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Société des Missions Africaines –Province de Strasbourg

HAUSHERR Bruno né le 14 octobre 1912 à Eguisheim
dans le diocèse de Strasbourg, France
membre de la SMA le 30 juillet 1931
prêtre le 5 juilleet 1936
décédé le 1er août 1974

1936-1937 Niñino, Pologne
1937-1939 Haguenau, professeur
1939-1940 Mobilisé
1940-1945 Walbourg puis Marange-Silvange
déporté, évasion, caché en Forêt Noire
1945-1958 Saint-Pierre, économe
1958-1974 Haguenau, économe

décédé à Strasbourg, France, le 1er août 1974,
à l'âge de 62 ans


Le père Bruno HAUSHERR (1912 - 1974)

Bruno Hausherr est né le 14 octobre 1912 à Eguisheim, dans une famille de vignerons. À l’âge de 11 ans, le 1er octobre 1923, il entre à l’école apostolique de Saint-Pierre. De 1923 à 1926, il y commence ses études secondaires, les poursuit à Bischwiller en 1926-1927 et les achève à Haguenau en 1927-1929. Suivent deux années de noviciat et d’étude de la philosophie scolastique à Chanly, et le serment s.m.a. qu’il prononce le 30 juillet 1931. Après les années de théologie au séminaire de Lyon en 1931-1936, interrompues par une année de service militaire au 35e R.I. à Belfort, en 1933-1934, il est ordonné prêtre à Lyon par Mgr Hauger le 5 juillet 1936.

La première destination du Père Hausherr est pour l’œuvre de Pologne, à l’école apostolique de Ninino. Il y passe l’année scolaire 1936-1937. En automne 1937, il est appelé à l’école apostolique de Haguenau et, pendant deux ans, il y est titulaire d’une classe de 6e. Il est en même temps vicaire de dimanche à la paroisse de Walbourg.

En 1939 commencèrent pour le Père une série d’années de pénibles épreuves. Notons tout de suite qu’il les supporta avec courage, dans un esprit de surnaturelle confiance dans le Seigneur. Il faut dire au surplus que ce fut toujours chez lui un trait dominant : de quelque façon il trouvait bon ce qui lui arrivait et il ne manquait pas de proclamer que la vie est belle, même lorsqu’elle nous met dans des situations épineuses. Sans se faire des idées noires, il offrait ses peines et ses tribulations pour les causes qui lui tenaient à cœur, en premier lieu pour la diffusion de l’Évangile de Jésus parmi les peuples de l’Afrique, au service desquels il voulait consacrer sa vie.

Il y eut d’abord la mobilisation en septembre 1939. Le Père Hausherr fut affecté d’abord à Schœnenbourg, puis à Bremmelbach comme chef de poste dans la casemate sud, au 22e R.I.F.

Après l’armistice et la démobilisation, la situation est bien changée en Alsace. Le pays, annexé de fait au Reich allemand, subit les contraintes d’un régime totalitaire. Pour ce qui concerne notre Société, il n’est plus question évidemment de tenir des écoles. Le Père Hausherr est alors au service du diocèse de Strasbourg comme vicaire à Walbourg, de juillet 1940 à fin octobre 1942. Mais dès 1941, il est poursuivi par la Gestapo, emprisonné même pendant deux mois en été 1942. Au mois de novembre 1942, il devient administrateur de la paroisse de Marange-Silvange au diocèse de Metz. La Lorraine, comme l’Alsace, est soumise au pouvoir des autorités allemandes. Plus que d’autres contrées sans doute, elle doit souffrir les mesures arbitraires, en particulier les expulsions. Des villages entiers sont vidés de leurs habitants, qui sont transférés à l’intérieur de la France. Le Père Hausherr est victime de cette mesure. Mais c’est en Bohême que, dès le 20 janvier 1943, il est déporté. Ainsi que plusieurs de ses paroissiens de Marange-Silvange, il se trouve dans un camp de travail de Saaz, au pays des Sudètes.

