Imprimer

Société des Missions Africaines –Province de Strasbourg

KNAEBEL Georges né le 7 juin 1916 à Salmbach
dans le diocèse de Strasbourg, France
membre de la SMA le 24 juillet 1936
prêtre le 6 janvier 1943
décédé le 15 août 1966

1943-1944 Chamalières
1944-1957 missionnaire au Togo, Tomegbé pouis Togoville
1957-1958 Haguenau, économe
1958-1966 missionnaire au Togo, Anié puis Pagala

décédé à Strasbourg, France, le 15 août 1966,
à l'âge de 50 ans


Le père Georges KNAEBEL (1916 - 1966)

Georges Knaebel est né à Salmbach, au diocèse de Strasbourg, le 7 juin 1916. Il était l’avant-dernier d’une famille de 11 enfants. Il entra à l’école apostolique de Haguenau le 16 septembre 1928 et c’est là qu’il effectua le cours de ses études classiques jusqu’en 1934. Ensuite, après deux ans de noviciat à Chanly, il fit le serment s.m.a. le 24 juillet 1936. Suivit une année d’études théologiques au grand séminaire de Saint-Pierre. En octobre 1937, il commença son service militaire, lequel, en raison de la situation internationale et de la guerre de 1939, se prolongea jusqu’en 1940. Il fut surtout en service au 37e R.I.F. à Langensoultzbach, dans la ligne Maginot, et quelque temps aussi à Lembach. En automne 1940, il put reprendre l’étude de la théologie au grand séminaire de Lyon. Il fut ordonné prêtre à Lyon, le 6 janvier 1943.

Le temps de séminaire achevé, le Père Georges Knaebel fut nommé professeur à l’école apostolique de Chamalières. C’est au mois d’août 1943 qu’il reçut cette nomination. Il se trouvait à Saint-Sulpice-les-Feuilles aux environs de Limoges, car il n’était pas question, en ce temps de guerre et d’annexion allemande de l’Alsace, de venir passer des vacances au pays natal. Le Père fut heureux d’apprendre qu’il allait pouvoir commencer un travail dans la Société des Missions Africaines, puisque d’autre part il n’était pas non plus très facile à cette époque de se rendre dans les pays de mission en Afrique.

La situation n’avait pas changé sur ce point en 1944 et, pour une deuxième année, le Père pensait reprendre son poste à Chamalières, à l’automne. Mais dès le mois d’août, il fut convoqué comme aumônier militaire, et cette affectation lui fut maintenue jusqu’au cours du printemps de 1945. Finalement, la guerre terminée et lui-même libéré de toute obligation militaire, il revint en Alsace et bientôt, au mois de juillet 1945, il reçut une nomination pour le Vicariat Apostolique de Lomé. Il se réjouit beaucoup à cette nouvelle, mais il dut patienter encore assez longtemps, par suite des difficultés d’obtenir une place sur un bateau. C’est seulement après de multiples démarches qu’il reçut enfin une autorisation d’embarquer et il quitta la France à Marseille pour Lomé le 2 juin 1946, à bord du paquebot Providence.

Arrivé au Togo, il passa d’abord trois semaines chez son frère, le Père Jacques Knaebel, qui était supérieur de la mission d’Atakpamé. Puis il rejoint Tomegbé, où il était nommé vicaire. Dès la fin du mois d’août, il donnait ses premières impressions : il se plaît bien à Tomegbé, la beauté spectaculaire du pays l’enchante, le climat est bon, mais la pauvreté règne dans la population et à la mission. En somme, dit-il, Tomegbé est une belle mission, où l’on vit à plein la belle aventure missionnaire. Beaucoup de choses y manquent, mais jamais la joie. Quelques mois plus tard, il notait que la célébration paroissiale de son premier Noël en mission l’avait rempli d’un grand enthousiasme. Noël a été joyeux et heureux, écrit-il, je n’ai de ma vie vécu un Noël aussi intense, avec tout son charme, toute sa simplicité... Je voyais une jeune chrétienté, la grande famille paroissiale de Tomegbé et d’Akroa, qui voulait signifier de toutes ses forces sa donation totale et joyeuse à son Dieu-Enfant. En cette fête, c’est la belle réalisation du chant angélique : Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix aux hommes de bonne volonté.

