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Société des Missions Africaines – Province de Lyon
Le Père Albert BOGARD

bogard

né le 13 novembre 1928 à Tilleux

dans le diocèse de Saint-Dié (France)

membre de la SMA le 27 juillet 1951

prêtre le 12 mars 1956

décédé le 17 décembre 2013 

 

1957-1960 Baudonne, professeur
1960-1964 Abidjan, Saint-Paul, puis à Treicheville
et chancelier du diocèse
1964-1969  Attiécoubé (Abidjan), fondateur de la paroisse
1969-1970 Adjamé (Abidjan), curé et procure d’Abidjan
1970-1975  Locodjro, puis Abobodoumé (Yopougon)
fondation de la paroisse du Christ-Roi
et procure d’Abidjan
1976-1983  Paris Hidalgo, économe provincial
1983-1986   Adjamé (Abidjan), paroisse Saint-Michel et procure
1987-1991 Attiécoubé (Abidjan), paroisse Saint-Joseph et procure
1991-1995   Abidjan, paroisse Saint-Michel et procure
1987-1995   économe du diocèse d’Abidjan
vicaire épiscopal pour le secteur Nord d’Abidjan
1995-1996  Lyon, 150, recyclage
1996-1998 Lyon, 150, service du SIP, fichier des bienfaiteurs
1998-2004 Zinswald (Moselle) service pastoral diocèse de Metz
2005-2006   Lyon 150, responsable des objets africains
2007 2013- Montferrier, retiré
décédé à la clinique de Montpellier le 17 décembre 2013,
à l’âge de 85 ans

Le Père ALBERT MARIE PAUL BOGARD (1928-2013)

Né en Lorraine, à Tilleux, dans le diocèse de Saint-Dié, dans une famille d'agriculteurs, il est le cinquième enfant d'une famille où ils étaient huit. Après ses études primaires dans son village, et son succès au certificat d'études, il commence ses études secondaires au petit séminaire d'Autrey, non loin d'Épinal en 1943 ; il a déjà presque 15 ans et on ne peut savoir pourquoi il rentre si tard en classe de 6e. Il a peut-être travaillé à la ferme pour aider ses parents, mais peut-être aussi a-t-il été arrêté à cause de la guerre ou par des ennuis de santé qui l'obligeront plus tard à interrompre ses études, alors qu'il vient de rentrer en classe de 3e en 1946 ? Cette année-là, il doit passer une année entière dans sa famille où le repos complet et la bonne nourriture lui permettent de se rétablir. On est alors en novembre 1947 et il n'est pas question pour lui de reprendre ses études en classe de 3e. Il pense alors aux vocations tardives. C'est alors qu'il écrit aux Missions Africaines, "pour avoir quelques précisions sur la congrégation, […] et pour pouvoir rentrer chez vous, dans la section des vocations tardives, si je peux avoir une place durant cette année 1947-1948." (03/11/47)

Il est admis à Martigné-Ferchaud en janvier 1948, puis à Chanly à la rentrée de 1949. Quelques mois après son premier serment, il part au service militaire qu'il effectue à Lunéville. Le jugement porté par son aumônier est bien sévère pour Albert Bogard, mais la direction de l'aumônerie catholique qui signe les lettres testimoniales ajoute: "Cet aumônier a manqué totalement de compréhension et de discrétion…" (09/02/53) Il termine ses études de théologie à Noël 1956 et est envoyé à Baudonne. Il semble qu'il n'ait pas toujours été professeur, car en décembre 1959 il écrit: "Depuis mon retour ici, je me demande ce que j'y fais. [...] Si ma présence ici est seulement motivée par le fait qu'il y aura besoin d'un camelot en soutane derrière un comptoir de foire au printemps prochain, veuillez essayer de vous mettre à ma place. […] Il y a bien une place pour moi en Afrique " (17/12/59) Heureusement pour lui, l'année suivante, il reçoit du Conseil provincial les lignes suivantes  : "Votre désir va être enfin réalisé ; vous êtes en effet affecté à l'archidiocèse d'Abidjan" (21/05/60) Il va consacrer 35 années de sa vie à la ville et au diocèse d'Abidjan.

Durant son premier séjour dans la ville, il est vicaire d'abord à Notre-Dame de Treicheville, puis à la paroisse Saint-Paul. Entre temps, il est nommé chancelier du diocèse, c'est à dire chargé d'archiver au niveau du diocèse les documents officiels des paroisses : baptêmes, mariages… Il ne restera que deux ans dans ce poste. En 1964, pendant son congé, il reçoit la lettre suivante de Mgr Yago : "Le Conseil vous nomme dans l'équipe de Saint-Michel d'Adjamé et vous confie la charge de fonder la nouvelle paroisse d'Attiécoubé." (24/08/64) Adjamé est une grosse paroisse située à la périphérie ouest d'Abidjan qui est donc coupée en deux ; la nouvelle paroisse s'appelle Saint-Joseph d'Attiécoubé.