Au mois d’avril 1943, il réussit à s’évader, revient en Alsace et reprend des services occasionnels dans des paroisses. Il prêche à l’occasion de la fête patronale saint Arbogast à Saint-Pierre le 25 juillet. Le lendemain il se rend à Sasbachwalden dans la Forêt-Noire pour remplacer le curé de la paroisse, qui prend trois semaines de vacances. Mais sa tranquillité dure peu de temps. Vers la fin du mois d’août, il est poursuivi par mandat d’arrêt de la Gestapo. L’alerte est sérieuse. Il trouve refuge dans une maison de la Forêt-Noire. Il devait y rester caché jusque fin avril 1945. Ce furent des mois d’angoisses perpétuelles. Le Père risquait d’être découvert et sa vie était en jeu. Les personnes qui l’hébergeaient savaient également que c’était au péril de leur vie. Cette famille allemande, antinazie et foncièrement catholique, avait dit : Pour un prêtre catholique français, nous faisons volontiers le sacrifice de notre vie. Généreuse et courageuse, elle accepta le risque. Enfin le 5 mai 1945, le Père put annoncer sa délivrance : Vous ne pouvez vous imaginer le bonheur et la joie ! La 1re Armée Française était arrivée depuis 15 jours dans les montagnes où il se tenait caché.

Bien que fatigué et gardant des traces de sa longue clandestinité, le Père Hausherr put reprendre une activité dans nos maisons. Il fut nommé économe, et il exerça cette fonction jusqu’à sa mort, à Saint-Pierre de 1945 à 1958, et à Haguenau de 1958 à 1974.

Comme on peut le penser, l’économat d’une maison est une charge à la fois importante et difficile. À l’époque où le Père la prit en main, en 1945, notre Directoire détaillait avec minutie les obligations de l’économe. Nous pouvions lire : L’économe est chargé des recettes et des dépenses de la maison... Il mettra dans l’exercice de ses fonctions un grand esprit d’ordre et d’économie... Il aura soin que chacun ait le nécessaire, tout en restant dans les limites prescrites par la pauvreté apostolique, que les membres de la Société des Missions Africaines sont si strictement tenus de pratiquer... L’économe veillera avec soin à ce que rien ne manque aux hôtes et aux confrères de passage... Il sera plein de bonté et d’attention pour les malades.... Le Père Hausherr répondit consciencieusement à ces exigences de sa charge. Ce ne fut pas sans difficultés.

Aux embarras que l’on imagine, ajoutons que, anciennement, les conditions économiques générales n’étaient pas ce qu’elles sont devenues par la suite. À cette époque la pauvreté était plus grande et plus répandue, et c’était un réel souci de fournir le pain de chaque jour aux élèves et aux confrères de nos écoles apostoliques. Il y fallait dépenser beaucoup de zèle et d’ardeur. Signalons un humble exemple, la quête des pommes de terre. Chaque année, en automne, aussi bien à Saint-Pierre qu’à Haguenau, pendant plusieurs jours, on passait de maison en maison pour quémander une part de la récolte. On circulait à travers plusieurs villages, dont la liste était désignée par une autorisation de l’Évêché chaque année, car nous n’étions pas seuls, il fallait partager équitablement entre diverses congrégations. Le Père Hausherr prit part bien des fois à ces journées de quêtes harassantes. Par ce travail et de bien d’autres façons, tout au long des années, il se dépensait pour que chacun ait le nécessaire.

Le Père Bruno Hausherr remplit pendant presque 30 ans ce service d’économe. En même temps, pendant plus de 15 ans, il exerça les fonctions de vicaire de dimanche à Pfaffenhoffen. Au mois de janvier 1974, il tomba malade, une maladie que rien ne put guérir. Il eut beaucoup à souffrir, mais jamais la moindre plainte ne lui échappa. Hospitalisé à Strasbourg, il mourut le 1er août 1974, dans sa 62e année. Quelques jours avant sa mort, il avait confié à un confrère : Je donne ma vie pour les Missions.