peine pour satisfaire ses désirs, surtout celui de terminer une sorte de "vade mecum" pour la prière de ses paroissiens le dimanche. Le jour de Pâques 2011, Louis Mahy voulut absolument être présent à la chapelle du home. Charles écrit : "C'était au fond pour faire ses adieux à la communauté du Val et à des paroissiens venus à la messe au Val. Cela a évidemment ému les gens, surtout qu'il a annoncé qu'il avait un cancer (ce qu'il n'avait dévoilé qu'à quelques-uns. Puis il est retourné dans sa chambre." (26/04/2011) Au début de mois de juillet, sa santé se dégrade d'heure en heure, il ne mange plus, ne boit presque plus ; et les médicaments qu'on lui fait prendre pour atténuer les douleurs qu'il ressent en permanence dans son corps le mettent dans un état semi-comateux. Il décède le 7 juillet.

La petite église de Chanly était trop petite pour accueillir toutes les personnes venues l'accompagner à sa dernière demeure, sa famille dont tous les membres habitent sur place ou dans les environs, la communauté paroissiale dont il connaissait chacun par son nom, les prêtres du secteur : ils étaient 18 à concélébrer pour la messe d'enterrement ; 5 confrères des Missions Africaines étaient présents. Au début de cette messe, les prêtres sont venus à la porte de l'église : on avait déposé le cercueil de Louis dehors. Charles Sanders, d'une voix forte pour se faire entendre de tous les fidèles à l'intérieur de l'église a alors prononcé ces simples paroles: "Louis, entre dans la maison de ton maître." Précédé de tous les prêtres, le cercueil a été porté jusque devant l'autel, puis couvert d'une aube et d'une étole. On y déposa également un calice et une belle photo de Louis. C'est le curé doyen de Beauraing qui fit l'homélie, lui qui, pendant toute la maladie de Louis, plusieurs fois par semaine, n'hésitait pas à faire les 40 kilomètres aller-retour, entre Beauraing et Chanly, pour venir saluer son frère prêtre. Louis repose désormais dans le caveau familial, tout près de la porte de l'église. Il a été prêtre pendant 67 ans ; il allait avoir 90 ans.