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Société des Missions Africaines – District de Strasbourg

GOETZ Antoine né le 1er mars 1922 à Hégeney
dans le diocèse de Strasbourg (France)
membre de la SMA le 20 octobre 1945
prêtre le 17 février 1948
décédé le 30 août 2008

1951-1952 collège de Haguenau, professeur
1952-1958 collège Saint-Joseph, Lomé, professeur
1958-1959 collège de Haguenau, professeur
1959-1968 Zinswald, directeur des études et professeur
1968-1978 Haguenau, directeur des études et professeur
1978-1989 paroisse de Fronan, Côte d'Ivoire
1989-1999 séminaire de Katiola, Côte d'Ivoire
2000-2002 Fronan, Côte d'Ivoire, maison régionale
2002-2009 Saint-Pierre, retiré

décédé à Saint-Pierre, le 30 août 2009
à l’âge de 87 ans


Le père Antoine GOETZ (1922 - 2009)

« Quand on parle du passé, soit on oublie, soit on rabâche ». J'ai voulu commencer par une citation de son maître Paul Ricœur quand Antoine était jeune étudiant à la faculté de Strasbourg. Et la citation me sert pour ne pas desservir la mémoire d'Antoine, parce que forcément je serai incomplet.

L'homme magistral
Mais j'oserai dire qu'Antoine a été un homme magistral. l'adjectif est assez transparent pour nous faire deviner qu'il fut un « maître et un maître de qualité ». Un homme magistral pour des générations de jeunes ici en Europe pendant 20 ans et 6 ans en Afrique. Et nous parlions toujours du Père Goetz avec beaucoup de respect, avec un respect teinté d'admiration et d'émerveillement.

L'homme pascal
En célébrant aujourd'hui sa Pâque, son passage de la mort à la vie, je voudrais faire mémoire de l'éducateur qu'il fut. L'éducateur est quelque part un homme pascal, celui-là même qui vous aide à traverser la vie, à traverser les gués, en plaçant devant vos yeux un horizon d'espérance. C'est ainsi qu'il nous a fait passer de l'ignorance à la connaissance, du doute à la vérité, de la démotivation à la re motivation. Oui il nous rendait cet horizon d'espérance accessible, en acceptant d'avancer avec nous à pas lents sans nous faire perdre de vue les sommets que nous devions escalader pour gagner notre liberté intérieure et notre autonomie intellectuelle.

Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s'il meurt, il donne beaucoup de fruits. Antoine, l'homme magistral, l'homme pascal avait accepté de sacrifier son amour de l'Afrique après avoir ensemencé l'intelligence naissante de la jeunesse togolaise pendant 6 ans au col- lège Saint Joseph de Lomé.

Antoine a sans doute quitté l'Afrique, son Togo avec un pincement de cœur. Il fut appelé à prendre les rênes du collège d'Haguenau, puis du Zinswald et retour à Haguenau. Un bail éducatif de 20 ans. Il n'avait pas demandé de tomber dans la fournaise haguenovienne. Il ne se privait pas de laisser échapper sa souffrance ...je me rappelle le jour où il nous accueillait en classe de seconde comme professeur d'Histoire- Géographie, en nous disant qu'il préférait avoir devant lui plutôt 50 noirs que 10 blancs. Antoine ne nous en a pas voulu d'être blancs et blancs-becs. Mais, d'entrée, il a marqué son terrain et ses préférences.

L'homme pascal sait s'adapter ou plutôt sait se détacher, en met- tant entre parenthèses ses aises pour prendre en compte des volontés qui le dépassent. Il avait accepté de se laisser sonder les reins et le cœur par ses Supérieurs et par son Dieu. (Cf. Ps. 7.9) Mais il n'a pas abandonné son ambition de mettre au service des jeunes (autant du temps où Haguenau était séminaire que du temps où il devint collège privé) une équipe éducative de qualité. Il recherchait la compétence pour offrir un service de qualité. Et ses supérieurs ne l'ont pas toujours vu ainsi. Antoine a tenu, il a ouvert la porte du collège aux laïcs et il a assuré la transition.

Antoine a laissé son empreinte dans l'esprit de bien des parents parce qu'ils ont reconnu qu'ils lui doivent beaucoup. Sa silhouette inquiète arpentait les couloirs, il inspectait le terrain par conscience professionnelle et c'est cette conscience professionnelle sans faille qui nous inspirait une crainte révérencielle tant il nous paraissait éminemment vertueux. Antoine a avancé dans la vie avec droiture et rigueur. Il s'était choisi un idéal de vie élevé et il ne l'a jamais perdu de vue. J'ai toujours été frappé par sa dignité qui m'a toujours empêché de le tutoyer. Sa tenue à la chapelle a toujours été exemplaire, il savait commander à son corps. Il ne connaissait ni le négligé ni la négligence.

C'est ainsi que je l'ai vu traverser la vie en homme debout. Et il m'avait appris que chez les Latins on devenait « vir » c.à.d. « homme mur » à 40 ans. Il l'était bien avant. Son mûrissement avait sans doute été accéléré parce que dans son enfance il fut sevré d'amour. N'ayant connu ni l'amour d'un père ni celui d'une mère, Antoine, l'orphelin, souffrait de ce manque. La nature lui a rajouté le handicap de ne pas reconnaître les couleurs. Sa famille adoptive ne comprenait pas qu'il ne puisse cueillir des myrtilles ... le vert des feuilles et le bleu des baies ne faisaient pas de différence pour lui.

L'ouvrier apostolique
Antoine a su rebondir. Sur sa route, il a répondu à l'appel du Seigneur qui lui a dit « suis-moi ! » En Lui, il a reconnu l'amour et il a voulu aimer comme Lui. Son idéal missionnaire l'a rattrapé à l'âge de 56 ans. Il abandonne son autorité magistrale et se fait l'humble serviteur de la Mission en Côte d'Ivoire. Sa vie connaîtra un été indien de rêve. Je l'avais rencontré à Fronan, à la Maison Régionale. Ses yeux pétillaient de bon- heur, son idéal de vie l'avait rattrapé et il avait trouvé un espace où il pouvait annoncer Jésus-Christ avec force et enthousiasme. Il ne pensait pas qu'il allait tenir 23 ans ...II devint « l'ouvrier apostolique » bien dans la lignée de notre fondateur Mgr Brésillac. Comme lui, Antoine avait su dépasser la « susceptibilité des Blancs » qui retenaient entre leurs mains le pouvoir et le savoir. Et Brésillac nous dit que cette susceptibilité est « comme un nuage qui se place devant l'intelligence de la raison ~t surtout devant l'intelligence du cœur. Celui-là seul percera le nuage qui sera parfaitement mort à lui-même. » (Souvenirs p. 462) Brésillac conclut que « de tels hommes seront toujours bien rares. » Et Antoine fut un homme d'exception.

Si nous nous plaçons dans l'optique du fondateur, l'ouvrier apostolique « doit travailler comme s'il était certain de la perpétuité de son travail ; qu'il sache qu'il doit mourir demain et qu'il agisse aujourd'hui comme s'il devait encore vivre longtemps. » (Lettre à la Propagande, 16 sept. 1850 p. 827)
Antoine avait épousé cette vision jusqu'à ce dimanche 30 août 2009 où le Seigneur l'a cueilli quand il était sur le point de rejoindre Mittelbergheim pour célébrer le passage de la mort à la vie de son Seigneur. Antoine, tu étais sur le bon chemin et nous te souhaitons « bonne arrivée ».