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Société des Missions Africaines – Province de Lyon

plumelet francis né le 17 septembre 1916 à Pierric
dans le diocèse de Nantes, France
membre de la SMA le 24 juillet 1938
prêtre le 6 janvier 1944
décédé le 2 février 2007

1944-1945 Baudonne, professeur
1945-1947 Lyon, 150, économe et professeur
1947-1950 Ouidah, Cotonou, professeur
1950-1952 Baudonne, directeur
1952-1980 missionnaire au Dahomey/Bénin
1952-1953 : Zagnanado, responsable
1953-1958 : Ouidah, recteur du petit séminaire
1958-1970 : Comé, Lokossa, responsable
1970-1980 : Lokossa, Bopa Comé
1980-1981 Montferrier, responsable par intérim
1981-1987 Guézin, Lokossa, responsable
1987-1997 Paris Crillon, recyclage, puis procure
1997-1999 Rezé, aumôneries, services
1999-2007 Montferrier, retiré

décédé à Montferrier-sur-Lez, France, le 2 février 2007,
à l’âge de 90 ans

Le père Francis PLUMELET - (1916-2007)

Francis Plumelet est né à Pierric en Loire-Atlantique, le 17 septembre 1916, dans une famille de cultivateurs. Toute sa vie, il restera très attaché à sa commune natale où il reviendra très souvent. Il aura 4 sœurs, dont 2 deviendront religieuses, et 3 frères, et il recevra dans sa famille une bonne éducation chrétienne.

Il est difficile de savoir à quelle date il rencontre les Missions Africaines. On sait qu’il passera l’année scolaire 1935-1936 à Offémont, dans l’Oise, et qu’elle sera couronnée par l’obtention du baccalauréat. Il rejoint ensuite la maison de Chanly, en Belgique, pour y poursuivre ses études de philosophie et y faire son noviciat. C’est là qu’il prononce son serment missionnaire et devient membre de la SMA, le 24 juillet 1938. On note qu’il est un homme bon, jovial, franc, actif, dévoué et très attaché à sa vocation.

Il va alors effectuer son service militaire. Incorporé à Angers dans le Génie, on le retrouve plus tard à Sedan, puis à Grenoble où il participe aux combats des Alpes. Sans doute démobilisé en juin 1941, il entre alors au grand séminaire des Missions Africaines à Lyon pour y achever ses études de théologie. Il y est ordonné prêtre le 6 janvier 1944.

Nommé professeur à Baudonne en octobre 1944, il est remobilisé au 6ème Génie d’Angers dès le mois de février 1945. Il y restera 6 mois comme vaguemestre. Dans un courrier au père Laqueyrie, il écrit : Je fais mon boulot de soldat, de français et de prêtre. De nouveau libéré de ses obligations militaires, il est nommé économe au 150 et professeur de liturgie. Deux ans plus tard, le 16 juin 1947, jour de bonheur, il apprend qu’il est envoyé au vicariat apostolique du Dahomey.

Pendant trois ans, il va travailler, comme professeur, au séminaire de Ouidah. Il s’adapte très vite à son pays d’accueil, appréciant le sérieux de ses élèves, heureux surtout de travailler à la promotion du clergé local. Comme ses confrères, tous les samedis, il part en vélo dans les stations qui entoure le séminaire. On lui confiera bientôt celle de Guézin, au sud du lac Ahémé, en remplacement du père Monney. Il a fait une œuvre magnifique. Guézin, îlot boueux de lagune où vivent 5000 âmes, est devenu le centre d’une chrétienté fervente. Sur une terre d’alluvions, il a planté une église de 25 mètres sur 10 : un travail de géant.

Mais, en 1950, il doit quitter Ouidah pour retrouver Baudonne. En possession du baccalauréat, il peut diriger légalement cette maison, et permettre aux Missions Africaines de répondre aux exigences de l’administration. En 1952, il rejoint de nouveau le Dahomey, bien décidé à durer. Après un an de présence à Zagnanado, il est nommé, en 1953, recteur du petit séminaire. Il y restera jusqu’en 1958, période importante qui va lui permettre de former les futurs prêtres du Dahomey, et les premiers évêques.