Fonder une nouvelle paroisse en ville ne présente pas les mêmes problèmes qu'une fondation en brousse où, souvent, on commence à partir de pas grand chose. En ville, la communauté chrétienne existe déjà le plus souvent ; elle est organisée dans le cadre de l'ancienne paroisse. Il convient alors de créer de nouvelles structures, souvent sur le modèle de la paroisse mère. C'est souvent une chapelle secondaire qui devient l'église de la nouvelle paroisse, ou alors, c'est l'occasion de faire une nouvelle construction. Il faut aussi penser aux logements et aux salles de réunions. Tout cela demande beaucoup d'énergie, beaucoup de temps ; il faut trouver des finances ; il faut savoir s'entourer de gens compétents. Tous ces problèmes, Albert les résout avec une grande compétence, à la satisfaction de l'évêque d'Abidjan qui, voyant les qualités de notre confrère, n'hésite pas en 1969 à lui confier la charge de la procure d'Abidjan tout en le nommant curé à Saint-Michel d'Adjamé. Il va rester responsable de la procure pratiquement jusqu'à la fin de son séjour en Côte d'Ivoire en 1995, sauf les six années qu'il passera à Paris.

Saint-Michel, c'est à partir de là qu'il avait créé la paroisse Saint-Joseph. En 1969, il retrouve les mêmes problèmes : la paroisse est trop grande, il faut encore la couper et c'est lui qui est chargé de fonder la nouvelle paroisse du Christ-Roi à Locodjro-Abobodoumé. Il le fait avec le même dévouement que lors de la fondation de Saint-Joseph 6 ans auparavant. Ses qualités d'administrateur le font tout naturellement remarquer de ses supérieurs qui le nomment économe provincial à Paris : il remplacera le père Régis Peillon. "Nous t'adressons ta nomination comme économe provincial à compter du 15 avril 1976. […] "Ce qui est formel et officiel n'en est pas moins sincère et cordial. [...1 Il nous sera agréable de partager avec toi, non seulement le travail, mais aussi la prière, la table et la détente." (16/03/76) Le nouveau Conseil élu en 1978 le confirme dans cette fonction et ajoute : "L'ancien Conseil a apprécié tes qualités d'administrateur et de gestionnaire et il t'est reconnaissant d'avoir été la "cheville ouvrière" de cette remise en ordre de nos finances." (24/07/78)

De retour à Abidjan en 1983, il est d'abord nommé à la paroisse Saint-Charles Lwanga (18/04/83), mais par suite de changements survenus, "la paroisse de Saint-Michel n'a pas de curé. Compte tenu de l'importance de cette paroisse de Saint-Michel, le cardinal préfère que vous en soyez le curé. Il demandera à un autre de s'occuper de Saint-Charles Lwanga. " (de Mgr Dacoury, évêque auxiliaire 13/07/83) Faut-il rappeler qu'il est toujours en charge de la procure. Mais Mgr Yago a d'autres vues sur lui. "L 'une de mes grandes préoccupations a toujours été la bonne gestion des finances de nos institutions et de l'ensemble du diocèse. […] Ainsi, après avoir entendu mon Conseil, je vous nomme économe général du diocèse. Etant déjà curé de Saint-Michel, vous ne ferez le travail qu'à mi-temps. Ce travail consistera d'abord à distinguer, au niveau de la procure, les biens du diocèse des biens de la Procure. Une fois que ce sera fait, dans un deuxième temps, une organisation de la gestion des biens du diocèse qui sont à la Procure, dans les paroisses et autres institutions, conformément aux dispositions du code de droit canonique. " (Mgr Yago 07/08/86) Il avouera plus tard que s'occuper des finances du diocèse, ce n'est pas facile, mais il se console en disant que, "dans le groupe de Jésus, il y a eu aussi des problèmes de ce côté-là".

Il convient de noter ici un de ses efforts comme économe du diocèse : sur la demande de Mgr Yago, il a essayé de mettre en place la péréquation entre les paroisses. En effet, sur un même diocèse, il existe des paroisses riches et des paroisses pauvres, des paroisses où le denier du culte est important et d'autres où il est bien maigre, des paroisses où les chrétiens demandent des messes et d'autres… : les responsables ont pourtant le même travail et les mêmes responsabilités… Mettre tout en commun et tout partager entre chacun, tel était son désir et le désir de son évêque ; les résultats n'ont jamais été parfaits. Qu'en est-il aujourd'hui ?

