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Société des Missions Africaines –Province de Lyon

GAUTIER Antonin né le 15 mars 1884 au Gâvre
dans le diocèse de Nantes, France
membre de la SMA le 20 décembre 1904
prêtre le 22 juillet 1906
décédé le 25 août 1966

1906-1907 repos en famille
1907-1909 missionnaire au Dahomey
1909-1911 Cadier en Keer (Hollande)
1911-1-25 missionnaire au Dahomey
1925-1933 Pont-Rousseau, recruteur
1939-1942 missionnaire en Côte-d'Ivoire
1942-1945 Chamalières, recruteur
1945-1966 missionnaire au Dahomey

commandeur de l'Ordre national du Dahomey

décédé à Tchaourou, Dahomey, le 25 août 1966,
à l'âge de 82 ans


Le père Antonin GAUTIER (1884 - 1966)

Antonin Gautier est né le 15 mars 1884 au Gâvre, dans le diocèse de Nantes. Il suit l’école primaire au Coudray. Puis il est envoyé au petit séminaire de Pont-Rousseau, près de Nantes, et au petit séminaire de Richelieu (Chamalières) pour ses études secondaires.

Il rejoint le grand séminaire à Lyon, puis termine ses études au Caire. Membre des Missions Africaines le 20 décembre 1904, il est ordonné prêtre en juillet 1906, mais sa santé l'empêche de partir de suite en mission. Il se repose alors en famille pendant près d'une année avant de s'embarquer, le 12 mai 1907, pour Porto-Novo, Ouidah et enfin Kétou, d'où il écrit en 1908 : A part le père Aupiais qui n'est passé ici que par échappée, je suis le premier missionnaire arrivé jusque-là, et ce n'est pas un mince honneur.

A la fin de cette même année 1908, il est à Cotonou sur le conseil d'un docteur qui lui recommande un mois de repos. Mais, malade, il doit quitter le Dahomey dans les premiers mois de 1909. Il se retrouve alors à Cadier-en-Keer, en Hollande, professeur d'une petite classe pendant deux années. Rétabli en 1911, il rejoint de nouveau le Dahomey.

C'est lui qui est chargé par Mgr Steinmetz, en 1914, d'ouvrir le séminaire Sainte-Jeanne d'Arc, à Ouidah. Le 17 février, jour de l'ouverture, il écrit : Tout le monde se félicite de voir enfin commencée l'oeuvre à laquelle on avait rêvé depuis longtemps, celle des vocations indigènes. Parmi les premiers à entrer au séminaire, un certain Thomas Mouléro qui sera le premier prêtre du pays. Comme monseigneur de Brésillac, cette oeuvre sera l'une des lignes fortes de sa vie. Il ira jusqu'à écrire en 1928, alors qu'il était recruteur en France : Si toute l'ardeur de la Société des Missions Africaines, si le meilleur de son capital humain et pécuniaire est donné à cette fabrique en série de missionnaires blancs pour les envoyer aux colonies, et que rien ou quasiment rien n'est fait pour le clergé indigène, dans ces conditions, rien ne me plaît en France, pas même de rester dans la Société. En 1919, le père Gautier est nommé visiteur pour le Dahomey et le Togo ; mais il continue son travail d'évangélisation et ses écrits montrent combien il s'intéresse toujours beaucoup à tout ce qui touche l'Afrique et les Africains.

En 1925, il rentre pour un congé et est retenu au pays, pour devenir recruteur dans l'Ouest de la France. Un peu désabusé, car il avait déjà énormément travaillé l'une des langues du Dahomey, il écrit : Pour préparer l'avenir, j'avais préparé un minuscule syllabaire en langue dahoméenne tiré à 10.000 exemplaires. Cela m'a coûté 700 francs ; c'était beaucoup pour ma bourse. Et je sais que mes 10 000 exemplaires, vu ma nomination en France, n'ont plus qu'à être jetés à l'eau.

Il doit attendre 1933 pour reprendre le chemin de son cher Dahomey. Il est nommé à Savé, poste tenu par l'abbé Mouléro, ordonné en 1928. Il fonde alors l'oeuvre des petits clercs qui veut préparer de jeunes enfants à entrer au petit séminaire et il construit, en même temps, la léproserie des Saints-Anges à Ouidah.

En 1939, à la fin d'un congé de 10 mois, juste au début de la seconde guerre mondiale, il est envoyé en Côte-d'Ivoire, où monseigneur Boivin lui dit en guise d'accueil : Vous savez, père Gautier, que mon séminaire tient la première place dans mes préoccupations. C'est donc ici que je vous place. Faites-y de la bonne besogne. Il y crée l’oeuvre des petits clercs puis, au bout de trois ans, il se retrouve, en 1942, recruteur à Chamalières. Repartir au Dahomey est une pensée qui ne le quittera jamais, mais la route lui en est fermée à cause de la guerre. En 1943, il écrit à son père provincial : Dès que le chemin des mers nous sera rendu, je vous exprimerai mon désir de retourner en mission.

