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Société des Missions Africaines –Province de Strasbourg

ROTH Joseph né le 25 janvier 1917 à Durrenbach
dans le diocèse de Strasbourg, France
membre de la SMA le 24 juillet 1938
prêtre le 6 janvier 1944
décédé le 21 août 1985

1945-1951 missionnaire au Togo, Sokodé
1952-1956 missionnaire en Côte d’Ivoire, Korhogo
1957-1985 missionnaire au Togo, Sokodé

décédé à Strasbourg, France, le 21 août 1985,
à l'âge de 68 ans


Le père Joseph ROTH (1917 - 1985)

Joseph Roth est né le 25 anvier 1917 à Durrenbach, village situé au nord de la Forêt de Haguenau, au diocèse de Strasbourg. Il fit ses études secondaires à l’école apostolique s.m.a. de Haguenau et il devint membre des Missions Africaines par un premier serment le 24 uillet 1938, après deux années de noviciat au séminaire de Chanly. En septembre 1938, il commença son service militaire au camp de Morfontaine en Meurthe-et-Moselle. Puis, la guerre intervenant en 1939, il vit le service aux armées se prolonger jusqu’au mois de mai 1940.

Il se disposa alors à entrer au séminaire de Saint-Pierre pour commencer ses études théologiques. Cela n’allait pas sans poser problèmes. En effet, la situation de notre Province de Strasbourg avait bien changé depuis que l’Alsace avait été annexée au Reich par les autorités allemandes. En particulier, toutes nos écoles étaient fermées. À Saint-Pierre, le séminaire de théologie, après être devenu Deutches Militärlazaret, avait été occupé dès le 12 septembre 1940 par un important groupe de policiers. On admettait cependant que les membres des Missions Africaines devaient vivre ensemble. Le Provincial décida donc de convoquer à Saint-Pierre, pour le 12 octobre, les séminaristes qui se trouvaient en Alsace. Il était interdit, il est vrai, d’enseigner la théologie. Mais des professeurs étaient présents : on pourrait tenir des Unterhaltungsvorträge, et pour le logement, on utiliserait d’abord les salles de l’ancienne école apostolique. C’est dans ces conditions que le séminariste Joseph Roth, avec une douzaine de condisciples, effectua une année d’études au séminaire.

La situation en Alsace annexée n’étant pas sans inconvénient, il préféra, pour les années suivantes, gagner la zone libre française. Il partit en septembre 1941 et, en dépit de la stricte surveillance des autorités occupantes, il arriva sans encombres au séminaire s.m.a. de Lyon. C’est là, dans la vénérable maison du 150, cours Gambetta, de 1941 à 1944, qu’il reprit et acheva son temps de séminaire. Il fut ordonné prêtre par Mgr Gerlier le 6 janvier 1944.

Aux vacances de 1944, il séjourna quelques semaines dans le diocèse de Moulins, prenant en charge la paroisse de Louchy avec deux autres paroisses. Il fut ensuite affecté à Chamalières. À la fin de décembre 1944, il put enfin revoir sa famille et son pays natal : l’Alsace venait d’être en grande partie libérée. De retour à Lyon au mois d’avril 1945, il se prépara à gagner la mission du Togo pour laquelle il avait une nomination. L’autorisation d’embarquer était assez difficile à obtenir, l’attente fut longue et le 13 août 1945, il prenait le bateau à Marseille pour Lomé.

Arrivé au Togo le 10 septembre, il resta huit jours à Lomé et monta ensuite à la mission de Yadé, dans la Préfecture Apostolique de Sokodé. C’était une série de belles années missionnaires qui s’offrait à lui.

La mission de Yadé avait été ouverte en 1942. Le Père Joseph Fischer, qui en était le supérieur, y avait établi en 1943 l’école des Petits Clercs pour les enfants qui se préparaient à entrer au Petit Séminaire. Dans des conditions difficiles et au milieu d’une grande pauvreté, le Père Fischer travaillait vaillamment. Malheureu¬sement sa santé était fragile. Il revint en France en mars 1946. Le Père Joseph Roth prit une part importante aux œuvres de la mission de Yadé et il se dépensa beaucoup à étendre son rayonnement. Il en devint le supérieur en 1949, après avoir, pendant quelque temps, servi à Bombouaka et à Sokodé. Il quitta Yadé en 1951 pour rentrer en congé en Alsace. La mission de Yadé, qu’il aimait beaucoup, continua à prospérer. En 1953, le district qu’elle formait fut divisé, et une partie du territoire constitua une nouvelle mission, avec Saoudé comme station principale.

Le Père Roth, après s’être reposé en Alsace durant l’hiver, repartit pour l’Afrique le 21 mai 1952. Pour ce second séjour, il avait été affecté comme vicaire à la paroisse sainte Jeanne-d’Arc de Katiola. Il occupa cette charge jusqu’au 10 octobre 1956, date de départ pour un second congé.

Le 5 septembre 1957, il retourna au Togo et il devint l’auxiliaire du Père Jean Angst à Siou, mission qui avait été détachée de Niamtougou en 1952 pour former une station principale. Le Père Angst rentra en congé en avril 1958. Le Père Roth resta à la mission de Siou jusqu’au début de 1959. À cette époque, il prit la responsabilité d’une œuvre nouvelle qui allait être la plus marquante de sa vie missionnaire : la fondation et le développement de la mission de Pagouda.

