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Société des Missions Africaines –Province de Strasbourg 
Le Père Aloyse RIEGERT

RIEGERT Aloyse

né le 22 juillet 1908 à Hegeney
dans le diocèse de Strasbourg, France
membre de la SMA le 29 juillet 1928
prêtre le 6 janvier 1934
décédé le 27 novembre 1968

1934-1936 Lyon, professeur de dogme
1936-1937 Saint-Pierre, professeur de dogme et économe
1937-1968 missionnaire au Togo, Lomé
1940-1960, directeur de l’enseignement catholique
1948-1960, pro vicaire puis vicaire général
1961-1966, supérieur du petit séminaire

décédé à Lomé, Togo, le 27 novembre 1968,
à l'âge de 60 ans

Le père Aloyse RIEGERT (1908 - 1968)

Aloyse Riegert est né le 22 juillet 1908, à Hegeney, au diocèse de Strasbourg. Il était l’aîné de huit enfants. Son père était boulanger. La famille exploitait en outre un petit domaine rural. Il entra à l’école apostolique de Saint-Pierre le 28 septembre 1921 et, à partir de l’automne 1922 jusqu’en 1926, il poursuivit ses études à l’école apostolique de Bischwiller. Après son noviciat à Chanly, en 1926-1928, il fut retenu pour une année à l’école de Haguenau : il devait y assurer quelques classes et surveillances et préparer en même temps les examens du 2e baccalauréat. De 1929 à 1934, il fit ses études théologiques au séminaire de Lyon, avec une interruption d’une année de service militaire, à Dijon, en 1930-1931. Il avait prononcé son premier serment le 29juillet 1928. Il fut ordonné prêtre à Lyon le 6 janvier 1934 par Mgr Hauger.

Après son temps de séminaire, le Père fut d’abord professeur de dogme au grand séminaire, à Lyon en 1934-1936, puis à Saint-Pierre en 1936, lorsqu’un séminaire fut ouvert en Alsace pour notre Province. L’année suivante, il fut nommé pour la Mission du Togo. Il s’embarqua le 4 décembre 1937 et arriva à Lomé le 21 décembre. Pendant plus de 30 ans, de 1937 jusqu’à sa mort qui survint le 27 novembre 1968, c’est à Lomé qu’il besogna. Il y occupa plusieurs charges importantes, dont il s’acquitta si parfaitement que son passage a été éminemment utile à l’œuvre missionnaire au Togo.

En arrivant au Togo, en 1937, il fut nommé vicaire à la cathédrale de Lomé et directeur de l’école catholique des garçons. Et il étudiait la langue éwé. Au début de la guerre, en 1939-1940, il fut mobilisé pendant quelques mois, mais sans avoir à quitter la ville. En 1940, il se vit confier la direction de l’enseignement catholique au Togo et il en assuma désormais les obligations jusqu’en mai 1960, c’est-à-dire jusqu’au temps où l’africanisation des cadres lui permit de céder cette charge à un prêtre togolais, l’Abbé Dosseh, qui allait devenir en 1962 le premier évêque africain de Lomé.

Dans le Ralliement n° 77 de janvier 1969, Mgr Strebler a exposé les activités qui incombaient à la Direction de l’enseignement catholique et la manière tout exemplaire dont le Père Riegert les mena à bien. Le Directeur de l’enseignement était le trait d’union officiel entre la Mission et le Service de l’enseignement au Togo, le Conseiller pédagogique représentant la Mission officiellement à toutes les réunions traitant des Écoles et de l’Éducation, à Paris et à Lomé, habilité pour toucher les subventions officielles et les répartir parmi le personnel enseignant de tout le territoire... Travailleur infatigable et méthodique, le Père Riegert dirigeait ses maîtres avec compétence et fermeté. Il les connaissait personnellement et les aimait d’une affection profonde et il défendait avec acharnement leurs intérêts en haut lieu, au nom de la justice sociale. Malgré le travail administratif harassant et une comptabilité compliquée, il inspectait chaque année plusieurs secteurs scolaires pour voir son personnel au travail...