Le village de Tomegbé est situé à l’ouest des monts de l’Akposso, dans une large vallée, le Litimé, où se trouve également la mission de Badou, qui fut d’abord une station secondaire de Tomegbé. Ce territoire, pendant longtemps, avait été plutôt isolé des autres régions du Togo. Pour y parvenir, il fallait franchir le massif de l’Akposso qui borde la pénéplaine du Litimé. Depuis 1939 seulement, une route a relié Tomegbé à Atakpamé par Babou. Le trajet à travers les montagnes a pu dès lors se faire par voiture en quelques heures, au lieu de trois jours à pied auparavant pour effectuer ce voyage. Le Litimé était une région de plantations de cacao et de café. De par sa situation dans ce pays, Tomegbé était un centre très pittoresque. Le Père Georges admire les montagnes, avec ses forêts, ses cascades. Au retour d’une tournée, écrit-il, nous gardons un religieux silence, après tout ce que nous avons vu. Nos pensées vont à Dieu, le créateur de ces merveilles. Dans son beau temple nous avons vu ses traces, qui n’ont pas encore été dévastées par la main des hommes.

La mission de Tomegbé avait été ouverte en fin 1936 par le Père Cottez et le Père Robert Simon. Peu à peu, plusieurs stations secondaires l’entourèrent. En 1947 l’ensemble de la mission comptait plus de 3 000 chrétiens. Le Père Georges Knaebel fut vicaire à Tomegbé jusqu’en 1951, sauf pendant une année, de septembre 1947 à septembre 1948, année pendant laquelle il fut vicaire à la cathédrale de Lomé et, par intérim, chargé de la direction des écoles, en remplacement du Père Riegert, qui était en congé en Europe. Le Père Georges rentra lui-même en congé en 1951. Il arriva en Alsace au mois de juin 1951.

De retour au Togo au mois de février 1952, il commença une période où il devait remplacer, successivement dans différentes missions, les Pères qui rentraient provisoirement en Europe pour un congé. Il servit ainsi à Togoville, à Assahun, à Anié où, en 1953, il remplaça pour la première fois son frère Jacques en congé, puis, de 1954 à 1957, à Anécho, où il travailla d’abord avec le Père Théodore Fritsch et ensuite avec le Père Rimle. La station d’Anécho était entourée de 20 stations secondaires, elle devait s’occuper de plusieurs écoles, dont quelques-unes, comme à Tokpli, à Tabligbo, étaient nouvellement fondées. Pour visiter les vingt villages, surveiller les écoles, diriger de nouvelles constructions, jusqu’à une distance de 80 km de la station principale, il fallait passer bien du temps à voyager. Et la difficulté n’était pas petite, car la mission n’avait pas de voiture.

Le Père Georges resta à Anécho jusqu’en 1957. Au mois de mars de cette année, il revint se reposer dans son village de Salmbach. Cette fois il dut prolonger son séjour en France, car, à sa grande surprise, les supérieurs lui demandèrent d’assurer la charge d’économe à notre école apostolique de Haguenau, ce qu’il fit, avec une généreuse acception, pour l’année scolaire 1957-1958. Puis il retourna au Togo, vers lequel il s’embarque le 30 octobre 1958.

Ce troisième séjour au Togo allait être le plus remarquable dans la vie missionnaire du Père Georges Knaebel. Il fut d’abord à Anié avec son frère Jacques, qu’il remplaça pour la deuxième fois durant un congé de celui-ci d’avril à décembre 1959. Mais il avait également pour consigne de préparer un nouveau district missionnaire à Pagala, dont il prendrait l’entière responsabilité au retour de son frère.

Le district d’Anié, dont dépendait alors Pagala, avait été fondé en 1948 par division du district d’Atakpamé. Le Père Jacques Knaebel en fut le premier supérieur. Son travail missionnaire fut très fructueux. Mgr Strebler note que, en 1959, le Père Jacques a systématiquement occupé tous les villages les plus importants de tout le secteur de l’Est-Mono et ceux de la route intercoloniale et de la ligne de chemin de fer, et qu’il y avait 45 stations secondaires avec plus de 6 000 Chrétiens. Ce district d’Anié était très étendu. Aussi on décida de le diviser. Toute la partie nord, de la frontière du Ghana à celle du Dahomey, formerait un nouveau district, avec Pagala-Gare comme station principale. Il fut officiellement fondé le 1er janvier 1960. La nouvelle mission avait à sa charge 20 villages avec 2 436 chrétiens. Mais une grande partie du nouveau district restait encore à peu près inexploré par les missionnaires. C’était le territoire de l’Adele, à l’ouest de la rivière Anié. Ce territoire, le Père Georges allait en être le premier évangélisateur, en même temps qu’il s’occupait des autres régions de son vaste secteur.