Il s’agissait d’établir un centre missionnaire dans un pays de montagnes appelé le Lama-Tessi, situé à 70 km au nord de Sokodé. Cette région sèche et rocailleuse, forme la chaîne des montagnes cabraises et s’étend sur une longueur de 18 km. Elle regroupait, aux environs de 1945, une vingtaine de villages. Le Père Antoine Brungard fut le premier missionnaire qui, par sentiers et par pistes, prit contact avec ce pays, distant de 40 km de sa station principale, la mission de Niamtougou qu’il avait fondée en 1942. Il installa un premier catéchiste sur les hauteurs de Farendé. Puis peu à peu, il multiplia les postes de catéchistes et il éleva de petites chapelles dans les villages. Lorsque le Père Roth était arrivé à Yadé en 1945, il pouvait contempler au loin les cimes attrayantes de la chaîne des montagnes cabraises. Dès le début, il accompagna le Père Brungard dans la montagne, et du 4 au 11 novembre 1946, il conduisit Mgr Lingenheim de villages en villages dans ce pays. Les années suivantes, le Père Brungard et le Père Angst continuèrent à évangéliser ces contrées. Et lorsque le Père Roth, revenu au Togo, fut nommé à Siou en 1957, il fut naturellement associé au travail missionnaire dans ces montagnes.

En 1958, il y avait près de 800 baptisés dans le Lama-Tessi et Mgr Lingenheim décida d’y ériger une mission principale. Celle-ci serait établie à Pagouda qui était jusque-là une station secondaire de Niamtougou. Monseigneur chargea alors le Père Roth de fonder à Pagouda la mission centrale de Lama-Tessi.

Cette fondation était une lourde tâche. Réfléchissant plus tard sur ses préoccupations du début, le Père écrivait : Consolider avant tout le travail commencé par les vaillants prédécesseurs, connaître pays et gens, reconstruire par-ci par-là une chapelle en souffrance, agrandir les deux écoles existantes, visiter, baptiser, palabrer : voilà de quoi occuper le temps d’un homme. À Pagouda en mars 1959, il habita d’abord une paillote abandonnée. Puis il se mit à construire un bâtiment qui deviendrait sa maison d’habitation. Cette construction était achevée pour le 6 juillet, fête de la patronne de la mission, sainte Maria Goretti. Il aménagea dans la maison un oratoire, en attendant la construction d’une vaste et belle église. Celle-ci s’éleva rapidement : la toiture était posée pour la fête de Noël 1964. Le 15 août 1963, on inaugurait une Grotte de Lourdes. Ainsi s’établissait la mission à la pointe extrême de ce grand triangle de montagnes que forme le Lama-Tessi.

Au cours des années, le Père Roth continua de tout son pouvoir à favoriser le développement chrétien et humain de ce pays. À Pagouda, il fit construire un Centre Social magnifique. On y recevait un enseignement pratique de puériculture, on y apprenait la couture. Il y eut aussi un atelier de menuiserie. Dans tout le pays, le Père construisit de nombreuses chapelles de brousse et fit planter des milliers d’arbres. Sous sa direction, plusieurs chemins furent creusés aux flancs des montagnes pour atteindre les villages dispersés.

Le Père Roth fêta en 1969, dans son cher Lama-Tessi, le 25e anniversaire de son ordination sacerdotale. Il le célébra dans un village de sa paroisse, à Koukondé. Une grande joie lui vint encore en 1980, lorsque, le 26 juillet de cette année, deux paroissiens de la mission furent ordonnés prêtres par Mgr Bakpessi dans l’église de Pagouda. À cette époque, il y avait 4 000 baptisés dans la région ; une nouvelle station principale avait été ouverte à Kétao.

Pour justifier la raison de tant de travaux réalisés par le Père Roth, ses confrères remarquaient en lui une grande force de volonté, un esprit de foi inébranlable, une confiance sans bornes en la divine Providence. Il faut signaler aussi que l’influence exercée par le Père sur la population lui venait en bonne partie de sa connaissance remarquable de la langue du pays. Il avait compris l’extrême importance de pouvoir parler aux gens dans leur propre langue. Aussi l’étudiait-il avec assiduité. Il avait rédigé des notes, un lexique, il avait composé des cantiques, effectué des traductions. En 1970, il fit paraître une Grammaire Cabraise (104 pages dactylographiées), pour laquelle il était parti de cahiers d’essais composés par le Père Brungard : il avait copié ces cahiers en 1947. Aussi publiait-il la Grammaire Cabraise en mémoire fidèle du grand missionnaire cabrais-losso, le Père Antoine Brungard. Cette publication était aussi un témoignage de l’affection que le Père Roth portait dans son cœur envers la population des montagnes cabraises.

Le Père quitta définitivement la mission de Pagouda en 1985. Depuis 5 ans déjà, sa santé fléchissait. Des douleurs d’estomac se manifestèrent et, progressant inexorablement malgré les soins, elles provoquèrent de grandes souffrances. Finalement il fut hospitalisé le 14 juillet 1985, à l’hôpital de Hautepierre à Strasbourg. C’est là qu’il mourut, le 21 août.

Ses dernières pensées étaient allées vers la mission. Il avait demandé que le sacrement des malades lui soit donné précisément le jeudi 8 août en début d’après-midi : c’était l’heure où commençait au Togo la visite pastorale du Pape Jean-Paul II.