En 1958, il abandonne l’enseignement pour se consacrer désormais à la Mission. Il est nommé à la paroisse de Comé (diocèse actuel de Lokossa). Il se met au travail avec l’enthousiasme et l’énergie qu’on lui connaît, et il y a tout à faire. Il écrit en 1962 : En arrivant ici il y a trois ans, je vous avais mis au courant de mes projets : la construction d’un presbytère et d’une église. Je constate aujourd’hui que je n’ai pas fait grand-chose. J’ai un peu honte, mais je ne dispose pas de millions, et je n’ai sans doute pas la manière pour quêter Mes paroissiens sont bien pauvres. J’espère, cependant, avant de rentrer en congé terminer une partie de mon presbytère. Je n’en jouirai pas tout de suite, car je me prépare à le céder, comme premier pied-à-terre, aux sœurs qui ont promis de venir m’aider à Comé. Quatre ans plus tard, il écrit encore : Ma joie est grande en ce Noël 1966. L’église est couverte et j’y ai célébré la messe de minuit.

En 1969, son évêque l’appelle à Lokossa. Le changement lui est rude. J’ai donc quitté Comé et cela a été dur ! 11 ans à Comé, ce n’est pas rien. Le détachement n’est pas un vain mot, mais il est plus facile de le prêcher que de le vivre. A Lokossa, c’est triste : pas de chrétienté, pas d’église, un seul catéchiste ; il y a de quoi être dérouté. Mais monseigneur a mis le paquet : 3 prêtres, 5 dominicaines, 3 Africaines. Alors nous avons formé des commandos qui foncent dans les écoles et les stations des environs. Priez pour nous. Deux ans plus tard, il est nommé à Bopa : le travail ne manque pas ici, et la brousse n’a pas été explorée. Le CEG avec ses 5 classes me redonnent l’allure et l’ardeur du vieux professeur. Dès 1972, il retrouve Comé où il va rester encore 9 ans, en compagnie du père Mercier. Mais tout a changé, car c’est la période révolutionnaire : il faut être prudent et se faire discret, ce qui n’est pas vraiment dans ses habitudes.

Des problèmes de santé l’obligent à rentrer en France pour un temps de repos. De septembre 1981 à juillet 1982, il se retrouve dans notre maison de retraite de Montferrier, supérieur par intérim. En septembre 1982, il repart au Bénin à la demande de son évêque, monseigneur Robert Sastre. Plus que moi encore, les gens du lac attendent son retour avec impatience. Chargé de fonder la paroisse de Guézin, il s’installe provisoirement à Agatogbo, le temps de construire la mission. Il va rester 5 ans dans cette région qu’il connaît bien, toujours plein de zèle pour animer les communautés chrétiennes et en faire naître de nouvelles, tout en donnant quelques cours au grand séminaire de Ouidah. Les gens s’étonnent de notre persévérance. C’est que nous devons leur annoncer une bonne nouvelle. Nous devons semer la Parole. Ils auront à choisir : devenir un terrain fertile ou épineux !

En 1987, il rentre en France pour se reposer et prendre une année sabbatique. Des problèmes de santé se succèdent et il est finalement nommé procureur à la rue Crillon à Paris. Il va désormais servir l’Afrique autrement. Il écrit pour entretenir le lien avec les bienfaiteurs, et il se fait aussi une joie d’aller mener jusqu’au port du Havre les voitures des confrères qui doivent partir en Afrique.

En 1997, il est nommé à Rezé en préretraite. Agé de 81 ans, il découvre alors une nouvelle activité grâce à sœur Joséphine, une sœur de Torfou, qui fait partie de la communauté des Naudières. Elle lui propose de travailler à l’association Brin de causette au service des clochards et des gens de la rue. Dans ce milieu, il se trouve vite à l’aise, apportant sa bonté, son humour, sa serviabilité à ces hommes et ces femmes que la vie n’a pas gâtés. Il devient pour eux un véritable faiseur de paix. Plus besoin d’appeler les gendarmes pour mettre fin à une bagarre. Lui-même se charge de calmer tout le monde et de trouver le chemin de la réconciliation.