Il peut s'embarquer le 13 août 1945 et est affecté à la mission d'Abomey par monseigneur Parisot. Il annonce son programme à ses nouveaux paroissiens: Je viens ici pour prier, vous faire prier. Je désire toujours vous voir sans péché mortel, aussi je serai au confessionnal tous les jours pour vous recevoir. Je viens surtout pour vous faire aimer davantage la Sainte Vierge. Monseigneur m'envoie ici pour travailler, c'est vrai, mais ce travail, c'est la Sainte Vierge qui le fera. Il fonde la Légion de Marie et prêche, aux hommes et aux femmes, des retraites spirituelles qui sont très suivies.

Il choisit le 8 décembre, solennité de l'Immaculée-Conception de Marie, pour organiser une messe des "bokonons", ou chefs féticheurs. Voici ce qu'en écrit le père Grenot : Tous les chefs féticheurs étaient présents. Ils regardaient et écoutaient, un peu surpris par le chant et le ronflement de l'harmonium. La messe se célébrait en plein air ; soudain, un son métallique, puis une voix entonne un air du pays, que toutes les femmes chrétiennes reprennent en agitant des castagnettes: c'est le 'Hanyé', musique dahoméenne, royale et mystique. Quel enchantement !

Les bokonons dressent leurs oreilles, ouvrent de grands yeux : 'Pas possible ! Le Hanyé chez le fétiche des Blancs, cela peut-il se faire ? Alors, ils se sentent chez eux, ils remuent la tête, battent la mesure, leur bonnet blanc s'agite sur leurs têtes. Il y en a même qui chantent au refrain les louanges de Marie. La messe se termine dans un enchantement général. Le comité paroissial offre un vin d'honneur. Quand ils repartent chez eux, ils répètent : ce yêhouénon (prêtre) n’est pas comme les autres ! Le soir, une grande procession fait le tour du marché, avec la statue de la Sainte Vierge , des chants Hanyé l’accompagnent.

En 1948, monseigneur Parisot le déplace à Kétou, le lieu de ses premiers pas missionnaires puis, en 1951, à Pobé. En août 1956, à l'occasion de ses 50 ans d'apostolat, ses confrères lui rendent hommage, et monseigneur Parisot rappelle, en ces termes, ce que le père a fait à Abomey : Pour cette foule, vous avez eu, le premier, l'inspiration d'introduire le "Hanyé" dans l'église, le "Hanyé", chant royal, dont on a christianisé les paroles, mais conservé le rythme. Le "Hanyé" a si bien fait son chemin qu'il a envahi à peu près tout le bas-Dahomey et qu'il attire les païens qui se sentent désormais chez eux à l'église, et qu'il a même eu raison de la plupart de ses opposants. N'ai-je pas été témoin moi-même, l'an passé, du choc que vous a donné la tenue du premier congrès de "Hanyé". Le père Gautier ne répondit rien, trop ému peut-être... Monseigneur Lucien Agboka, évêque d’Abomey, a voulu rendre hommage au père Gautier en donnant son nom au centre national du Hanyé, installé sur la paroisse Saint-Moïse de Bohicon.

Finalement en 1956, il est nommé à Tchaourou. "Frères d'Armes" écrira simplement en avril 1960 : Le père Gautier est venu à Tchaourou pour ouvrir une maison de petits clercs baribas. L'oeuvre est en marche... Une vieille maison près de l'église... Un jardinet de goyaviers et d'orangers... Six petits clercs. La même revue ajoute : Ce même père Gautier vient d'ouvrir l'oeuvre du 'casse-croûte' du matin pour les jeunes apprentis de la ville et les écoliers, loin de leur village et couchant à Tchaourou : bol de bouillie, coco, verre de gari, 4 morceaux de sucre sont distribués gratuitement.

C'est à Tchaourou qu'il meurt le 25 août 1966. Le père Grenot écrit : Avant sa mort, il avait choisi lui-même l'emplacement de sa tombe, tout près du clocher, dans la cour de la mission. Il avait indiqué la façon dont sa tombe devait être creusée et cimentée, prévu le bois nécessaire pour son cercueil et choisi les ornements dont il devait être revêtu.

On vint de partout pour ses obsèques : évêques, prêtres, religieuses, chrétiens et catéchumènes, ainsi que des protestants, des musulmans et des membres des religions traditionnelles. Monseigneur Gantin déclara que tout le clergé dahoméen lui doit son sacerdoce, puisqu'il fonda le petit séminaire de Ouidah, puis les petits Clercs à Savé, à Pobé. Il fut vraiment un très grand missionnaire, amoureux de l’Afrique et des Africains, tout orienté vers le développement d’un clergé local, respectueux de la culture, assez audacieux pour introduire les rythmes royaux d’Abomey dans la liturgie, soucieux d’aider les petits et les pauvres.