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Société des Missions Africaines –Province de Lyon

Chazal Maxime né le 12 août 1894 à Beauregard-Vendon
dans le diocèse de Clermont-Ferrand, France
membre de la SMA le 30 octobre 1920
prêtre le 20 juin 1923
décédé le 8 février 1970

1923-1928 missionnaire au Togo
1928-1929 Chamalières, directeur
1929-1936 missionnaire au Togo
1936-1970 missionnaire au Dahomey
(Fada-N'Gourma et Tanguiéta)

décédé à Cotiakou, Dahomey, le 8 février 1970,
à l'âge de 73 ans

Le père Maxime CHAZAL (1894 - 1970)

Maxime Chazal, qui se glorifiera toujours d’être auvergnat et se donnera, un jour, le titre de consul d’Auvergne, est né le 12 août 1894 à Beauregard-Vendon, au hameau de Chapdes, dans le Puy de Dôme. Il fut baptisé le 15 août et voué par ses parents à la Vierge Marie. Ceci explique sa fidèle dévotion à Marie et la fondation du pèlerinage à Notre-Dame de l'Assomption à Cotiakou, au nord-Bénin.

Entré tout jeune dans la Société des Missions Africaines, il fait ses études secondaires à Cadier en Keer, en Hollande, où deux de ses sœurs étaient religieuses. La déclaration de guerre 1914 le trouve au noviciat de Chanly, en Belgique. Mobilisé, il fait la guerre des tranchées, devient officier et, grâce à sa conduite courageuse, il rapporte trois citations élogieuses mais, également, des poumons bien abîmés par les gaz. A montré, pendant toute la période critique des combats du 2 au 7 août 1916, de belles qualités de sang-froid et de cou-rage ; s'est efforcé à tout moment de maintenir le moral de ses hommes ; a assuré, avec une régularité parfaite, le ravitaillement de sa compagnie. Excellent chef de section, à l'attaque du 14 septembre 1917, a brillamment entraîné sa section à l'assaut des positions ennemies.

Démobilisé, il continue ses études à Lyon. Membre de la SMA en 1920, il est ordonné prêtre le 29 juin 1923. Le vicariat apostolique du Togo cherche du personnel pour remplacer les pères du Verbe Divin. Maxime Chazal y est nommé et est affecté à Anécho où il restera jusqu'en 1936, séjour entrecoupé par une année à Chamalières pour le travail de recrutement. O mon Afrique, écrit-il, me voici désormais tout à toi, rien qu'à toi.

Anécho, en pays mina, est un terroir privilégié pour un jeune missionnaire au tempérament optimiste comme Maxime Chazal. Avec sérieux, il se penche sur l'organisation religieuse des collectivités. Il axe son évangélisation sur la famille : La famille chrétienne, voilà le pivot de l'œuvre de la régénération de l'Afrique. Il a confiance dans l'avenir et dans les valeurs traditionnelles de ses gens. Il aime à participer à leurs fêtes. Vous ne soupçonnez pas, écrit-il, le charme des fêtes nocturnes au pays du soleil : le tam-tam et la pleine lune, voilà de grands amis. En 1935, le père Chazal devient le bras droit de Mgr Cessou comme pro-vicaire. Le père continue à résider à Anécho, se rendant seulement, deux jours par semaine, à Lomé pour administrer les affaires courantes en l'absence du vicaire apostolique.

En 1936, il se propose comme volontaire pour la fondation de Mango au nord Togo. De la lagune, il passe à la savane ; d'une mission bien organisée, il passe à une autre où tout est à faire. A Mango, il ne jette que les premiers fondements de la nouvelle mission car, le 8 décembre 1936, le voilà plus au nord encore, au Niger, et, cette fois, dans le vicariat apostolique du Dahomey, avec mission de fonder Fada-N'Gourma. Là aussi, tout est à faire et le père Chazal travaille avec ardeur. Devançant la plupart de ses confrères, dès décembre 1946, il laisse sa mission aux pères Rédemptoristes et va fonder Tanguiéta, au nord Dahomey.
Le père Chazal ne s'est jamais "installé" : en vrai missionnaire, il est toujours prêt à aller plus loin et à tout recommencer de zéro. Il fut un constructeur ; il le fut sans scandale, mais non point sans originalité. Il a créé et bâti, mais toujours avec mesure. Il ne voulait pas de bâtiments trop lourds à entretenir. Il a visé l'utilité, l'efficacité et non la grandeur. Cette mesure était significative de son esprit de pauvreté. Il aimait la vie de simplicité ; avec lui, on ne manquait pas du nécessaire, mais il avait en horreur le superflu et surtout le gaspillage.