Ce jugement positif sur l’action du Père Riegert dans la direction des écoles fut partagé largement au Togo. Pour s’en rendre compte, il n’est que de prendre connaissance des témoignages portés à sa mort par les enseignants et par les élèves des écoles catholiques. C’est ainsi que le Directeur adjoint de l’enseignement catholique au Togo pouvait écrire : le Révérend Père Riegert... Directeur des Écoles catholiques ! Oui, mais aussi le conseiller pédagogique et l’inspecteur infatigable qui allait par toutes les routes, dans toutes les écoles des villes, des villages et des hameaux, du sud au nord et de l’est à l’ouest... Sans être faible devant la passivité des paresseux et des négligents, pour qui il était intransigeant, le Père Riegert fut le directeur clairvoyant, le Père de tout le monde, le patron compréhensif et sympathique. Il n’a pas manqué de communiquer à ses collaborateurs non seulement le sens du dévouement, mais surtout le sens de la conscience professionnelle et de la compétence...

De même, dans un discours prononcé aux obsèques au nom des Comités paroissiaux du diocèse de Lomé et des Universitaires togolais, anciens élèves du Père Riegert, l’orateur africain déclarait : Droit comme il était, le R. P. Riegert a insufflé à toutes les générations de la jeunesse des écoles catholiques du Togo, de nobles sentiments du devoir bien fait, d’honnêteté et d’intégrité. Il semble que nos Maîtres aussi avaient la même opinion de ce grand missionnaire dont l’esprit évangélique se traduisait dans les faits, tant par sa rigueur que par sa constance dans l’accomplissement de ses devoirs. Homme d’initiatives, le Révérend Père Riegert fut le premier à promouvoir dans l’enseignement catholique la formation professionnelle des Maîtres par l’institution des cours et stages de pédagogie...

Tel fut donc, de 1940 à 1960, dans la direction des écoles, le Père Riegert, administrateur très consciencieux, esprit réfléchi et prudent et, sous quelques apparences de raideur, directeur plein de bonté et d’humanité. Il faut ajouter que, en ces années, il assuma encore bien d’autres occupations. Ainsi, il assura lui-même les cours d’instruction religieuse à l’École primaire supérieure ou au Cours complémentaire. Et avec tout cela, il fut, de 1948 à 1960, Vicaire Général, et, deux fois, il eut un rôle dans l’administration civile.

Sur le Vicaire Général, il faut encore citer Mgr Strebler : Le Vicaire Général est dans un diocèse le bras droit de son évêque, son remplaçant en cas d’absence... Cette charge, le Père Riegert l’a exercée avec un tact parfait... et je ne saurais jamais assez louer son dévouement inlassable, sa sagesse et sa clairvoyance judicieuse qui assurèrent l’unité de direction dans tout l’archidiocèse. À plusieurs reprises, spécialement en 1952 et en 1957, il dirigea le diocèse comme Provicaire, pendant près d’une année, durant mon absence pour mon congé en France...

Sur les fonctions du Père Riegert au plan de l’administration civile, notons tout de suite que ce fut avec l’agrément et l’entière approbation de son Chef de Mission et qu’il s’est acquitté de ce rôle délicat avec prudence et fermeté.

La première fois, ce fut en 1946. Le Togo ayant été doté d’une Assemblée représentative de 30 membres, chargée de la gestion des intérêts propres au Territoire. Le Père Riegert en fit partie. Il y devint président de la Commission des Affaires Sociales. Il fut très actif dans cette fonction. Signalons par exemple que, en 1948, l’assemblée le chargea d’étudier la situation matérielle et morale de tous les étudiants togolais en France. Le Père vint en France, étudia sur place la situation des intéressés et présenta à son retour un rapport très utile pour rendre concrètes les mesures à prendre par l’Assemblée.

