Imprimer

Société des Missions Africaines – Province de Strasbourg

MEYER Jules né le 12 avril 1910 à Saint-Pierre-Bois
dans le diocèse de Strasbourg, France
membre de la SMA le 28 juillet 1929
prêtre le 30 avril 1933
décédé le 28 août 1973

1933-1973 missionnaire en Côte-d'Ivoire
Katiola, Tanda, Assuéfry
pro préfet en 1937
visiteur en 1941

décédé à Strasbourg, France, le 28 août 1973, 
à l’âge de 63 ans


Le père Jules MEYER (1910 - 1973)

Jules Meyer est né le 12 avril 1910, à Saint-Pierre-Bois, petit village du Val de Villé, en Alsace. Il commença ses études à Andlau en octobre 1920 et les poursuivit à Saint-Pierre et à Bischwiller jusqu’en 1927. Il entra ensuite au noviciat à Chanly et, après quatre années, fit le serment le 28 juillet 1929. Suite à quatre années de théologie à Lyon, il fut ordonné prêtre par Mgr Hauger le 30 avril 1933.

Le 3 octobre de la même année, il s’embarqua à Marseille pour la Côte d’Ivoire. À son arrivée, il fut affecté à la mission de Kouto, station le plus au nord et aussi une des plus difficiles, où l’accueillirent les Pères Vion et Vonwyl. Il aima beaucoup cette mission et il parlait plus tard avec émotion de sa chère brousse de Kouto. Il dut la quitter, le cœur gros, en 1936, pour reprendre la direction du Petit Séminaire de Katiola, charge qu’il exerça jusqu’en mai 1938.

En 1939, au retour d’un congé en France, il fut affecté à la mission de Tanda, ou, plus exactement, il reçut le mandat de fonder et de diriger une nouvelle station dans la région orientale du district de Tanda. En effet, le district de Tanda, mission fondée en 1935, était trop étendu pour un seul centre missionnaire. Il devait donc être partagé et il le fut entre quatre missionnaires : tandis que le Père Jacoby gardait le soin de la station principale et des villages environnants, le Père Pfister fut chargé du nord, le Père Grieneisen du sud et le Père Meyer de l’est.

Le Père Meyer se mit donc à l’œuvre dans la région qui lui était assignée. Comme localité où établir la nouvelle mission, il hésita d’abord entre Assuéfry et Transua. Finalement il se décida pour Transua et ce village devint le centre de son activité missionnaire jusqu’à l’année de sa mort en 1973.

Transua, à 45 km de Tanda, à 10 km de la frontière du Ghana, est situé à environ 400 km d’Abidjan, sur la route des caravanes, première route reliant les villes de la Côte à Bondoukou et au-delà vers le nord. La population appartient à la race Abron. Transua et ses environs ne furent pas évangélisés avant 1936. Les Pères de Tanda se rendirent dans la région à partir de 1936 et purent inscrire quelques catéchumènes. À Transua même séjournaient quelques chrétiens venus du Ghana voisin : ils se réunissaient le soir pour une prière commune et ils invitaient à leur réunion les jeunes gens du village, chantaient avec eux des cantiques et leur donnaient quelques éléments de catéchisme. Parmi ces chrétiens ghanéens, il y avait un jeune homme, nommé Édouard, que les catéchumènes choisirent comme catéchiste. Ce jeune apôtre construisit une petite chapelle à Transua et à Assuéfry, village à 20 km, et se mit à donner une bonne instruction religieuse aux catéchumènes. Ceux-ci se décidèrent à commencer à Transua la construction d’une chapelle plus grande et plus convenable.

Le Père Meyer, venant de Tanda, fit sa première visite à Transua le 1er mars 1939. Un mois plus tard, il vint définitivement à Transua. Il y avait, en tout, à côté du petit groupe de chrétiens ghanéens, une vingtaine de catéchumènes. Les débuts furent extrêmement durs et le Père devait ressentir les premiers mois de son séjour comme les plus pénibles de toute sa vie de missionnaire. Sans ressources, dans une contrée inconnue, tout restait à faire. Le Père logeait dans une vieille paillote délabrée. Il eut beaucoup de peines et de difficultés à se faire accepter par les habitants.

En effet, la population le considérait visiblement comme un hôte déplaisant qui était venu troubler la paix du village et détourner les jeunes gens des croyances ancestrales. Antipathie et aversion se lisaient sur les visages. Aussi les féticheurs et les notables décidèrent-ils de lutter contre celui qui était pour eux un intrus. À son arrivée, aucun notable n’était venu lui souhaiter la bienvenue, ce manque de politesse étant chez les Abrons une des plus grandes offenses que l’on puisse faire à un étranger. Lorsqu’il parcourait le village, jeunes et vieux prenaient soin de l’éviter. Un enfant qui s’enhardissait à venir chez lui était assuré de se faire frapper en retour. Au début du mois de juin, le père eut le grand chagrin de voir mourir son seul soutien et collaborateur, son cher catéchiste Édouard. Il restait donc seul.

Cependant il ne se découragea pas. Il acheva, au mois d’août, la construction de la petite chapelle sur la colline de Transua et il y plaça une statue de la sainte Vierge, confiant à Notre-Dame le pays des Abrons. Il commença aussi la construction d’une petite maison d’habitation. Il se mit à apprendre la langue des Abrons. Il continua d’instruire son petit groupe de catéchumènes, parcourant en même temps les villages environnants pour y faire connaître l’Évangile. Par de bonnes paroles, par des séances de projection, par le soin des malades (il avait suivi pendant son congé de 1938 un cours d’initiation médicale à Lille), il tâchait de se concilier la population et de gagner sa confiance.