Ce qui faisait sursauter le père Chazal, c’était tout ce qui avait l’apparence de l’injustice. Lui, homme de cœur, parlait alors sans indulgence, avec une grande liberté de langage, même et peut-être surtout, contre les autorités ecclésiastiques. Exigeant pour lui-même, il l'était aussi pour les autres, en particulier pour les plus anciens chrétiens, ceux du Sud. Je veux des chrétiens propres, disait-il.

Jeune missionnaire, en 1923, en un territoire sous tutelle de la Société des Nations, il se trouve aussi à l'aise, en 1960, dans l'euphorie des indépendances. Il parle quand il faut et comme il le juge utile, aussi bien aux chefs africains qu'aux administrateurs français. Ce qui compte pour lui, c'est son devoir à accomplir et la justice vis-à-vis des Africains. Il interviendra plusieurs fois pour l'humanisation du travail, pour des exemptions d'impôts, pour l'aide aux prisonniers, organisera une vraie campagne contre l'alcoolisme et fera changer les marchés de quatre jours en marchés hebdomadaires, pour le bien des villageois.

Le père Chazal se montra un homme intelligent pour discerner la vraie promotion africaine cherchant, avant tout, la formation de tout l'homme. En 1930, à l'époque où le Togo était sous tutelle, il écrit sur les élites qui commencent à se former, nos égales de demain.

Missionnaire parmi les pauvres, il mit à l’épreuve, bien des fois, la patience de ses supérieurs. Mais tous ont témoigné que le père Chazal ne cherchait, en homme de Dieu, que le bien et le salut de ses gens. Vous avez des soucis, dites-vous, écrivait-il à son préfet apostolique, vous devriez en avoir davantage quand vous voyez ce petit nombre de chrétiens dans le nord Dahomey.

En dépit de ses allures bourrues qu'il prenait consciemment, le père Chazal était profondément aimé et estimé de ses confrères, mais aussi des braves et simples gens dont il partageait la vie. A Tanguiéta, le père construisit, de ses mains, église et presbytère ou mieux, car il est désormais le "pape de l'Atacora", son palais apostolique, le "château Saint-Ange et "Castel Gandolfo". C'était un vrai plaisir de lui rendre visite et d’être accueilli selon un "rituel" digne de la curie romaine, mais toujours dans une vraie joie fraternelle.

Le 1er janvier 1958, faisant place aux jeunes, le père Chazal se retire sur la montagne de Cotiakou pour y construire, de ses mains encore, un "sanctuaire" dédié à l'Assomption de la Vierge Marie. Il veut en faire un haut lieu de prière, un centre de pèlerinage et de retraites. En 12 ans, il sut gagner tous les gens des environs. Sa fidélité à la prière, à la messe et au chapelet fut un témoignage qui, plus que les discours, attira les vieux, les vieilles, les enfants : chaque soir, la cloche de l'Angélus les rassemble autour de leur père pour réciter ce chapelet que tous connaissent par cœur.

C'est le 8 février 1970 que le père Chazal rendit son âme à son Seigneur. Depuis des mois, il se savait condamné ; il s'était préparé dans la plus grande paix. Pauvre parmi les pauvres, il avait demandé d'être enseveli comme un vieux du village, enroulé dans un pagne et une natte et porté en terre par ses amis, selon la coutume yoabou. Ses funérailles, après la messe concélébrée, furent impressionnantes. Elles montrèrent ce que le père était devenu pour les gens, quelqu'un du pays, de la race, car de telles funérailles ne se feraient pas pour un étranger. Il repose à Cotiakou près de la chapelle qu’il avait construite.