En 1999, le Conseil provincial lui demande de rejoindre la maison de retraite de Montferrier. Ce sera pour lui une dure épreuve qu’il acceptera difficilement. L’administration fait de nous des numéros matricule ! Mauvais souvenirs de l’armée et des camps de prisonniers. Comme disait monseigneur Parisot : des couleuvres, j’en ai avalées ; un boa, c’est impossible. Peu à peu, pourtant, il s’habituera à la maison et, lors des rencontres d’été à Rezé, il invitera les confrères âgés à le rejoindre, car il a reconnu désormais qu’on y est bien. C’est durant son temps à Montferrier qu’il développera des liens d’amitié avec Monsieur et Madame Voisin de Nantes. Il travaillera en particulier avec Madame Annie Voisin pour permettre la publication d’un ouvrage scientifique sur le père Alexandre Dorgère.

Obligé de subir une grave opération fin 2006, il ne s’en remettra jamais. Il est décédé dans la nuit du 2 février 2007. Apprenant son décès, monseigneur Victor Agbanou, l’évêque de Lokossa, prendra aussitôt l’avion à Lomé pour présider ses funérailles à Montferrier, et lui apporter l’hommage de l’Eglise du Bénin.

Le père Domas, dans l’homélie des funérailles, a su dire des choses importantes. Francis, nos yeux ne verront plus ton visage un tantinet moqueur. Nos oreilles n’entendront plus ta voix résonner dans nos couloirs, cette voix qui était devenue un signe de santé : on l’entend, donc ça va bien…Un long chemin de mission vient de trouver son accomplissement aujourd’hui. De ce long chemin, je retiendrai d’abord son souci d’annoncer l’Evangile et de former ses collaborateurs. A Comé, chaque jour, il allait célébrer dans un village et réunissait ensuite la communauté pour un enseignement. Chaque samedi, il rassemblait les catéchistes pour leur annoncer l’Evangile. Dans son apostolat, les pauvres ont toujours tenu une place particulière… Mais Francis était aussi un homme vulnérable. Malgré ses apparences un peu rudes, il était très sensible, et les plaies avaient de la peine à se cicatriser. Mais il suffisait qu’il trouve un confrère pour vider son sac, et la bonne humeur revenait aussitôt… Comme Siméon et Anne, il avait le cœur assez grand pour percevoir l’extraordinaire sous les apparences de l’ordinaire… Dans l’Eucharistie de chaque matin qui avait pour lui une grande importance, Francis rencontrait le Seigneur, Celui qui vient vivre en nous, prier en nous, aimer en nous…

Et le père Domas conclut. Lorsqu’il y a 8 jours, tu m’as convoqué chez toi, tu m’as posé une drôle de question : ni le médecin, ni les infirmières ne me disent ce qu’il en est et où je vais ; dis-moi la vérité. J’étais au pied du mur et je t’ai dit la vérité : Francis, l’hôpital ne peut plus rien pour toi. Tout dépend de ton cœur et du temps qu’il pourra tenir. Et aussitôt, tu m’as demandé le sacrement de réconciliation et le sacrement des malades. Et j’ai prié avec toi : Seigneur, laisse ton serviteur s’en aller en paix ; ses yeux ont vu ton salut, lumière pour les nations païennes et gloire de ton peuple. Nous nous sommes quittés dans une joie sereine et la paix du cœur. Le lendemain, certains membres du personnel qui veillaient avec attention sur toi, mais que tu bousculais de temps en temps, m’ont demandé ce que je t’avais fait, en te trouvant aussi calme et serein. Peut-être est-ce là ton dernier message, nous faire comprendre que l’important, ce n’est pas de se préparer à mourir, mais de se préparer à ressusciter.