Il avait été nommé à Saint-Michel en 1983. Quatre ans plus tard, tout en gardant l'économat du diocèse et la procure, il retourne à Saint-Joseph pour 4 ans - il a comme vicaire l'abbé Marie-Daniel Dadiet, le futur archevêque de Korhogo - puis encore à Saint-Michel pour 4 ans. Il aura passé pratiquement toute sa vie missionnaire dans le secteur d'Adjamé. Il avait toute la confiance et l'estime de son évêque Mgr Yago qui le choisit, pendant quelques années comme vicaire épiscopal pour le secteur nord d'Abidjan. Après toutes ces années d'intense activité, il demande à souffler et à bénéficier d'une année sabbatique. On ne peut que regretter que, durant toutes ses années de mission, il n'ait en tout et pour tout envoyé qu'une seule circulaire pour expliquer son travail, et il la commence ainsi : "Je ne sais pourquoi, dès que je prends mon bic et que la feuille de papier se trouve devant moi, je manque d'inspiration... Peut-être que ça va venir. Ah !, si le téléphone était moins cher." (19/12/91) Pour cette année sabbatique, "J'aimerai faire un recyclage à la carte, Ecriture sainte, éthique, reprise spirituelle, et me refaire un peu physiquement. Au terme de l'année, un pèlerinage sur la Terre Sainte serait prévu. " (20/03/95)

Au terme de cette année, il est nommé au Service Informatique des Procures (SIP) en remplacement de Jean Corbineau. Il y travaille avec Jacques Sicard comme responsable, puis il est mis à la disposition du Conseil de Strasbourg pour un travail pastoral dans les environs de la maison du Zinswald où il loge (nomination du 8juin 1998). Il est ainsi plus proche de son Tilleux natal. L'évêque de Metz le nomme "curé modérateur des communautés de paroisses de Saint-François de Sales des Anciens Bailliages de Lixheim (qui comprend huit clochers) et de Saint-Vincent du Plan Incliné (qui comprend 3 clochers)." et il précise : "Vous prendrez le temps de rencontrer les personnes et les familles habitant vos communautés de paroisses pour qu'elles découvrent que l'Eglise est préoccupée d'elles et attentive à leur vie." Cette lettre de nomination date du 20 juillet 2001, mais il travaille déjà depuis presque deux ans. Il va y reste jusqu'en 2005, date à laquelle il demande à revenir au 150 pour les services qu'on pourra lui demander.

Il est alors chargé de gérer l'ensemble des objets africains vendus aux journées d'amitié et d'assurer des permanences au musée africain pour accueillir les visiteurs et leur faire découvrir les collections en place. Si, au début de l'année 2007, le Conseil provincial lui demande d'aller à Montferrier, ce n'est pas pour des raisons de santé, car il aurait très bien pu continuer encore au 150, et il avait déjà trouvé, sur Lyon, des insertions pastorales dans lesquelles il se sentait à l'aise et qu'il aurait volontiers conservées ; mais il fallait remplacer à la maison de retraite les confrères qui venaient de nous quitter, et Albert a accepté la proposition sans se faire prier. Il va passer presque 7 ans à Montferrier. Il était heureux lorsqu'il avait des visiteurs avec lesquels il parlait longuement ; il avait toujours quelques friandises à leur offrir. Il a toujours été très fidèle à la prière en communauté, le matin ou le soir. A maintes reprises, le sacristain le rencontrait dès 6 heures du matin à l'entrée de la chapelle ; il attendait l'ouverture de la porte. C'est vrai qu'il dormait peu la nuit. Ce n'est que depuis le début de cette année 2013 que sa santé va commencer à décliner assez sérieusement et il se rendait bien compte de son état. Il avait de plus en plus de difficultés pour se déplacer et il avait besoin d'un fauteuil roulant ou d'un déambulateur.

La veille de son décès, se sentant peut-être plus en forme qu'à l'ordinaire, il quitte sa chambre, appuyé seulement sur une canne. Bien sûr, il a présumé de ses forces ; il tombe et se fracture un bras dans sa chute. Le Samu est alors alerté et le conduit aux urgences, à l'hôpital. Le moindre mouvement le faisait extrêmement souffrir. Le lendemain, en début d'après-midi, le responsable de la maison va le visiter pour prendre de ses nouvelles. En arrivant à l'hôpital on lui apprend que le père vient de décéder ; il était toujours aux urgences. Plusieurs membres de sa famille sont venus depuis les Vosges l'accompagner dans sa dernière demeure : c'était le 20 décembre. Il a célébré Noël au paradis.

P. Bernard Favier, sma

Un confrère témoigne :

"Je viens d'apprendre le grand départ d'Albert... qu'affectueusement on appelait "Bébert". Albert a été un homme fidèle, énergique et plein de talents. Fidèle à sa mission de prêtre SMA et généreux à mettre ses multiples talents d'organisateur au service de la Province et du diocèse d'Abidjan. Une grande estime réciproque le liait d' amitié au  cardinal Yago et à de nombreux prêtres de Côte d'Ivoire, très attentif aux situations particulières quand il avait la charge de la Procure. Il a bâti des églises, mais surtout des communautés chrétiennes multiethniques dans des quartiers difficiles, fondées sur la foi et la solidarité. Il a été surpris de l'éclatement de son pays d'adoption et il en a beaucoup souffert.

"Il avait le tempérament et le bon sens des paysans. Il lui arrivait d'être d'humeur râleuse et bougonne, surtout quand il avait l'impression qu'on improvisait ou qu'on ignorait le passé et l'expérience. Aux yeux du Seigneur, cela n'a pas dû peser lourd devant la générosité de toute une vie partagée comme du bon pain."