Lorsque le Père Georges Knaebel fut chargé de préparer le district de Pagala, le territoire de l’Adele qui y était inclus, était encore bien mystérieux. Le fleuve Anié, souvent infranchissable en saison de pluies, le défendait pendant les cinq mois de cette période des pluies, de toute incursion étrangère. C’était un pays montagneux, sans routes, couvert de forêts denses peuplées d’oiseaux, d’antilopes, de singes et de beaucoup d’autres bêtes. Les villages, situés sur les hauteurs, dominaient les vallées. La population avait sa langue propre et elle avait vécu jusque-là à l’écart de la modernité. Le Père Georges commença par en prendre une première connaissance en parcourant pendant quelques jours à pied ce pays d’Adele. Partant de Pagala-Gare, il arrivait après deux heures de marche au village de Pagala, qui est en quelque sorte la porte de l’Adele. À partir de là, par monts et par vaux, il visita plusieurs villages. Ainsi : Lalamila, où fut célébrée par lui pour la première fois une sainte messe dans l’Adele - Nkingbé, Yégué, Dikpéléou-Ossingué le plus grand village qu’il traversa -, Katchanké, qu’il appelle le plus beau village de l’Adele - Mpoti, retour à Pagala-Village et de là retour à Pagala-Gare, ce dernier trajet cette fois en 2 CV.

Le Père Georges se mit avec ardeur au travail dans tout son grand district. Très zélé, aimé des Chrétiens, il se rendait très souvent dans les stations secondaires. Dans l’Adele, il fonda les premières écoles. Dès le mois de janvier 1960, il avait entrepris la construction de la maison d’habitation de la nouvelle station principale. Il s’efforça d’établir, partout où ce fut possible, les bâtiments indispensables. À Pagala-Gare, il construisit une belle église, dédiée à saint Joseph Ouvrier. Les travaux pour cette église débutèrent le 28 septembre 1964. Une petite statue de saint Joseph était placée sur le chantier et, chaque matin, avant de commencer le travail, les ouvriers venaient prier le saint protecteur du futur édifice.

En septembre 1964, fut créé le nouveau diocèse d’Atakpamé, détaché de Lomé. Le secteur de Pagala appartenait au nouveau diocèse. Ce fut cependant encore Mgr l’Archevêque de Lomé, Mgr Dosseh, qui vint visiter le territoire de l’Adele en 1965. C’était la première fois qu’un évêque venait dans ce secteur de la mission de Pagala. Il était venu pour conférer le sacrement de confirmation à 318 nouveaux baptisés. Il visita plusieurs villages, de Pagala-Gare, Pagala-Village à Katchenbé. Partout on lui adressait des demandes instantes : Aidez-nous, Monseigneur, il nous faut des écoles, des catéchistes, des maîtres, des missionnaires.

L’activité missionnaire du Père Georges Knaebel fut bien amoindrie, et finalement totalement arrêtée, par un accident qui arriva le 13 octobre 1965. Ce jour-là, sur la grand-route du nord, à 14 km de Blitta, près de Défalé, le Père rentrait de la station d’Assoumakodji, où il avait été en tournée. Sa voiture, une 3 CV, heurta un teck. Les côtes brisées, une fracture à la jambe droite, le Père dut être transporté par avion de Sokodé à Lomé, où il reçut les soins appropriés. Il revint ensuite dans sa mission. Mais il ne se sentait pas guéri. Finalement il se vit contraint de rentrer en France. Il y arriva le 2 juin 1966. Dès le 7 juin, une radiographie au Centre de Traumatologie, Bd Clemenceau, à Strasbourg révéla une fracture du bassin et une forte luxation du col du fémur, pour lesquelles une intervention fut nécessaire. L’hospitalisation fut longue, mais tout se passait bien et le Père devait quitter le Centre le 16 août. Il était heureux et se sentait tout à fait en forme. Déjà il pensait à son prochain départ pour l’Afrique, qu’il voulait revoir avant l’hiver. Mais le 15 août 1966, avant le lever du jour, il mourut, emporté par une embolie foudroyante.

Ses obsèques furent célébrées dans sa paroisse natale, à Salmbach. Elles furent présidées par Mgr Strebler, entouré de nombreux confrères s.m.a. Le Père Antoine Jung, Provincial, prononça l’homélie à la messe concélébrée.

Avant de quitter notre confrère, retenons ce témoignage de Mgr Atakpah, évêque d’Atakpamé. ... Sur ses cinquante ans d’existence, le Père Georges Knaebel en aura dépensé vingt chez nous, au Togo, où il a mené le bon combat, où il a gardé et, plus encore, répandu, communiqué la foi à tant d’âmes et au prix de tant de sacrifices... De cette vie sacerdotale nous recueillons encore l’exemple précieux du filial abandon au bon plaisir de Dieu. Chez le Père Knaebel cette qualité a la solidité du granit. L’épreuve non seulement ne réussit pas à l’entamer, mais elle la fait briller d’un plus pur éclat...

De son côté, Mgr Strebler écrivait : J’ai toujours admiré dans le Père Georges Knaebel son ardeur au travail, son dévouement au devoir quel qu’il fût, et la joie que rayonnait tout son être. Il était missionnaire de toute son âme, il aimait le saint ministère et ne reculait devant aucune fatigue.