Mais tout cela n’avait apparemment que peu de succès, jusqu’à ce que, un jour, il obtint par ses soins la guérison d’une femme que les sorciers et les féticheurs n’avaient pu délivrer de sa maladie. À partir de ce jour, les malades affluèrent à sa résidence. Le vieux chef du village qui, depuis des mois, vivait malade dans une plantation à 5 km de Transua, revenu au village, vint trouver le Père et lui dit : Tu es maintenant ici depuis quelques mois, tu sais que j’étais malade, mon remplaçant a négligé de t’adresser le salut de bienvenue, comme cela est la coutume chez les Abrons. Je sais que par là nous t’avons profondément offensé et je viens aujourd’hui avec les anciens du village pour réparer ce tort. J’ai appris que demain tu célèbres une grande fête. Pour te prouver que désormais nous voulons être tes amis, nous viendrons tous assister à ta fête, avant que nous commencions notre propre fête, la fête des ignames, que nous célébrons aussi demain. Ce chef et les anciens tinrent parole : le lendemain, qui était le 1er novembre, le Père célébra la fête de tous les Saints dans une chapelle remplie des païens de Transua.

Désormais le Père fut plus à l’aise dans la nouvelle mission. Dans les villages environnants également le nombre des catéchumènes allait en progressant et de petites chapelles se construisaient. En 1940, la mission de Transua, érigée alors en mission indépendante, comptait 37 chrétiens et 119 catéchumènes.

Pendant la guerre, les Pères Jacoby, Pfister et Grieneisen furent quelque temps mobilisés. Le Père Meyer, qui n’avait pas été mobilisé, étant aveugle de l’œil droit, se trouva seul dans le district, voyageant d’une mission à l’autre. Mais ensuite tout entra dans l’ordre et la mission de Transua continua à se développer. En 1953, la chapelle de terre et paille étant devenue trop petite, le Père commença à construire une église, à l’est du fleuve Comoé, la première à être construite en pierre et ciment. Autre date importante : en 1959, les Sœurs de Portieux vinrent s’installer à Transua pour tenir une école et le dispensaire officiel. Faisant le point en 1963, le Père Alphonse Guérin, missionnaire au village voisin d’Assuéfry, constate que la mission de Transua compte 900 chrétiens et plus de 2 000 catéchumènes répartis en 40 villages dont 30 ont une chapelle. En outre huit écoles distribuent l’enseignement à 600 élèves environ. Le nombre des catéchistes pour instruire les catéchumènes est encore insuffisant, cependant une dizaine de villages ont un catéchiste à demeure et il y a trois catéchistes itinérants. En somme, concluait le Père Guérin, Transua est une mission en plein développement.

Ainsi les sacrifices et les peines, les travaux et les fatigues avaient donné des résultats tangibles. Le Père Meyer s’en réjouissait, sans chercher à s’en prévaloir. Homme de prière, prêtre à l’esprit surnaturel, c’est du Seigneur et de sa grâce qu’il avait attendu l’accueil de la Bonne Nouvelle chez les Abrons et il ne souhaitait pas de louanges, vivant au contraire en toute simplicité, douceur et humilité. À Transua, il était devenu parmi les villageois comme l’un d’eux. Durant la journée, il recevait ceux qui venaient lui demander un conseil, ceux qui avaient besoin d’un secours, ceux qui allaient le voir pour le seul plaisir de parler un peu avec lui. Le soir, il descendait au village et faisait ses visites chez les gens. Comme il maîtrisait bien la langue du pays, il n’était chez personne un étranger. Il aimait ses Abrons et il était aimé d’eux. La communauté chrétienne de Transua était fervente et l’on était impressionné par la nombreuse assistance qui, même en semaine, se pressait à l’église pour la sainte messe, avec un recueillement bien édifiant.

À l’égard de ses confrères également, le Père était rayonnant de charité, toujours disposé à rendre service, cherchant à faire plaisir. Cela lui était une joie de recevoir des confrères et volontiers on allait à Transua pour y rester un ou deux jours. En 1948, la confiance des confrères et des supérieurs avait fait nommer le Père Meyer, supérieur régional des missionnaires de la Haute Côte d’Ivoire, et il exerça cette charge avec diligence et dévouement pendant 14 ans.

En 1973, le mauvais état de sa santé le trahit. Depuis longtemps, il sentait dépérir ses forces. Il maigrissait, il était très affaibli. Les examens et les recherches des médecins ne découvraient pas la racine du mal qui le minait. On craignait le pire. Malgré les avis de ses confrères, qui le pressaient de rentrer en Europe, il ne voulait pas quitter sa mission. À vrai dire, il aurait voulu mourir là-bas et rester définitivement parmi les siens. Finalement pourtant, il céda et, le 24 mai 1973, il rentra en France. Après un séjour en clinique à Strasbourg, il se rendit dans sa famille au Val de Villé, puis à Saint-Pierre. Le 24 août, il dut être hospitalisé à l’hôpital civil de Strasbourg. Pour peu de temps. C’est là qu’il mourut, quatre jours plus tard, le 28 août. Ses obsèques furent célébrées le 30 août à Saint-Pierre. La messe concélébrée fut présidée par le Père Alphonse Guérin. Le Père Hubert Grieneisen prononça l’homélie.