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Société des Missions Africaines – Province de Lyon

GOASDUFF Jean né le 24 juin 1923 à Plabennec
dans le diocèse de Quimper, France
membre de la SMA le 2 décembre 1944
décédé le 27 mars 1946

1945 mobilisation
occupation en Allemagne

décédé à Donaueschingen, Allemagne, le 27 mars 1946,
à l’âge de 23 ans


Monsieur l'abbé Jean GOASDUFF (1923 - 1946)

Le 27 mars 1946, à l'hôpital de Donaueschingen (Allemagne), retour à Dieu de l'abbé Jean Goasduff, à l'âge de 23 ans.

Né à Plabennec (Finistère), en 1923, recruté par le père Caër, Jean rentrait à Pont-Rousseau en septembre 1935. Il se révéla de suite sérieux et appliqué, et montra des dispositions pour les lettres, spécialement le latin.

Le milieu difficile et parfois pénible crée par l'arrivée des hautes classes qui venaient d'Offémont (1936) ne contribua pas à épanouir son naturel plutôt fermé et un peu timide. Bien qu'il eût le sourire facile, ce n'est que plus tard que Jean connaîtra vraiment la Joie. En rhétorique, l'admiration qu'il avait pour Vigny resta légendaire. La fièvre typhoïde qu'il eut en 1940, lui causa un certain retard. Le 6 octobre 1942, notre cher "Yan" entrait pour 22 mois au noviciat à Martigné-Ferchaud.

"Ma vie au noviciat, écrivait-il, diffère beaucoup de celle que je menais à Nantes. [...] Ce qui la caractérise ici, c'est le silence." Le travail manuel quotidien était pour lui un plaisir. Revêtu de quelque smoking démodé, on pouvait le voir maniant le couteau avec diligence, devant une table chargée de légumes, ou dans le jardin retournant vigoureusement la terre.

"Souviens-toi, cher Yan, de ces sympathiques promenades à travers la campagne, de ces visites souvent intéressées dans les fermes de Martigné, et de ces après-midi ensoleillés où nous restions à rêver auprès du lac. Oubliant quelque peu le sèche philosophie syllogistique, tu laissais ton âme vibrer aux sentiments que t'inspiraient Vigny, ton poète préféré. Souviens-toi aussi de ces bains rafraîchissants, de tes essais en natation où tu réalisais tes premières brasses..."

A l'approche du départ des anciens, "Yan" reçut le "portefeuille du travail manuel". "Croyez-vous, écrivait-il à ses parents, que ce soit si peu de chose de distribuer le travail à tous mes confrères, et de veiller à toutes les cultures." Un climat de bonne entente et de réelle fraternité rendit les vacances très sympathiques. Parfois, la chaleur de l'été jointe sans doute aux soucis du chef des travaux faisait que nous trouvions notre brave "Yan" assoupi sur son Rodriguez, au cours de la lecture spirituelle. Malicieusement, certains lui diagnostiquaient une maladie du sommeil. Son bon caractère ne s'en offusquait nullement. D'ailleurs, il pouvait prendre une petite revanche, lorsque, dans un large sourire, mais en de brèves formules comprises par tous, il indiquait à chacun son travail: "à la bêche, à la gamelle, aux pluches, au balayage..."

En parfait novice disciple de Rodriguez, il transmettait les ordres du père économe dans les raisonner. "Faites donc ce que l'on vous dit, sans vous casser la tête", répondait-il aux pessimistes qui s'inquiétaient parfois des conséquences de leur travail. L'arrivée des jeunes doubla l'effectif des travailleurs à ses ordres. Figure épanouie, bon accueil à tous sans distinction, franche bonne humeur, autant de qualités qui rendaient "Yan" sympathique.

Juin 1944: débarquement, dispersion sans le serment. Jean regagne Plabennec à pied par des routes dangereuses (250 km). Novembre 1944: entrée au grand séminaire, serment le 2 décembre, puis en janvier 1945 mobilisation de la classe 1943.

Une nouvelle vie commence pour Jean. Il part avec le grand désir de tirer le maximum de profit de ses voyages et de son contact plus direct avec la vie. Après Saint-Brieuc, c'est la poche de Lorient, puis le Berry et enfin l'Allemagne. En Allemagne, c'est la vie d'occupation, pas toujours rose, surtout en hiver. Jean souffre beaucoup du froid; de plus la nourriture est insuffisante. Jean affaibli attrape une pleurésie. C'est à l'hôpital de Donaueschingen que Dieu va lui demander le sacrifice de sa vie, sacrifice d'autant plus dur que Jean se trouve seul à ce moment : pas un ami, ni personne de sa famille pour lui procurer la dernière consolation; sa mère et son frère n'arriveront que le lendemain de sa mort.

Le 27 mars au matin, l'infirmière, qui l'avait veillé comme une mère toute la nuit, communie avec lui et le prépare à mourir. Après l'extrême-onction, l'aumônier recueille les dernières paroles de Jean: "J'offre ma vie pour ma famille, pour la France, et dans un dernier effort, il acheva, malgré sa faiblesse extrême, et surtout pour l'Afrique."