Une deuxième fois, le Père eut un rôle civil. En 1955, au mois de mars, la France avait décidé la création d’un Conseil du gouvernement au Togo. Ce Territoire, encore sous régime de tutelle, se trouvait donc avoir à sa tête un Commissaire de la République, ayant le titre de Gouverneur et assisté par une Assemblée territoriale de 30membres et par un Conseil de gouvernement. Ce conseil, présidé de droit par le Gouverneur et formé de 9membres, était, dans la pensée du législateur, un commencement d’exécutif. Les conseillers étaient assimilés à des ministres, à chacun desquels le Gouverneur attribuait un secteur d’activités publiques. Le Père Riegert fut l’un des 9 conseillers siégeant au Conseil du Gouvernement. Il fut chargé du Service du Travail et des Lois Sociales. Une de ses premières préoccupations dans sa nouvelle fonction fut la préparation d’un projet d’arrêté sur les prestations familiales au profit des travailleurs salariés. Ce projet, présenté à l’Assemblée le 22 septembre, fut adopté par elle dans ses grandes lignes. Le Père fut conseiller du gouvernement, de juillet 1955 à septembre 1956. Ses fonctions cessèrent le 4 septembre 1956, après que, le 30 août 1956, le Territoire eut formé la République Autonome du Togo, qui devint indépendante en 1960.

Au cours de ces années de grande activité, quelques distinctions furent décernées au Père Riegert : Étoile Noire du Bénin, Officier de l’Ordre du Mono, Palmes Académiques. En 1960, il se voyait libéré de toutes ses importantes fonctions ecclésiastiques et civiles. Aussi, c’est avec joie que, bien fatigué, il partit en congé le 7 mai 1960 pour se reposer quelques mois en Alsace. Il était de retour au Togo le 2 janvier 1961. Mgr Strebler le nomma supérieur du Petit Séminaire de Lomé-Tokoin. Il y était en même temps professeur et exerçait aussi la charge de curé de la paroisse rattachée au Petit Séminaire.

Quelques années se passèrent ainsi. Mais sa santé fléchissait. En juillet 1966, il dut rentrer en France et fut hospitalisé. Lorsqu’il revint au Togo, le 28 février 1967, MgrStrebler le nomma Vicaire épiscopal chargé du Bureau des Statistiques, des Comptes et des Domaines de l’Archidiocèse, avec résidence à l’École Professionnelle, dont il devenait le supérieur. Mais l’année suivante, une nouvelle hospitalisation fut nécessaire. Les soins qu’il reçut à l’hôpital d’Afagnan, ne purent le guérir. Très affaibli depuis deux ou trois mois, il dut accepter la décision du médecin : le retour en Europe pour se faire soigner. Le départ était prévu pour le 29 novembre. Mais le 27, au matin, le Père, revenu à l’École Professionnelle, eut une attaque cérébrale qui le paralysa partiellement. Vers 10 heures, il devait rendre le dernier soupir.

Les obsèques eurent lieu le vendredi 29 novembre à la Cathédrale de Lomé. Elles furent un témoignage de l’affection et de la vénération de tous pour ce vaillant missionnaire. Des dizaines de milliers de fidèles y assistèrent, avec un très nombreux Clergé, une cinquantaine de Religieuses, plusieurs Membres du Corps diplomatique et plusieurs Pasteurs de l’Église évangélique.

Pour terminer, on aimera encore trouver ici des extraits du témoignage donné par deux confrères du Père Riegert, comme lui originaires de Hegeney.

J’ai toujours admiré, dit le Père Gœtz, ce travailleur infatigable qui cumulait les plus lourdes tâches... Mais il était par-dessus tout un prêtre profondément surnaturel et voué tout entier à l’œuvre missionnaire. Ses multiples activités n’avaient d’autres buts que de servir Dieu et l’Église. Sur ce point, il est sans conteste pour nous tous un modèle.

De son côté le Père Moritz écrit : Dans la phalange des missionnaires du Togo, le Père Riegert est certainement un de ceux qui ont le plus contribué au développement spirituel, intellectuel, humain et social de ce pays... Il a mis au service de son idéal de justice et de vérité une énergie, une volonté et une capacité de travail peu communes. On peut affirmer qu’il a été un prêtre et un missionnaire ardent. Toute sa vie sacerdotale, il l’a centrée sur le Christ, qu’il a aimé et servi comme seul et unique maître dans la prière, l’obéissance et le sacrifice.